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Paracha Metsorah : esprit, corps et terre d’Israël, le triptyque de la sainteté

  • steveohana5
  • 19 avr. 2024
  • 7 min de lecture

La paracha Metsorah illustre la façon dont sont associés esprit, corps et terre d’Israël dans la recherche de la sainteté. Comme en médecine chinoise, la sainteté dans la Torah est intimement liée à l’ouverture adéquate de l’être aux forces circulantes de la vie. Et la terre d’Israël est l’endroit où chacune de nos actions, des plus spirituelles aux plus triviales, nous ouvre à la vie.



Metsora 14:4: "Sur l'ordre du pontife, on apportera, pour l'homme à purifier, deux oiseaux vivants, purs; l'un d'eux sera sacrifié et l'autre rendu à sa liberté" Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre


La paracha Metsorah est l’occasion de nous attarder sur la notion d’impureté dans la Torah.


Ici encore, la traduction française du concept original de la Torah nous joue des tours… La Torah utilise en effet le mot טומאה (touma) pour designer l’impureté, qui a la même racine que אטום (atoum), pouvant se traduire en français par « bouché ». La personne impure est en quelque sorte « obstruée », imperméable aux forces circulantes de la vie.


Ainsi, la femme qui vient d’accoucher est déclarée « impure » par la Torah car elle cesse d’être l’hôte de la vie qui se développait en elle. Cette impureté est de plus longue durée quand la mère accouche d’une fille car une fille est elle-même capable d’engendrer la vie (14 jours d’impureté pour une maman donnant naissance à une fille au lieu de 7 jours pour un garçon).


Dans la tradition juive, l’une des voies récurrentes par lesquelles la Torah prescrit le « débouchage » de la personne impure est le bain rituel (mikveh).


Ainsi, dans la paracha Metsorah, on peut lire (Vayikra 15 :16) :

« Un homme qui aura laissé échapper de la matière séminale devra baigner tout son corps dans l’eau, et sera impur jusqu’au soir. »[1]


Maïmonide évoque la portée de l’acte d’immersion en ces termes :

« Il est généralement admis que les états de pureté et d’impureté relèvent des lois divines d’ordre irrationnel (חקים) et échappent au contrôle de la pensée humaine. Il en est de même de l’acte d’immersion, étant donné que l’impureté n’est point une saleté qui disparaîtrait en la lavant à l’eau. Aussi tout dépend-il de l’intention (כונה) de la personne qui immerge, au point qu’une immersion effectuée sans l’intention correspondante au but recherché est invalide. L’acte d’immersion nous suggère également la réflexion suivante : de même que celui qui a l’intention de se purifier en immergeant sort purifié du Mikveh, quoiqu’aucun changement matériel ne se soit produit à son corps, de même celui qui a l’intention de se purifier moralement des souillures de l’âme contractées par des vices et des mauvaises habitudes peut s’en purifier par la résolution intérieure de s’écarter de ces voies, et accomplir ainsi une immersion spirituelle. C’est à quoi le prophète Ezechiel fait allusion en ces termes au nom de D.ieu : « J’épancherai sur vous des eaux pures afin que vous deveniez purs de toutes vos souillures et de toutes vos abominations je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau et je vous inspirerai un esprit nouveau… » (Hilchot Mikvaoth 11, 2).


Ainsi, selon la Torah, impureté et pureté sont de nature essentiellement spirituelle, le corps portant les stigmates de l’impureté de l’être et servant également de véhicule, à travers la force de l’intention, pour sa purification.


Dans la même idée, le commentateur Onqelos traduit la « lèpre » biblique, tsaraat (צרעת), par l’araméen סגירו, ce qui signifie à la fois enfermer et fermer (boucher, obstruer) : le chemin qui mène à l’âme est obstrué pour celui dont le corps est couvert des affections de la lèpre, en raison de sa déchéance morale. La médecine telle que la conçoit la Torah est, comme la médecine chinoise, une médecine holistique, qui interprète la maladie comme un blocage énergétique et spirituel, et dont l’objectif est de « libérer » la circulation obstruée des forces de vie dans le corps et l’esprit de la personne malade pour accomplir sa guérison. La médecine chinoise définit d’ailleurs la bonne santé par la circulation adéquate de l’énergie vitale (le Qi) à travers tous les organes composant le corps humain, le rôle du médecin étant d’identifier et de dénouer les étranglements énergétiques à l’origine des maladies, en veillant notamment à la remise en circulation de l’énergie le long de ce que les médecins chinois appellent les « méridiens ».

 

Un passage de la paracha Metsora révèle un autre aspect fondamental de la notion de sainteté selon la Torah (Vayikra, 14 :34), sa connexion avec la terre d’Israël :

« L’Eternel parla à Moïse et à Aaron en ces termes : « quand vous serez arrivés au pays de Canaan, dont je vous donne la possession, et que je referai naître la plaie lépreuse dans une maison du pays que vous possèderez, celui à qui sera la maison ira le déclarer au prêtre, en disant… »


Ainsi, comme le souligne Nahmanide, la plaie des lèpres ne se manifeste qu’en Terre Sainte, car il s’agit là d’un phénomène de caractère surnaturel. Or, les prodiges de ce genre, signe de la sollicitude particulière de l’Eternel[2], sont réservés à la Terre où la Chehina (la présence divine) demeure proche des hommes.


Le Rav Kook développe cette idée en insistant sur la sainteté intrinsèque de la terre d’Israël. La terre d’Israël est le réceptacle éternel de la présence divine et, comme l’indique la paracha Metsora, cette connexion entre la terre et la Chehina ne peut se dévoiler véritablement qu’avec la présence du peuple juif sur sa terre.


D’ailleurs le commandement de résider en terre d’Israël fait partie, avec le mikveh et l’obligation de résider dans la soucca, des trois mitzvot faisant intervenir l’intégralité du corps humain : quand le juif se trouve en terre d’Israël, il est littéralement immergé dans la sainteté, et n’a plus besoin de veiller sans cesse à se détacher de l’impureté comme il doit le faire en exil[3]. Cultiver des champs, assécher des marais, piocher la terre, réaliser de nouvelles inventions ou livrer des guerres : tout ce que le Juif accomplit en Israël le rapproche de la sainteté, c'est-à-dire de la vie.


Pour illustrer cette notion fondamentale, je voudrais conclure par cette belle histoire relatée par Simcha Raz au sujet du Rav Kook[4] :

Yigdal Gal-Ezer (un beau-frère de l'auteur) était un fonctionnaire du gouvernement qui avait l'habitude de rendre visite au Rav Kook chez lui. Lors d'une de ses visites, alors que le Rav Kook était plongé dans l'étude d'un passage talmudique, on frappa avec hésitation à la porte. La porte s'ouvrit légèrement et un petit Yéménite, aux cheveux et à la barbe grisonnants, entra dans la pièce. Il ferma la porte derrière lui et resta debout dans l'embrasure de la porte, le visage contre terre, comme s'il avait peur de regarder le Rav Kook.

         Rav Kook leva les yeux et dit à l'homme d'un ton agréable : « Approche-toi, mon fils. »

         Lentement, l’homme s’avança vers le bureau du Rav Kook, le visage toujours au sol.

         "Qu'est-ce qui te dérange?" Lui demanda le Rav Kook.

         « Rav », dit l’homme avec hésitation, « je suis venu poser une question importante. »

         "Je t’en prie, pose-moi ta question."

         «Pendant vingt-cinq ans», dit l'homme, «j'ai travaillé dur, du matin au soir, arrachant les mauvaises herbes des vergers, plantant de jeunes arbres, creusant des roches et creusant pour construire des maisons. Mais après tout cela, je gagne à peine assez d’argent pour subvenir aux besoins de ma famille. Ma question est la suivante : serais-je autorisé à quitter la Terre Sainte et à déménager en Amérique ? Peut-être y serai-je plus chanceux et pourrai-je subvenir aux besoins de ma famille de manière plus honorable.

         Pendant quelques secondes, le Rav Kook resta assis tranquillement, réfléchissant. Puis il s'est levé, a montré sa chaise et a dit à l'homme : « Assieds-toi ! »

         L’homme se mit à trembler et balbutia : « Rav, personne d’autre ne peut s’asseoir sur votre chaise ! »

         Mais Rav Kook lui ordonna à nouveau : « Assieds-toi ! »

         À petits pas hésitants, l’homme fit le tour du bureau et s’assit sur la chaise du Rav Kook, toujours tremblant. Et dès qu’il s’assit, sa tête pencha sur le bureau du Rav Kook et il s’endormit.

         Peu de temps après, il se réveilla, semblant très ému.

         "Que s'est-il passé quand tu t'es endormi?" lui demanda le Rav Kook.

         Le juif yéménite a répondu : « J’ai rêvé que je quittais ce monde. Lorsque mon âme s'est élevée au ciel, un ange aux portes du ciel m'a dirigé vers la cour céleste. Au-devant du tribunal se trouvait la balance de la justice.

         « Soudain, des calèches arrivèrent, remplies de toutes sortes de paquets, petits, moyens et grands, et les anges commencèrent à les placer sur un côté de la balance, qui descendait de plus en plus bas, jusqu'à ce qu'elle touche presque le sol.

         « J’ai demandé à l’ange qui se tenait à mes côtés : ‘Qu’est-ce que c’est que ces paquets ?’

         « L’ange répondit : ‘Ce sont les péchés que vous avez commis sur terre. Au final, tout est pris en compte. » J’étais secoué.

         «Puis, d'autres calèches sont arrivées, lourdement chargées de mottes de terre, de pierres, de rochers et de sable. Et maintenant, les anges ont chargé tout cela de l’autre côté de la balance, qui a commencé à descendre.

         « Et c'est quoi ces paquets ? » J'ai demandé à l'ange.

         « Il répondit : « Ce sont les pierres, les rochers et la terre que vous avez retirés de la Terre Sainte. Ils vous défendront quant à la part que vous avez prise dans la construction du terrain.

         « Tremblant, je me levai et regardai le côté de la balance où étaient placés mes mérites. L’échelle a diminué petit à petit, jusqu’à atteindre un tout petit peu plus haut que l’échelle de la culpabilité.

         Lorsque l'homme eut fini de parler, le Rav Kook répondit : « Tu vois, mon fils, ta question a reçu une réponse du ciel. » Et le Rav Kook n’en dit pas plus.




[1] On retrouve d’ailleurs à cette occasion l’association entre pureté et force de vie (représentée ici par la matière séminale). Le corps, par ailleurs, est ici désigné à travers le mot de בשר (mot désignant à la fois la chair humaine et la viande animale), dont on a déjà évoqué le caractère de sainteté dans notre commentaire sur la paracha chemini.

 

[2] La tsaraat est en effet un « cadeau » fait à l’homme par le divin, destiné à lui permettre de prendre conscience de sa déchéance morale pour pouvoir purifier son être.


[3] Voir à ce sujet le commentaire de Léon Askenazi sur la paracha Vayikra : http://manitou.over-blog.com/article-vayiqra-1994-2eme-partie-46804143.html


[4] Cette histoire, ainsi que d’autres reliées à la pensée du Rav Kook sur la sainteté d’eretz Israel, peut être retrouvée en anglais sur le site suivant : https://www.ravkook.net/the-land-of-israel.html

 
 
 

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