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Paracha Houkat : le sens profond des commandements de la Torah

  • steveohana5
  • 12 juil. 2024
  • 8 min de lecture

Quel est le sens profond des commandements de la Torah ? C’est à cette question qu’avec l’aide de l’œuvre du Maharal de Prague, nous tentons de répondre dans le commentaire de cette semaine. Comme nous l’explique le Maharal, les ‘houkim (commandements inaccessibles à la rationalité humaine) ressemblent parfaitement à l’homme et à la grandeur de son âme, lui permettant de se maintenir et de s’élever dans son incarnation terrestre. Cette discussion va nous emmener de la physique moderne aux règles de transmutation entre la mort et la vie, en passant par la sainteté de la Terre d’Israël…


Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre

La paracha de cette semaine commence par les commandements énigmatiques de la vache rousse, dont les cendres permettent de purifier celui qui est entré en contact avec un défunt (Bamidbar 19 :1-2) :

Zot ‘hukat hatorah - Voici le staut de la Torah

asher-tsivah Adonay lemor - Que Dieu prescrit en disant

daber el-beney Yisra'el – Parle aux enfants d’israël

veyik’hu eleykha - Qu’ils prennent pour toi

farah adumah tmimah - Une vache rousse Temimah [dont pas un seul poil ne soit pas roux]

asher eyn-bah mum - Qui n’a pas de défaut.

asher lo-alah aleyha ol - Sur laquelle n’est jamais monté le joug


Un Midrash raconte que le roi Salomon, le plus sage d’Israël, a cherché à comprendre le sens de la vache rousse sans y parvenir :

"Je voudrais me rendre maître de la sagesse!" Mais elle s'est tenue loin de moi. Qohelet 7:23


Rachi commente ces versets de façon non moins énigmatique :

« Étant donné que le Satan et les peuples du monde se sont moqués d’Israël en disant : « Qu’est-ce que cette mitsva et quel en est le motif ? », le texte emploie ici le terme ‘houqa (« statut »), destiné à marquer que « c’est un décret émanant de Moi que tu n’as pas le droit de critiquer » (Midrach Tan‘houma)


La paracha aurait pu présenter cette « loi » comme celle de la vache rousse. Non, c’est « le statut de la Torah » toute entière. Comme l’explique Léon Askénazi dans son commentaire de la paracha[1], cela signifie qu’accepter ce commandement de la vache rousse conditionne en quelque sorte notre acceptation de tous les autres commandements de la Torah.


C’est la seconde fois qu’une paracha fait référence dans son titre au mot « ‘hok », qui désigne les lois dont le sens est inaccessible à la rationalité humaine. La première paracha dont le titre contenait ce mot était celle de Be’houkotaï (« selon mes statuts »), qui clôture le livre de Vayikra. Notre commentaire de cette paracha[2], qui se fondait sur l’approche de Yehuda Halevi, mettait en relief le fait qu’en acceptant de se soumettre à des préceptes divins dont le sens échappe à notre rationalité mais obéissant pourtant à des lois et des mesures parfaites, nous apprenions à vivre au-delà des lois de la nature, dans un rapport de connexion profond et authentique avec le divin…


Dans le sillage de Yehuda Halevi, le Maharal de Prague va apporter un éclairage complémentaire extrêmement puissant sur la nature et le sens des ‘houkim. Contre les avis de Rachi et Rambam, le Maharal soutient que leur sens ne consiste pas seulement à soumettre l’homme à une épreuve – plus ou moins arbitraire- d’acceptation du joug divin, de nature à le faire gagner en humilité et en moralité. Pour lui, les ‘houkim expriment en effet une « pensée divine » dont l’homme est lui-même habité (étant créé à l’image de son Créateur) et vont ainsi lui permettre d’atteindre et d’élever une dimension cachée et profonde de son être.


Comme le dit Gérard Zyzek dans son commentaire de l’œuvre du Maharal[3] :

« Ces lois correspondent à une science supérieure, à une pensée supérieure. Mais cette pensée n’est pas de l’ordre de la gestion du monde […] elle s’impose du fait de la structure que D.ieu a pensée, si nous pouvons nous exprimer ainsi. C’est pour cela que ces lois dérangent et énervent les Nations dont l’investissement est la gestion et l’adaptation aux lois de la nature. C’est ce à quoi nos Maîtres font allusion quand ils disent que les Nations idolâtres contestent et se moquent en affirmant n’y voir aucune pertinence [voir le commentaire de Rachi sur le premier verset de notre paracha ci-dessus]. Cette pensée supérieure n’est pas inintelligible par l’homme mais demande un effort soutenu, une ténacité, exige du mérite pour pouvoir l’atteindre et l’appréhender. »


Le Maharal poursuit ensuite sa réflexion sur le sens des commandements de la Torah en les reliant à la mission de l’homme dans son incarnation terrestre :

« Les commandements de la Torah qui s’imposent à l’homme ressemblent parfaitement à l’homme et à la grandeur de son âme. »,


Ce que Gérard Zyzek commente de la façon suivante ;

« L’homme est l’union subtile de corporalité et d’âme. La Torah correspond en son fond à l’homme. Elle va lui donner la possibilité de faire éclore ces différentes dimensions et faire en sorte que la dimension subtile de la Neshama, l’âme, ne soit pas étouffée mais bien au contraire se développe petit à petit et va lui donner une construction dans le monde qui lui correspondra, le Monde Futur »


Le monde terrestre tel qu’il est (sans l’apport de la Torah) n’est pas réellement vivable pour l’homme, en tant qu’être spirituel incarné. Les ‘houkim, traduction physique de la « pensée divine » dont notre Neshama est constituée, sont les « conduits » à travers lesquels notre monde va devenir non seulement habitable pour notre Neshama, mais le moyen de son élévation et de sa transfiguration au cours de son incarnation terrestre.


La pensée du Maharal nous permet de comprendre pourquoi le roi Salomon n’est pas parvenu à « comprendre » le « sens » du commandement de la vache rousse : ce sens n’était pas accessible à sa rationalité, le rite de la vache rousse agissant à travers un « champ de connexion spirituelle » avec le divin et avec notre divin.


Un champ dont le grand physicien allemand Max Planck, père de la mécanique quantique, a eu l’intuition, lorsqu’il déclare à la fin de sa vie :

« Ayant consacré toute ma vie à la science la plus rationnelle qui soit, l’étude de la matière, je peux vous dire au moins ceci à la suite de mes recherches sur l’atome : la matière comme telle n’existe pas ! Toute matière n’existe qu’en vertu d’une force qui fait vibrer les particules et maintient ce minuscule système solaire qu’est l’atome. Nous pouvons supposer sous cette force l’existence d’un Esprit intelligent et conscient. Cet Esprit est la matrice de toute matière. » (Planck, Das Wesen der Materie)


L’approche du Maharal peut également permettre de saisir le lien de la vache rousse avec l’épisode des eaux de Meriba, que l’on découvre un peu plus loin dans la paracha. Après 40 années de tribulations dans le désert, le peuple arrive dans le désert de Sin. Myriam quitte ce monde, et le peuple souffre de la soif et se plaint (la source d'eau qui suivait miraculeusement les enfants d’Israël était le fait du mérite de Myriam).  D.ieu ordonne à Moché de parler à un rocher pour lui demander de faire sortir de l'eau. Moché, que la rébellion du peuple a mis en colère, frappe le rocher.

« Moché prit la verge de devant l'Éternel, comme il le lui avait ordonné. Puis Moché et Aaron convoquèrent l'assemblée devant le rocher, et il leur dit: "Or, écoutez, ô rebelles! Est-ce que de ce rocher nous pouvons faire sortir de l'eau pour vous?" Et Moché leva la main, et il frappa le rocher de sa verge par deux fois; il en sortit de l'eau en abondance, et la communauté et ses bêtes en burent. » (Bamidbar, 20 :9-11)


L'eau coule, mais D.ieu dit à Moché que pour cette erreur, ni lui, ni Aharon n'entreront en Israël :

« Puisque vous n’avez pas assez eu confiance en moi pour me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël, aussi ne conduirez-vous point ce peuple dans le pays que je leur ai donné. » (Bamidbar, 20 :12)


40 ans plus tôt, pour répondre à la même colère de son peuple face aux mêmes eaux de Meriba, D.ieu lui avait en effet donné l’ordre suivant, qu’il avait alors parfaitement exécuté :

« Je vais t'apparaître là-bas sur le rocher, au mont Horeb; tu frapperas ce rocher et il en jaillira de l'eau et le peuple boira." Ainsi fit Moché, à la vue des anciens d'Israël » (Chemot 17 :6)


La faute de Moché, dont le texte nous permet de comprendre qu’elle a été favorisée par son sentiment de colère envers son peuple « rebelle »[4], a donc consisté à faire davantage confiance à son propre système de compréhension des liens matière-esprit (hérité du miracle s’étant produit 40 ans plus tôt) qu’à la « pensée divine » qu’il devait incarner à travers ce nouveau ‘hok (« parle au rocher ») adapté à la nouvelle situation des enfants d’Israël à la veille de leur entrée en terre d’Israël. Juste après leur sortie d’Egypte, les enfants d’Israël étaient en effet encore un peuple d’esclaves soumis aux influences idolâtres, peuple que Moshé avait besoin d’impressionner et de convaincre en lui prouvant sa capacité à accomplir pour lui des miracles ; avant leur entrée en terre d’Israël, ils sont déjà devenus capables de se relier directement au divin sans intermédiaire : il faut alors parler au rocher pour sanctifier le Nom de Celui par qui tous les miracles sont en réalité accomplis.


Même si la « cause » de la non-entrée de Moché et Aaron en terre d’Israël n’est pas réductible à cette faute[5], en associant ce manque de emouna de Moché à la question de l’entrée en terre d’Israël, la paracha nous livre un message très profond, qui résonne puissamment avec notre présent : la terre d’Israël, comme les ‘houkim, est une matérialisation de la « pensée divine » par laquelle nous pouvons atteindre et élever l’intériorité de notre être, mais pour que le « champ de connexion spirituelle » reliant le divin, le peuple et la Terre d’Israël soit activé, nous devons nous montrer capables de garder, malgré les épreuves et les difficultés[6], une confiance totale et inébranlable envers notre Créateur. Nous avions déjà trouvé la même logique dans la paracha Be’houkotaï.


Il pourrait exister une autre association plus profonde, suggérée par Léon Askénazi dans son commentaire, entre le commandement de la vache rousse et la mort des trois leaders du peuple juif juste avant l’entrée des Hébreux en terre d’Israël. Dans le rite de la vache rousse, les cendres de la vache rousse, animal symbolisant la vie, vont être dispersées dans de l’eau « lustrale » (eau de purification symbolisant également la vie) puis aspergées sur une personne qui a été rendue impure par le contact avec un défunt, pour rendre cette personne pure à nouveau… tandis que le Cohen chargé de ce rite est lui rendu impur jusqu’au soir ! Ici encore, le sens de ces règles de passage entre le pur et l’impur, entre la mort et la vie, relève d’une « pensée divine » totalement inaccessible à notre intelligence. La mort des trois frères et sœurs Moché, Aaron et Myriam qui précède l’entrée du peuple hébreu vers la Terre d’Israël semble relever du même type de « transmutation entre la mort et la vie », selon des lois et des mesures qui dépassent à nouveau l’intelligence humaine.


Puisse cette réflexion nous apporter consolation et espoir en cette période douloureuse où tant de nos soldats ont donné leur vie pour que nous puissions vivre libres sur notre terre et y accueillir bientôt B’H nos frères de diaspora aujourd’hui plongés dans l’inquiétude et le doute !




[1] Le commentaire peut être lu au lien suivant http://manitou.over-blog.com/article-34282149.html

[2] Notre commentaire se trouve au lien suivant

[4] La guémara et le Zohar nous expliquent la gravité de se mettre en colère https://www.torah-box.com/etudes-ethique-juive/middot-caractere/la-gravite-de-se-mettre-en-colere_3622.html

[5] Cette cause est en réalité bien plus profonde, résumée par exemple dans le commentaire du Rav Chriqui רמחל - houkat (frramhal.com)

[6] En terre d’Israël, les bnei Israël ne seront plus à l’abri des besoins matériels comme ils l’étaient dans le désert et se trouveront confrontés aux difficultés inhérentes à la vie terrestre, avec ses défis économiques, agricoles et militaires. La paracha Chela’h Lekha, dit des « explorateurs », nous donne un avant-goût de ces épreuves…

 
 
 

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