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Paracha Ki Tetse : Israël et son Créateur, quand le poussin devient maman…

  • steveohana5
  • 13 sept. 2024
  • 5 min de lecture

La paracha Ki Tetse contient le nombre record de 74 commandements, et, au milieu d’entre eux, on trouve un commandement surprenant expliquant qu’il convient, lorsqu’on découvre une maman couvant une nichée d’oisillons, de renvoyer la maman pour prendre les poussins. Le Zohar nous révèle une interprétation extraordinaire de ce commandement : les poussins ne sont autres que les enfants d’Israël et la maman n’est autre que la shekhina (la présence divine). Nous décryptons ainsi à travers ce verset toute l’histoire des exils des bnei Yisrael et de leur autonomisation par rapport au Créateur. La haftara lue ce chabbat, interprétée à la lumière du Zohar, nous révèle l’étape ultime de notre envol, celle où les poussins deviendront eux-mêmes mamans…




 

Dans la Paracha Devarim (6 :22), on peut lire, au milieu des 74 commandements donnés par Moché aux enfants d’Israël, cette mitzvah étonnante :


Ki yikare kan-tsipor lefaneykha baderekh

lorsqu’il arrive qu’en chemin on se heurte à un nid d’oiseau

bekhol-ets o al-ha'arets

sur tout arbre ou sur terre

efro’him o veytsim

Les poussins ou des oeufs

 veha'em rovetset al-ha'efro’him o al-habeytsim

que la mère d’oiseau couve sur les poussins ou sur les oeufs,

lo-tika’h ha'em al-habanim.

tu ne prendras la mère sur les enfants... »


Cette mitzvah énigmatique demande donc, si l’on rencontre sur son chemin une nichée d’oiseaux avec une mère couvant ses enfants, de renvoyer la mère avant de prendre les enfants…


Nos maîtres ont proposé de nombreuses explications de cette mitzvah mais c’est l’interprétation du Zohar qui va nous intéresser ici.  


Comme l’explique le rav Léon Askénazi, le Zohar voit dans ce verset de Devarim une métaphore des trois exils du peuple juif.


Lors du premier exil en Egypte, les bnei yisrael sont des « betsim », des œufs, c’est-à-dire qu’ils ne sont même pas encore nés et c’est la sortie d’Egypte et le don de la Torah qui vont justement faire éclore la nation d’Israël.

Au terme de leur second exil en Babylonie, ils acquièrent un maturité supplémentaire, ce qui leur vaut le statut de « efro’him » (poussin), à travers le don de la loi orale.

Et c’est lors du troisième et dernier exil de Rome, celui dont nous vivons le terme aujourd’hui, qu’ils reçoivent le Zohar (la Kabbale) et acquièrent ainsi le statut de « banim » (fils).


Dans la halakha, il est précisé au sujet de cette mitzvah qu’il convient d’essayer de renvoyer la mère deux fois[1], mais que, si elle revient une troisième fois, alors il faut abandonner et laisser les enfants à la mère. Le sens global de la mitzvah, c’est que lorsqu’une mère empêche les petits de devenir des adultes, alors il faut renvoyer la mère et prendre les enfants pour les sauver.


Dans le cas d’Israël, la « mère » est ici la shekhina (la présence divine), qui « couve » ses enfants, les bnei yisrael. Pour les poussins, deux « stages » d’exil ont été nécessaires loin de la maman pour leur faire acquérir la maturité nécessaire à l’accomplissement de leur vocation spirituelle parmi les Nations. Par la réception de la loi orale, puis de la kabbale, ils ont appris à acquérir un degré d’autonomie par rapport à la Royauté divine, qu’ils sont chargés de dévoiler sur la terre. Au Sinaï, ils n’avaient pas d’autre choix que d’accepter la Torah[2]. Mais, à travers leurs exils, c’est par un choix libre et assumé qu’ils ont, par-delà les humiliations et les persécutions, continué à transmettre la loi orale et à diffuser les secrets de la kabbale de générations en générations.


Avec le retour de la nation d’Israël sur sa terre, le « stage » de l’exil est maintenant définitivement achevé. Comme l’enseigne Léon Askénazi : « [Le troisième retour de la maman], c’est la Guéoulah pour ce nid d’oiseau. Il y a eu deux exils, dit le Zohar - Shalea’h teshala’h - la destruction du premier et du deuxième temple – les deux fois se sont passées, mais il n’y aura pas de troisième exil, la troisième c’est la Guéoulah. »


La hafatara de cette semaine, qui est extraite des prophéties d’Isaïe, compare les enfants d’Israël en exil à une maman stérile : comme le peuple juif en exil, la femme qui n’arrive pas à enfanter voit son futur bouché et perd espoir en l’avenir. A cette désespérance, Isaïe répond par la promesse du retour de la fertilité. Un peu comme un médecin demanderait à un couple infertile de préparer leur maison pour accueillir leur prochaine famille, il s’exprime ainsi aux enfants d’Israël :

« Chante, femme stérile qui n'a pas enfanté ; chante et jubile, toi qui n'as pas connu les douleurs de l'enfantement, car les enfants de la délaissée sont plus nombreux que les enfants de la femme mariée », dit l’Eternel. Élargissez la place de votre tente, et qu'on étende les rideaux de vos demeures, ne lésinez pas ; allongez vos cordages et affermissez vos pieux. A droite et à gauche, vous dominerez, et votre postérité possédera des nations et repeuplera des villes désertes » (Isaïe 54:2).


Ainsi, d’enfants, les fils d’Israël sont appelés à prendre à leur tour le rôle de parents. On peut se demander de quelle « parenté » il est question ici. A nouveau, c’est le Zohar auquel nous allons faire appel pour nous éclairer. S’appuyant sur le Cantique des Cantiques, une discussion du Zohar nous révèle que l’enfant que nous allons accueillir en notre sein et sur lequel nous allons maintenant veiller n’est autre que… le Créateur Lui-même !


Dans le Zohar, Rabbi Shim’on Bar Yo’haï enseigne en effet qu’il existe trois degrés de relation avec le Créateur.  Le premier type de relation est celui où Dieu est pour Israël une maman, pourvoyant à ses besoins et lui imposant sa Loi car le sachant capable de la « comprendre » (au niveau qui est le sien !) et de la respecter (en tout cas dans le futur[3] !). Le second stade est celui où Hakadoch Baroukh Hou nous fait entrer dans son intimité, installant entre Lui et son peuple une relation d’époux à épouse (ou de frère et sœur[4]), c’est-à-dire un lien où Lui et son peuple se chérissent et se donnent mutuellement l’un à l’autre[5]. Le troisième stade, celui des temps messianiques, sera celui où Israël deviendra la « maman » du Créateur, Lui permettant de se « reposer » sur nous.


Alors, nous enseigne le Zohar :

« Yisrael mefarnesim Hakadosh Braoukh Hou » - « Israël donnera la parnasa (la subsistance) au Créateur ».

La parnasa, pour Hakadoch Baroukh Hou, est la tranquillité (le na’hat), celle que la Créature donne au Créateur en glorifiant son Nom et ses Valeurs dans la Création.


Alors, en ce mois d’Eloul, qui précède celui de la célébration de la Création, « élargissons nos tentes » et préparons-nous à faire de notre monde une demeure pour l’Eternel !

 

 

 


[1] Le Zohar nous dit sur ce verset :

Shalea’h teshala’h et-ha'em

renvoyer tu renverras la mère [il y a donc ici une allusion à deux renvois successifs de la maman]

ve'et-habanim tika’h-lakh

et tu prendras les enfants pour toi

lema'an yitav lakh veha'arakhta yamim

afin que cela te fasse du bien et que tu prolonges tes jours

[2] Le Talmud nous dit que, lors du don de la Torah, D.ieu retourna la montagne au-dessus des bnei Yisrael comme une marmite et leur dit : « si vous acceptez la Torah, c’est parfait. Sinon, ici sera votre tombe ».

[3] C’est pour cette raison que tous les commandements de la Torah sont énoncés non comme des ordres (ce qui nécessiterait l’emploi de l’impératif), mais comme des promesses employant le futur (« tu ne tueras pas », « tu ne porteras pas de faux témoignage », « vous serez sains » etc.)

[4] Il y a dans la Genèse de multiples allusions au lien de fraternité qui unit Avraham à Sarah et Yitzhak à Rivka. Léon Askénazi explique que c’est au sein du couple qu’Israël est appelé à travailler et réparer la relation fraternelle, qui a été cassée par le meurtre d’Abel par Caïn.

[5] Les initiales du mois d’Eloul, dans lequel nous nous trouvons, sont justement celles de ce magnifique verset du Cantique des Cantiques, exprimant l’idée d’une relation de réciprocité avec le Créateur : אני לדודי ודודי לי (« je suis à ma Bien-Aimée et ma Bien-Aimée est à moi »).

 
 
 

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