Parachiot Mattot et Massei : restaurer l’unité du peuple d’Israël, clé de notre délivrance
- steveohana5
- 25 juil. 2025
- 7 min de lecture
Alors que deux tribus choisissent de vivre en marge d’Israël dans la paracha Mattot, Dieu les y autorise à condition qu’elles restent unies dans le combat du peuple. Aujourd’hui encore, face à la nouvelle haine sélective, la solidarité entre Juifs d’Israël et de diaspora est mise à l’épreuve, et parfois magnifiquement restaurée, comme avant-hier à Valence... L’affaire Vueling, où des jeunes Juifs (français et israéliens) ont été expulsés d’un avion pour avoir parlé hébreu, illustre l’exigence d’unité face au Mal. Comme jadis les tribus, le peuple juif ne remplit sa mission sainte que s’il agit comme un seul homme, où qu’il vive. Et si ce cri - « Yemot ! »- entonné avant-hier dans l’avion annonçait déjà les temps messianiques que cette unité rendra possibles ?

Elie Wiesel a dit un jour : « Je ne critique jamais Israël, c’est le prix à payer pour ne pas y vivre ». Les sidrot et l’actualité de cette semaine apportent un éclairage inattendu à cette belle formule.
Dans la paracha Mattot, les tribus de Reuven et Gad expriment leur désir de s’établir avec leurs troupeaux à l’extérieur de la terre de Canaan (dans ce qui constitue l’actuelle Jordanie), terre dont la délimitation précise nous est ici fournie : de la Mer au Jourdain (« from the river to the Sea »…).
Moshé réagit de façon extrêmement négative à cette demande, qu’il juge contraire à la volonté divine et d’une gravité comparable à la faute des explorateurs, sanctionnée par la mort de toute la génération sortie d’Egypte dans le désert.
Mais, de façon surprenante, Dieu accède à la demande des deux tribus, à la condition qu’elles participent à la conquête de Canaan avant de s’établir de l’autre côté du Jourdain. Une autre condition posée par Dieu à cette scission a été que la moitié de la tribu de Menashé s’établisse avec Reuven et Gad (l’autre moitié s’installant de l’autre côté du Jourdain avec le reste des tribus), permettant d’unifier l’ensemble d’Israël en un bloc relativement homogène.
Le grand Rabbin de France Haïm Korsia s’est référé à ce passage important de la Torah lors de son allocution sur le lien Israël/diaspora à l’Université de Tel Aviv en mai dernier[1] : un peu à la manière d’Elie Wiesel, il déduit de cet épisode qu’on peut légitimement se soustraire au commandement de s’établir sur la terre d’Israël à la condition de se montrer complètement solidaire du destin d’Israël, notamment lors de ses guerres. Ce qu’il fait d’ailleurs avec une ardeur et un courage remarquables depuis les massacres du 7 octobre.
On pourrait cependant opposer trois remarques à son raisonnement :
· D’une part, la terre sur laquelle Reuven et Gad s’établissent fait quand même partie de l’Israël biblique, tel qu’il a été donné à Avraham[2], même si cette terre ne revêt pas le même degré de sainteté que la partie située sur la côte Ouest du Jourdain.
· Deuxièmement, les tribus de Reuven et Gad se sont physiquement battues aux côtés des autres tribus pour la conquête de Canaan – la tribu de Gad étant même considérée comme l’une des plus expertes dans l’art de la guerre- ce qui n’est pas le cas des Juifs de diaspora aujourd’hui, dont le soutien à Israël est essentiellement financier et moral.
· Enfin, malgré le respect du commandement divin lors de la conquête de Canaan, cette scission a mené à l’une des pires guerres fratricides d’Israël, après que les deux tribus dissidentes ont commencé à établir leur propre temple du côté Est du Jourdain, prétextant que cette réplique du temple de Jérusalem leur permettait de perpétuer leur lien avec le reste du peuple et avec le divin[3]…
On voit au travers de cet exemple que le processus de séparation d’avec le cœur d’Israël est une pente glissante, même avec les meilleures intentions initiales, et que ce processus se solde toujours par l’affaiblissement d’Israël et par suite de la Présence Divine dans le monde.
Les événements de cette semaine résonnent de façon étonnante avec ce récit.
Avant-hier, un groupe d’une quarantaine de jeunes ados (groupe comprenant un mélange de Juifs français et franco-israéliens, dont les enfants de trois couples d’amis proches de Tel Aviv et Raanana) a été expulsé, parfois avec violence, et sans raison valide, d’un avion de la compagnie Vueling au départ de la ville espagnole de Valence. D’après les témoignages de ces jeunes, la décision de les expulser de l’avion a été prise après que les policiers leur ont posé la question : « y’a-t-il parmi vous des enfants de nationalité israélienne ? »[4].
Cet événement se voit chargé d’un sens symbolique très profond. La doxa ambiante tente de « trier » en effet les « bons et les mauvais » Juifs : d’un côté, les Juifs de diaspora peuvent être « graciés », si bien sûr ils prennent officiellement leur distance face au « génocide » perpétré à Gaza, ou peut-être dans un premier temps, s’ils gardent une discrétion totale sur leurs opinions politiques. De l’autre, les Israéliens, incarnation du mal absolu, doivent être exclus, à l’instar du chanteur franco-israélien Amir, accusé entre autres crimes « d’avoir participé à des concerts en faveur de Tsahal » il y a quelques années ! Peut-être pourrait-on accorder une grâce provisoire à quelques « Israéliens de service », pouvant être utiles à la doxa, en venant accréditer dans les médias occidentaux l’idée des « massacres » commis par l’armée israélienne[5]. Il y a là un piège identitaire très dangereux pour les Juifs de diaspora, qui, de façon consciente ou non, peuvent être tentés de renier leur soutien à Israël dans le but de se faire accepter par leurs collègues, leurs amis non Juifs etc. Cette grâce n’est bien sûr qu’une illusion, la haine antisioniste n’étant en réalité que l’expression d’une volonté totalitaire de subversion progressive des esprits : si les Juifs de diaspora « non alignés à Israël » peuvent être utiles aujourd’hui pour mieux diaboliser Israël et l’homme blanc occidental dans l’opinion, ils seront bien sûr sacrifiés sans merci une fois leur rôle devenu obsolète dans la stratégie de renversement des sociétés démocratiques. Mais le mal aura été fait, car la stratégie aura permis de briser l’Unité d’Israël, par laquelle se dévoilent les Valeurs du divin dans ce monde.
Derrière les discours politiques, se cache ainsi une lutte spirituelle totale entre forces de dévoilement du Divin (à travers Israël et en particulier son armée) et forces négatives (klipah-écorce) … Dans « l’affaire Vueling », les forces négatives ont été mises en défaut car les Juifs français (non israéliens) ont partagé la « sanction » que souhaitaient réserver le personnel de bord et la police espagnole à leurs frères israéliens. Cette unité du peuple d’Israël face à l’arbitraire de la nouvelle haine antisioniste représente un tikkoun par rapport au fossé que le nouveau discours antisémite tente de créer au sein même du peuple choisi par Dieu pour incarner ses valeurs dans le monde. Dans ce cas, la présence de quelques Juifs israéliens dans cette « colonie » portant le nom hébreu de Kinneret et expulsée suite à un mot en hébreu scandé par l’un des « colons » suffisait à ce que TOUTE la colonie soit expulsée de l’avion. Pour renforcer encore le symbolisme de la scène, le mot prononcé en hébreu pourrait avoir été « Yemot ! », allusions aux « yemot hamachia’h » (les jours de la rédemption messianique) d’après certains témoignages…
Et, comble du symbolisme, seule la diplomatie israélienne est intervenue en défense des jeunes juifs expulsés de l’avion, le Quai d’Orsay se montrant totalement silencieux sur cette affaire, et l’Elysée n’ayant pour réponse… qu’un communiqué annonçant la reconnaissance unilatérale prochaine de l’Etat Palestinien, au moment même où le Hamas venait de torpiller par son intransigeance les négociations pour parvenir à un cessez-le-feu et à une libération partielle des otages avec le Qatar, l’Egypte, les Etats-Unis et Israël[6] !
Un bon ami ironisait suite à ce silence de la diplomatie française sur l’affaire Vueling : « le Quai d’Orsay ne s’occupe en général que des Français ! »…
De cette « blague », je perçus immédiatement la grande profondeur : en même temps que se scellait dans cette avion la réconciliation des destins des Juifs français et israéliens, Israël et la France reconnaissaient chacun de leur côté les leurs… Un moment total de dévoilement et de clarification en quelque sorte… Un tikkoun grandeur nature de la scission décrite par notre paracha …
En effet, comme l'explique le Rav Yoël Benharrouche dans son commentaire de la paracha:
« Et les enfants de Reouven et ceux de Gad possédaient un cheptel considérable. Lorsqu'ils virent le pays de Yazer et celui de Galaad, ils les trouvèrent propices pour leurs bestiaux. » En réalité, en plus de leurs élevages, tout le butin en bétail rapporté de la guerre avec Midiane leur a été confié [on voit donc ici le rôle joué par l’environnement extérieur dans cette division]. Les sages nous disent que Réouven et Gad auraient fait passer leur bien-être avant leurs enfants. Ils ont dédaigné l’éducation de leurs enfants au profit de leur bien-être matériel. Ils se sont préoccupés de la « face extérieure de la vie » au détriment du sens profond de la vie.C’est un sujet fondamental, ces deux tribus ont décidé de rester en dehors des frontières de la Terre d’Israël, pour des considérations économiques, pour le degré פרנסה (Parnassa, Subsistance), en réalité pour conserver leur confort matériel. Cette situation n’est pas sans similitude avec ce que nous voyons aujourd’hui, hélas… »
Puissent donc tous les enfants d’Israël communier, à l’image de la colonie Kinnereth, dans l'amour d’Israël, et dans l’acceptation pleine et entière de leur mission sainte, par-delà les considérations économiques et matérielles ! Et puissent les « Yemot hamachia’h » annoncés par le jeune juif qui a déclenché l’incident du vol Vueling arriver enfin !
Amen ve Amen!
[1] J’ai eu l’occasion d’évoquer déjà cette belle intervention dans mon commentaire de la paracha Emor https://steveohana5.wixsite.com/torahetpresent/post/paracha-emor-et-lag-ba-omer-les-blasph%C3%A9mateurs-d-hier-et-d-aujourd-hui
[2] Cette terre s’étend en effet « entre les deux fleuves » que sont le Nil et l’Euphrate. Voir le commentaire du Rav Yehuda Hacohen sur la paracha Mattot https://visionmag.org/israels-true-borders/
[3] Le RALBAG dans son livre de תעלתיות nous dit qu’ils ont construit cet autel de sacrifices car ils ont eu peur de leur choix de rester en dehors de la Terre d’Israël…
[4] Voir le témoignage d’un enfant de la colonie ici : https://x.com/CNEWS/status/1948358221128683938
[5] Sur la question de la légitimité morale des opérations de Tsahal à Gaza, lire le texte de l’expert en guerres urbaines John Spencer, un Juste des Nations répondant à l’historien israélien (expert des génocide) Omer Bartov qui, dans le New York Times, a récemment expliqué en quoi ce que faisait l’armée israélienne à Gaza était un génocide. Voir son analyse à ce lien https://x.com/SpencerGuard/status/1948010761957052628
[6] Voir les déclarations de l’émissaire américain Steve Witkoff attribuant l’échec des négociations à l’attitude du Hamas https://www.axios.com/2025/07/24/gaza-ceasefire-talks-israel-recall-negotiators. Cette intransigeance de l’organisation terroriste n’est probablement pas sans lien avec le soutien implicite qui lui est donné par le président français et les autres chefs d’Etat appelant à un « cessez-le-feu immédiat ».


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