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Paracha Behar et Be’houkotay: le peuple de Dieu vivant sur la terre de Dieu

  • steveohana5
  • 23 mai 2025
  • 7 min de lecture

Les deux dernières parachiot de Vayikra rappellent que le lien du peuple juif à sa terre est sacré, mais conditionné à sa vocation spirituelle («être le peuple de Dieu vivant sur la terre de Dieu ») . Le Rav Kook enseigne que l’exil vient lorsque cette vocation est oubliée, mais que la simple aspiration à refonder un foyer national juif sur la terre d’Israël est déjà une forme de techouva. Depuis le 7 octobre, des signes de réveil identitaire émergent, en Israël et en diaspora, témoignant peut-être d’une techouva non plus seulement nationale mais spirituelle, et annonçant b’h notre gueoula.


Revenir à la maison, par Alex Levin
Revenir à la maison, par Alex Levin

 Les deux parachiot qui clôturent le livre de Vayikra nous parlent du lien très particulier du peuple hébreu à la terre d’Israël. Ce lien est indissoluble et éternel, mais il est également sujet à des phases de « rupture » temporaire quand Israël n’est plus capable d’assumer sa vocation spirituelle.


La paracha Behar a trait aux lois de la shemita (le chabbat de la terre tous les sept ans) et du yovel (le retour des terres à leur propriétaire originel l’année qui suit le septième cycle de shemita). L’application scrupuleuse de ces règles est la condition de la présence du peuple juif sur la terre d’Israël. Rashi, par exemple, se livre à un calcul fort simple : la shemita ne fut pas observée 70 fois depuis l’entrée des Juifs en Erets Israël à l’époque de Josué jusqu'à leur exil en Babylonie (commentaire Vayikra 26:35) et l’exil de Babylone dura 70 ans ce qui, pour le Sage de Troyes, est la preuve irréfutable que la punition est d’une année d’exil par année de Shemita non respectée. Le Midrash Tanhouma cite un « dialogue » entre Moshe et Hashem : suite à la demande faite à D.ieu par son prophète de renoncer à disperser le peuple parmi les différentes nations, l’Eternel statua : « Si, vraiment, tu ne veux pas que ce peuple soit dispersé, Préviens-les qu’ils devront observer la Torah et, en particulier, les lois de la Shemita et du Yovel ! ».


Quant à la paracha Be’houkotay, elle dessine deux destins hypothétiques de la nation d’Israël : un destin de souveraineté sur la terre d’Israël si elle respecte les Lois que lui donne le Créateur, et un destin d’exil parmi les Nations si elle s’écarte de ce chemin.


Le Rav Kook[1] nous livre la signification profonde de ce rapport particulier de la nation d’Israël à sa terre :

« Pourquoi le peuple juif devrait-il être puni par l'exil ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre la véritable signification de la résidence en Terre d’Israël.Si le but du peuple juif est de transmettre le monothéisme éthique au monde, leur mission ne serait-elle pas mieux accomplie lorsqu’ils sont dispersés parmi les nations ? Cependant, il existe une raison unique pour laquelle le peuple juif doit vivre en Terre d’Israël. Ils doivent y résider ensemble afin qu’il existe dans le monde une nation sur laquelle repose l’honneur de Dieu ; une nation à travers laquelle la Providence divine se révèle dans l’histoire et dans les circonstances ; une nation qui soit une source pour tous les peuples, afin qu’ils puissent puiser la connaissance de Dieu et de Ses voies. Leur objectif est de démontrer que la morale divine peut imprégner une nation entière — une morale qui éclaire non seulement la vie privée des individus, mais qui guide aussi les voies publiques des sociétés.

Pour que le peuple juif réalise sa destinée nationale, le sceau de Dieu doit être posé sur l’ensemble de la nation.

Le peuple doit reconnaître sa mission particulière : être le peuple de Dieu vivant sur la terre de Dieu. Lorsque le peuple juif dans son ensemble a abandonné Dieu — même si de nombreux individus continuaient à observer certaines mitsvot —, la nation avait perdu sa marque distinctive.

La terre n’était plus reconnaissable comme étant la terre de Dieu, et la nation n’était plus identifiable comme étant la nation de Dieu. Ils se voyaient comme un peuple parmi d’autres.

À ce moment-là, l’exil devint nécessaire. Le peuple juif devait errer parmi les nations, dépouillé de tout attribut national. C’est au cours de cet exil qu’il découvrit qu’il est différent, distinct de tous les autres peuples. Il comprit que l’essence de sa nation porte une qualité particulière — et cette qualité particulière, c’est le Nom de Dieu qui est associé à lui. »


Tout le sens du livre de Vayikra, dont nous achevons la lecture ce chabbat, consiste à nous expliquer comment incarner la sainteté dans la matière, à travers le service du Temple, les lois alimentaires, les lois de pureté familiale, les lois régissant la vie sociale, et finalement les règles gouvernant le travail de la terre et la vie économique. Or, comme l’explique le Rav Kook, cette sainteté ne peut s’exprimer qu’à travers une souveraineté du peuple d’Israël sur sa terre, puisque les lois dont il est ici question ne sont pas seulement individuelles mais essentiellement collectives.


Mais la paracha Be’houkotay, dans une portée prophétique, nous avertit : lorsque le peuple juif, bien que rassemblé sur sa terre, n’est plus apte à incarner la sainteté qui lui est demandée, il peut être contraint de vivre une nouvelle période d’exil, une sorte de parenthèse nécessaire pour redécouvrir le sens profond de sa vocation. Cette « sanction » nous a été infligée à deux reprises : une première fois avec la destruction du premier temple et l’exil de Babel, une seconde fois avec la destruction du second temple et l’exil de Rome, qui a pris fin avec la naissance du sionisme politique à la fin du 19ème siècle.


Maintenant que nous sommes revenus sur notre terre, la grande question est donc de savoir si nos exils appartiennent définitivement au passé, ou si nous demeurons toujours exposés à cette menace. Dans mon commentaire sur la paracha Ki Tetse[2], j’aborde déjà cette problématique en m’appuyant sur l’interprétation métaphorique que donne le Zohar du commandement relatif au nid d’oisillons et à leur mère, cette lecture permettant de conclure à la fin irréversible de notre exil…


Dans la Michna (traité Sanhédrin 97b), deux avis sont présentés concernant la fin des temps :

  • Rabbi Eliezer lie la guéoula (rédemption) à une condition préalable : la techouva (littéralement le « retour », mais dans la conception de Rabbi Eliezer, ce mot signifie « repentir » dans un sens moral et religieux).

  • Rabbi Yehoshua soutient que la guéoula viendra de toute façon, que le peuple fasse techouva ou non.


Le Rav Kook, dans Orot Hatéchouva, propose une synthèse innovante. Il distingue en effet deux niveaux de téchouva :

  • Une téchouva individuelle et religieuse (liée à l’application des mitsvot au niveau individuel).

  • Une téchouva collective, nationale et historique, qui se manifeste par le retour du peuple sur sa terre, la reconstruction de la nation, et le renouveau de la culture juive.


Selon lui, la guéoula peut commencer même sans une techouva religieuse complète, car le retour national est en lui-même une forme subtile de techouva, souvent inconsciente[3]. C’est une techouva de l’âme collective, qui reconnecte le peuple juif à son essence divine.


Réconciliant les avis de Rabbi Eliezer et de Rabbi Yehoshua, le Rav Kook a prophétisé que cette techouva nationale, prélude de notre délivrance, aboutirait finalement à une techouva spirituelle et religieuse[4].


Depuis le 7 octobre, nous apercevons les premiers signes de cette techouva spirituelle en Israël[5] : des soldats qui ne s’identifient pas comme « religieux » se sont mis à porter les tzitzits ; des soldats, peu familiers avec la bénédiction du Hagomel (récitée lorsqu'on est sauvé d'une situation dangereuse) ont demandé à leurs camarades religieux de la réciter avec eux ; des femmes qui ne se considéraient pas comme religieuses organisent des soirées de confection de hallot à la fois pour nourrir et soutenir les soldats, et beaucoup ont aussi adopté la coutume d’allumer des bougies supplémentaires le vendredi soir pour les otages à Gaza ; des restaurateurs de Tel-Aviv ont transformé leurs établissements pour les rendre casher, afin que leur cuisine puisse être envoyée aux soldats sur le front. Ce ne sont là que quelques exemples d'une tendance observée depuis le début de la guerre : une petite partie des Israéliens, qui ne se définissaient pas comme « religieux », commencent à adopter des coutumes et des mitsvot religieuses (bien qu’une enquête récente ait révélé que la plupart ne se sentent pas pour autant plus proches de la religion). 


Un autre signe, qui m’a particulièrement touché, est un discours[6], unique en son genre, prononcé à la Knesset par la députée Galit Distel Atbarian (qui ne s'identifie pourtant pas comme « religieuse »), où elle commence par rendre grâce à Hakadosh Baroukh Hou et où elle appelle ses concitoyens à se souvenir qu’ils ne sont là que pour être ses serviteurs dans ce monde. Économiste de formation, avec un parcours marqué par la rationalité scientifique, j’ai progressivement cheminé vers une approche plus spirituelle et mystique. C’est pourquoi je me reconnais particulièrement dans le parcours intérieur de cette députée: connue pour ses prises de position dures et clivantes lors des débats sur la réforme judiciaire, elle a entamé un profond examen de conscience à la suite des tragiques événements du 7 octobre[7] pour porter à présent un discours de réconciliation centré sur la mise en exergue de la mission spirituelle à la fois particulière et universelle du peuple juif.


Cette techouva concerne également le peuple juif en diaspora, et particulièrement aux Etats-Unis, où les massacres du 7 octobre et la vague d’antisémitisme qui les a suivis ont provoqué un fort réveil identitaire (à la fois sioniste et religieux) chez les Juifs américains, même les plus assimilés[8].


Puissent donc tous les Juifs d’Israël et de diaspora se rassembler autour de l’amour de la Torah, du peuple et de la terre d’Israël ! Puissions-nous devenir à nos propres yeux et aux yeux des Nations « le peuple de Dieu vivant sur la terre de Dieu » ! Et puissent notre exil, et celui de la Présence Divine dans ce monde, se terminer définitivement pour que nous connaissions enfin la délivrance !

 


[1] Gold from the Land of Israel, pp. 218-220. Adapted from Ein Eyah vol. IV, p. 2

[4] Ibid.

[5] Voir la tribune du Rav Kenneth Brander Despite disconnection from rabbinic authorities, Israelis still seek out spirituality  https://www.jpost.com/judaism/article-807210 

[8] Voir ce discours très touchant et fort de Debra Lea https://www.youtube.com/watch?v=-bgH_IO863U

 
 
 

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