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Paracha Devarim : la naissance du peuple-monde

  • steveohana5
  • 9 août 2024
  • 4 min de lecture

La nouvelle Torah qui est transmise par Moché au peuple d’Israël dans le livre de Devarim à la veille de la conquête de la terre de Canaan va préparer Israël à devenir un peuple-monde à vocation universelle. Nous analysons ce passage d'Israël de "peuple de prêtres" à "peuple-monde" à la lumière des commentaires de Rachi et de la pensée du Rav Léon Askénazi.


Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre

 Dans les livres de Shemot, Vayikra et Bamidbar, Moshe est le porteur de la parole de D.ieu aux enfants d’Israël, dans le but de le préparer à devenir une "nation de prêtres" (Chemot, 19:5-6). Dans ces trois livres, c’est donc D.ieu lui-même qui parle à travers la bouche de Moshe, comme l’illustre la phrase maintes fois répétée :

Vaydaber Adonaï El Moshe Lemor

Et D.ieu parla à Moshé en ces termes 


Dans le livre de Devarim, qui clôt le Pentateuque, la perspective change complètement : c’est Moshe qui, de sa propre bouche (mais toujours guidé par une forme différente de prophétie divine), raconte aux fils de la génération du désert les pérégrinations de leurs pères, depuis la sortie d’Egypte jusqu’à l’arrivée aux portes de la terre de Canaan.


C’est ainsi par ce verset très riche de sens que début le livre de Devarim :

Ele hadevarim asher diber Moshe el kol Yisrael be’ever hayarden bamidbar ….

Voici les paroles que Moshé adressa à tout Israël en deçà du Jourdain dans le désert…


Pour reprendre l’expression du rav Léon Askénazi, la génération de la promesse cède maintenant la place à la génération de la réalisation. Et, de façon inattendue, c’est seulement dans ce nouvel espace-temps de la réalisation qu’Israël va pouvoir accéder à l’universalité.


Le cinquième verset du livre de Devarim nous présente ce retournement :

Be’ever hayarden beeretz Moav hoïl Moshe beer et hatorah hazoth lemor

En-deçà du Jourdain, au pays de Moav, Moshe entreprit d’expliquer cette Torah et il dit…


« Cette Torah » expliquée par Moshé au pays de Moav- pays de naissance de Ruth, arrière grand-mère du roi David dont sera issu le Machia’h- est la première version de la Torah orale, celle qui va assurer la pérennité du peuple juif à travers tous ses exils.


Rachi commente ce verset en expliquant que Moshé transmet cette fois cette Torah dans les 70 langues des Nations, alors que la Torah révélée à la génération du désert l’a été dans la seule langue sacrée (l’hébreu).


Contrairement à ce que l'on pourrait naïvement penser, Moshé n’a pas transmis la Torah dans les 70 langues afin qu’Israël puisse enseigner cette Torah aux Nations[1]… Léon Askénazi nous en livre la raison véritable : Moshé savait par prophétie que le peuple juif serait envoyé en exil parmi les 70 nations et qu’il lui fallait livrer lui-même le message de la Torah dans les langues de l’exil afin que ce message ne puisse plus être perverti par le contact ultérieur avec les autres civilisations… En guise de vérification de cette prophétie, nous avons pu observer au cours de l’histoire comment les Juifs de galout ont su continuer à transmettre l’authenticité du message de la Torah à travers les multiples cultures qu’ils ont traversées, sachant utiliser les langues de l’exil comme véhicules du message authentique de la Torah, et inventant même parfois des langues nouvelles comme le judéo-arabe, le judéo-espagnol et le yiddish pour préserver leur identité…


A travers ses exils, le peuple juif a intégré en lui toutes les cultures extérieures et appris à parler toutes les langues des Nations tout en ne perdant jamais son caractère propre. Désormais, sa mission en exil est achevée et, contrairement à une idée répandue, il n’a plus besoin de résider en galout pour pouvoir s’adresser aux Nations. Bien au contraire, c’est depuis la terre d’Israël que sa parole résonne véritablement parmi les Nations[2] car il y devient le « peuple-monde » à vocation universelle qu’il avait depuis toujours vocation à devenir. Les rues de Tel Aviv, Haïfa, Beersheva et Jérusalem sont un condensé de toutes les civilisations humaines et c’est d’Israël qu’émane désormais la voix authentique et universelle du peuple juif, une voix souveraine et non soumise à l’arbitraire des princes et à l’influence de leurs cultes étrangers.


La « réprobation universelle »[3] dont Israël fait apparemment l’objet ne doit pas nous tromper : elle est justement la preuve que sa voix porte (et donc dérange aussi !) plus que jamais. C’est toujours au moment où le peuple juif a été en passe de retrouver ou d’affirmer sa souveraineté que l’esprit d’Amalek s’est déchaîné pour la contrecarrer : juste après la sortie d’Egypte (première guerre d’Amalek), à la fin de l’exil de Babylone (avec Haman), après la naissance du sionisme moderne (avec le nazisme), après les accords d’Abraham (avec le nouvel « Axe du Mal » dirigé par les mollahs iraniens et les nouvelles gauches occidentales).


En ces heures où nous nous préparons à commémorer la destruction des deux temples de Jérusalem (jeûne du 9 av) et où se prépare l’affrontement final avec la nouvelle et ultime incarnation d’Amalek, puissent les derniers versets de la paracha Devarim (3 :21-22) nous aider à fortifier notre unité et notre foi :

« Et voici ce que j’ordonnai en ce temps-là à Josué : « Tes yeux ont vu tout ce que Adonaï votre D.ieu a fait à ces deux rois [Sihon et Og], ainsi agira-t-il envers tous les royaumes où tu entreras [il s’agit de tous les royaumes situés sur la rive ouest du Jourdain]; vous ne les craindrez pas car c’est Adonaï votre D.ieu qui combat pour vous »

 

 


[1] La Torah n’a pas vocation en effet à être enseignée aux goyim ; seules les sept lois Noachides ont vocation à l’être.

[2] D’ailleurs, c’est dans la paracha Mattot, juste avant l’entée en terre d’Israël, que les lois relatives à l’annulation des vœux personnels sont prononcées (les vœux personnels ou « nedarim » sont des commandements ayant force de loi que l’on peut décider de s’édicter à soi-même simplement en les prononçant à haute voix), pour nous signifier que la parole des enfants d’Israël va commencer à devenir créatrice et effective à partir de leur entrée en terre d’Israël.

[3] En réalité, Israël suscite soit la haine absolue soit l’amour inconditionnel, très rarement l’indifférence. Voir notre commentaire de la meguila de Ruth et de la paracha Yitro https://steveohana5.wixsite.com/torahetpresent/post/meguila-de-ruth-et-parachat-yitro-assumer-notre-mission-universelle

 
 
 

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