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En attendant Chabbat... Paracha Chemini : « Et tu choisiras la vie »

  • steveohana5
  • 5 avr. 2024
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 avr. 2024

L’Homme, qui vit dans une dualité entre âme et corps, dispose de deux voies pour résoudre cette tension : il peut tenter de se détacher de son corps pour épouser le divin, ou s’efforcer au contraire de faire de son corps un réceptacle pour le divin. La paracha Chemini nous indique laquelle de ces deux voies est celle demandée par la Torah.


Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre


Après sept jours de préparation à l’inauguration du Mishkan, la paracha s’ouvre le huitième jour (« yom hachemini ») avec l’entrée d’Aaron et ses fils dans le Sanctuaire.


Mais cette inauguration, qui célébrait la rencontre sublime entre l’infini et le peuple de l’Alliance dans l’endroit choisi par le Créateur pour résider parmi les hommes, est entachée par un drame : deux des fils d’Aaron Nadav et Avihu meurent « dévorés par un feu qui s’élance de devant le Seigneur », après avoir « apporté un feu étranger » devant D.ieu.  


Or, Nadav et Avihu n’ont pas commis de faute apparente. Le texte de la Torah précise simplement qu’ils ont effectué dans le sanctuaire un service qui « n’était pas demandé par le Seigneur ».


La Torah rapporte les paroles de Moshe à Aaron immédiatement après la tragédie :

« Voici ce que D.ieu a dit, disant : 'Je serai sanctifié par ceux qui sont proches de Moi.' »


Rachi, citant le Talmud et le Midrash, traduit la signification des paroles de Moshe :

« Quand D.ieu a dit : 'Je serai sanctifié par mes proches', j'ai pensé que cela faisait référence à moi ou à toi ; maintenant je vois qu’ils sont plus grands que nous deux. »


On voit donc que la mort de Nadav et Avihu, loin d’être considérée comme une « punition », est assimilée à une « sanctification » du nom divin et que les deux fils d’Aaron sont reconnus par Moshe, notre plus grand prophète, comme des tsadikim d’un niveau encore plus élevé que lui…


Rabbi Haïm ibn Attar écrit dans son commentaire, Ohr Hachaim, sur ce verset :

« Leur mort est une mort par « baiser » divin comme celle vécue par les plus grands justes — c'est seulement que les justes meurent lorsque le « baiser » divin s'approche d'eux, alors qu'ils meurent en s'en approchant... Même s’ils sentaient leur propre disparition, cela ne les empêchait pas de se rapprocher [de D.ieu] dans l’attachement, le plaisir, la délectation, l'intimité, l’amour, les baisers et la douceur, au point que leurs âmes se détachèrent d’eux »


Les maîtres hassidiques expliquent que la vie – le maintien d’une âme spirituelle dans un corps physique – implique un équilibre ténu entre deux forces puissantes dans l’âme : ratzo (effort, fuite) et shov (retour, installation). Ratzo est l'effort de l'âme vers la transcendance, son désir ardent de se libérer des enchevêtrements de la vie matérielle et de parvenir à une réunion d’annulation avec son Créateur et sa Source. En même temps, chaque âme humaine possède également le shov – une volonté de réalisation, un engagement à vivre une vie physique et à laisser une empreinte sur un monde physique.

L’erreur des fils d’Aaron fut d’avoir laissé leur désir de s’attacher à D.ieu (ratzo) atteindre une telle intensité qu’ils en moururent : leurs corps ne pouvaient plus contenir leurs âmes. Car, bien qu’un Juif doive s’élever au-delà de ses préoccupations matérielles, lorsqu’il atteint l’ultime extase de son âme, il doit alors revenir au travail que l’âme doit accomplir dans une existence matérielle (shov).


Avant-même le drame évoqué par notre paracha, Nadav et Avihu avaient en réalité déjà laissé leur ratzo guider leur existence en faisant le choix du célibat. Or, comme le rappelle le Rav Léon Askénazi dans son commentaire de la paracha Chemini, la notion d'engendrement est souvent liée dans la Torah à celle des interdits alimentaires... Ceci pourrait être la raison pour laquelle la paracha, semblant passer du "coq à l’âne", s’achève avec les règles relatives à la cacherout.


Ces règles permettent en effet de discerner quelles espèces, parmi les espèces animales, sont autorisées à la consommation, c’est-à-dire compatibles avec la sainteté, et celles qui, au contraire, sont susceptibles de rendre notre être impur.


Par les règles de la cacherout, la Torah nous révèle le principe unificateur entre matière et esprit : l’esprit des animaux consommés est présent dans la nourriture que nous ingérons et cette nourriture (בשר , bassar), une fois ingérée, s'intègre à notre chair - elle aussi désignée par le même mot בשר (Genèse 2 :21-24)- pour façonner finalement notre propre identité, ainsi que celle de notre descendance.


Ainsi, comme l'explique le Rav S.R. Hirsch, grand penseur allemand du 19e siècle:

"Deux actions sont essentielles à la vie de l'animal: la recherche de la nourriture et la défense de la vie. Ces deux actions sont également indispensables à la vie de l'être humain. Mais l'idéal juif les subordonne à un but spirituel. C'est pourquoi la Torah élimine tous les animaux qui possèdent les organes réservés à ces deux fonctions sous la forme la plus robuste: les griffes de la bête féroce et l'estomac assimilant sans distinction toute nourriture hâtivement engloutie. Les ruminants aux pieds cornés ne connaissent pas ces organes de rudesse et de violence. Une grande leçon se dégage ainsi de cette loi qui, dans sa simplicité et sa grandeur, a contribué sans aucun doute à former le caractère spécifique d'Israël"


Autre exemple, la présence simultanée des nageoires et des écailles chez les poissons autorisés nous indique la nécessité d’associer en nous :

-            des mécanismes de protection de notre intégrité face aux influences extérieures (les écailles)

-            un mouvement perpétuel dans la recherche de notre identité (les nageoires)


Comme le font remarquer les maîtres de la kabbale, la guematria de מלכותו (malchouto, « son royaume ») est 502, la même que בשר. C’est aussi le nombre d’années cumulées de vie de nos trois patriarches Avraham, Yitzhak et Yaakov : 175+180+147…


On voit ainsi se dessiner la direction à suivre pour notre travail dans ce monde : faire de chaque parcelle de notre chair un réceptacle pour le divin, pour continuer le travail d’engendrement de la nation d’Israël initié par nos pères.

 
 
 

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