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Tazria – Metsora : De la séparation à la fraternité

  • steveohana5
  • 17 avr.
  • 5 min de lecture

Selon Rav Fohrman, la tsara’at n’est pas seulement une faute de parole : c’est le signe qu’un homme s’est coupé de ses frères. Le metsora est envoyé hors du camp parce que sa vraie maladie est une rupture du lien avec le peuple. Sa guérison consiste donc à purifier son ego pour pouvoir revenir parmi les siens. À l’approche de Yom Haatsmaout, le message est simple : la reconstruction d’Israël ne passe pas seulement par un État fort, mais également par une fraternité retrouvée.

 


La paracha Metsora nous parle d’une maladie étrange : la tsara’at. Ce n’est pas une maladie ordinaire du corps, mais une maladie de l’âme, qui se manifeste par des taches blanches sur la peau. Pour guérir, le malade doit être retranché du camp d’Israël pendant sept jours, puis, au terme de cette période, il peut être réintégré parmi les siens.


Traditionnellement, cette maladie est liée à un mauvais usage de la parole, au lachon hara : une parole qui ne sert plus à construire, à relier, à faire vivre, mais à juger, à critiquer, à séparer. Au lieu d’utiliser la parole comme Hachem l’a fait dans Béréchit, pour créer un monde et faire surgir la vie, l’homme l’utilise pour blesser, diviser et affaiblir son prochain.

Mais le Rav Fohrman propose d’aller encore plus loin. Selon lui, la tsara’at n’est pas seulement la sanction d’une mauvaise parole ; elle révèle une maladie de l’ego. C’est la maladie d’un moi qui ne veut plus être une partie du peuple, d’un homme qui se vit comme séparé du camp, séparé du destin collectif d’Israël. C’est pour cela que le metsora est envoyé hors du camp : ce qui s’est produit intérieurement doit maintenant être vécu extérieurement. La séparation spirituelle devient séparation physique, afin que l’homme puisse voir concrètement ce que son âme est devenue.


C’est aussi dans ce sens qu’il faut comprendre la faute de Myriam. Si elle est frappée de tsara’at après avoir parlé de Moshé et de sa séparation d’avec Tsipora, ce n’est pas seulement parce qu’elle a critiqué son frère. Plus profondément, elle a refusé de reconnaître que Moshé n’était pas simplement un individu parmi d’autres, mais le canal unique de la prophétie pour tout Israël. En contestant cela, elle a, d’une certaine manière, ramené la mission de Moshé à une affaire personnelle, familiale, privée, alors qu’elle touchait en réalité à tout le peuple. Là encore, la racine de la faute est une difficulté à reconnaître quelque chose de plus grand que soi : la mission, le collectif, la vocation d’Israël.


Mais le point peut-être le plus lumineux du Rav Fohrman est ailleurs : il montre que le rituel de purification du metsora ressemble étonnamment à celui de Pessa’h. Les deux oiseaux, le sang, l’hysope, le bois, les sept jours, l’exclusion provisoire de la maison : tous ces éléments renvoient, selon lui, à la nuit de la sortie d’Égypte. Il remarque d’abord que le metsora est purifié à l’aide de deux oiseaux : l’un est tué, l’autre est relâché vivant. Cela évoque la nuit de Pessa’h, où l’Égypte est frappée par la mort tandis qu’Israël est préservé et envoyé vers la liberté. Il souligne aussi la présence du sang et de l’hysope : à Pessa’h, les Bné Israël trempaient l’hysope dans le sang du korban pour l’appliquer sur les montants de leurs portes ; dans la purification du metsora, on retrouve ce même geste de trempage et de projection. Le bois rappelle lui aussi les montants de la porte marqués par le sang. Quant aux sept jours et au lien avec la maison, ils font écho à la période de Pessa’h, durant laquelle la maison entre dans un processus particulier de séparation et de purification. Tout se passe comme si la Torah nous disait que le metsora devait traverser un Pessa’h miniature, un passage symbolique par le sang, la séparation et la réintégration.


Pourquoi ce lien avec Pessa’h ? Parce que, selon le Rav Fohrman, Pessa’h est la naissance du peuple d’Israël. Cette nuit-là, il ne se passe pas seulement une libération physique et individuelle. Jusqu’alors, il existait des familles hébraïques dispersées en Égypte ; à partir de cette nuit, il existe un peuple. Le sang sur les portes marque cette naissance. Israël passe à travers le sang pour devenir une nation. Le metsora, lui aussi, doit donc repasser par cette naissance fondatrice : il doit être recréé comme membre du peuple, renaître dans le camp, retrouver sa place dans le corps collectif d’Israël. La purification du metsora n’est donc pas seulement une guérison morale ; c’est une renaissance nationale et communautaire.


C’est là que le lien avec notre calendrier devient bouleversant. Entre Yom HaZikaron et Yom Haatsmaout, nous vivons nous aussi un passage à travers le sang. Yom HaZikaron nous confronte au prix du retour d’Israël dans l’histoire : le sang versé par ceux qui sont tombés pour que le peuple juif puisse vivre libre sur sa terre. Et Yom Haatsmaout célèbre ce que ce sang a rendu possible : non seulement un État, mais une renaissance nationale. De la même manière que Pessa’h est la naissance d’Israël comme peuple, Yom Haatsmaout est la naissance renouvelée de ce peuple dans sa souveraineté retrouvée. Le sang de Yom HaZikaron mène à la vie de Yom Haatsmaout, comme le sang de Pessa’h mène à la naissance d’Israël.


La guérison du metsora nous enseigne donc une vérité profonde : on ne guérit pas seulement d’une faute morale, on guérit d’une rupture du lien. La tsara’at est la blessure d’un homme qui a cessé de vivre comme membre d’un peuple. Et sa guérison est un retour vers le nous, une renaissance dans la communauté d’Israël.


Et en ce sens, il y a un lien profond avec Yossef. Car Yossef aussi a été, d’une certaine manière, le premier “metsora” de l’histoire d’Israël : rejeté par ses frères, séparé de sa famille, et pourtant dénué de toute haine et de tout désir de revanche. Toute la longue histoire de la guéoula consiste alors à faire revenir Yossef dans la maison d’Israël, à réparer la fraternité brisée, à recoudre cette fracture originelle au sein de notre peuple.


C’est peut-être pour cela que nos Sages appellent le Machia’h “le Metsora”. Ce nom surprend : on imaginerait plutôt une figure de pureté et de gloire. Mais la délivrance commence peut-être autrement : par la guérison de ce qui abîme le lien entre nous. Le Machia’h est celui qui met à nu les fractures d’Israël pour pouvoir les réparer, et qui ramène au camp ceux qui s’en étaient éloignés intérieurement. À nous de préparer ce retour en travaillant dès maintenant notre manière de parler et de vivre avec les autres : moins accuser, moins juger, moins alimenter la division, et retrouver le sens du lien, de la mesure et de la responsabilité commune, redevenir, tout simplement, capables de fraternité.


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