Meguila de Ruth et Paracha Yitro: assumer notre vocation universelle
- steveohana5
- 13 juin 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 14 juin 2024
La lecture de la Meguila de Ruth et de la paracha Yitro la fête de Shavouot nous rappelle la vocation universelle du peuple juif. Ce message résonne de façon encore plus puissante en cette fête de Shavouot, marquée par un regain de la haine antisémite à travers le monde. Plus que jamais, nous devons assumer et accomplir fièrement cette vocation universelle, car c'est la lumière des nouveaux Ruth et Yitro des Nations qui sèmera les graines de la Délivrance.

La fête de Shavouot, célébrant le don de la Torah, est associée à deux grandes figures de convertis : Yitro et Ruth.
Yitro, beau-père de Moïse, ancien grand prêtre de Midian, rejoint la foi d'Israël après sa victoire contre Amalek, donnant son nom à la paracha où sont révélés les Dix Commandements, qui est relue à Shavouot.
Quant à Ruth, dont la touchante histoire est racontée par la Meguila de Ruth, lue également le jour de Shavouot, elle naît comme princesse de la tribu de Moab, puis, reniant l'idolâtrie de son peuple d'origine, elle épouse un juif et, une fois devenue veuve, elle refuse de retourner vivre auprès de son peuple d'origine, et décide de suivre sa belle-mère Naomi (également veuve) en terre d'Israël, avant de devenir finalement l'arrière grand-mère du roi David, père du Machia'h…
C'est par cette magnifique déclaration qu'elle justifie son choix de suivre Naomi:
"Où tu iras, j’irai ; où tu demeureras, je demeurerai. Ton peuple sera mon peuple, ton D.ieu sera mon D.ieu ; où tu mourras, je veux mourir et être ensevelie."
Une seule lettre (י) sépare les noms de Yitro (יתרו) et de Ruth (רות), comme pour bien marquer le lien étroit entre ces deux grandes figures de l'histoire du peuple juif.
En associant la célébration du don de la Torah avec deux figures de convertis, nous marquons son universalité. La Torah a été donnée au peuple juif mais cela ne signifie pas que les autres nations ne soient pas concernées par cette extraordinaire révélation. Au contraire, le peuple juif est le vecteur à travers lequel le message de la Torah est transmis à l'ensemble de l'Humanité.
Premier signe de l'universalité de la Torah, les deux montothéismes issus du judaïsme (christianisme et islam) sont bâtis autour de la révélation mosaïque, à laquelle ils ont adjoint des prophéties ultérieures (celles de Jésus et Mahomet).
Deuxième indication de cette universalité, il se trouve parmi les Nations des non-juifs désireux de s'unir au peuple d'Israël. L'une des fonctions de nos exils a été précisément de permettre à ces non-juifs susceptibles de se rattacher à la Torah d’être en contact avec elle.
En effet, comme l'écrit Yona Ghertman, dans son article Conversion, Exil et Messianisme:
"il n’est pas suffisant qu’un « peuple de prêtres » serve Dieu, selon des règles spécifiques, pour attirer sa bénédiction sur le monde entier. Il resterait une notion d’inégalité, et donc d’injustice, si la transmission de cette responsabilité n’était qu’héréditaire. Or, l’injustice est incompatible avec le divin. Alors en tant que descendant d’Adam, et donc en tant que parcelle du divin, chaque être humain sur terre se voit laisser la possibilité de rejoindre le « peuple de prêtres ».
La conversion au judaïsme permet donc aux non-juifs - en tant qu’individualités - de se rapprocher du peuple juif en intégrant la Torah. De cette manière, le « peuple » n’est pas strictement entendu au sens de « race ». En effet, on ne peut pas changer de race, mais on peut intégrer un peuple, même si son fondement originel est lié à une ethnie spécifique."
La conversion de Ruth, dont sera issue le Machia'h, est le plus bel exemple. A ce sujet, le Rav Elie Munk (La Voix de la Torah, commentaire sur Genèse 19, 32, p.197) écrit:
« Le futur rédempteur de l’humanité doit porter dans ses veines une goutte de sang non-juif afin d’être en mesure de comprendre l’état d’âme de tous les êtres humains, de partager leur faiblesse et de pouvoir, par son ascendant et par son langage, trouver le chemin de leur cœur et les ramener à Dieu »
Ce message résonne de façon encore plus puissante en cette fête de Shavouot, marquée par un regain de la haine antisémite à travers le monde. Chaque surgissement d'Amalek dans l'Histoire aboutit en effet à une polarisation entre détracteurs et défenseurs d'Israël parmi les Nations, la promesse de Délivrance universelle portée par Israël suscitant alternativement l'adhésion enthousiaste ou au contraire la répulsion, rarement l'indifférence[1].
Alors que nous pourrions avoir la tentation bien naturelle de nous replier sur notre ghetto et de renier notre vocation universelle, la fête de Shavouot nous invite au contraire à assumer, et accomplir fièrement cette vocation, car c'est la lumière des nouveaux Ruth et Yitro[2] des Nations qui sèmera les graines de la Délivrance.
[1] Je tente d'expliquer l'origine métaphysique de ces deux pôles attraction/répulsion dans mon commentaire sur la paracha Yitro https://www.yedia.org/judaisme/en-attendant-shabbat-yitro/
[2] En voici des exemples (même si les personnes en question ne se sont pas “converties” au sens strict du terme, elles ont choisi de se solidariser de fait avec le destin du peuple juif):
Julia Sebutinde, la juge ougandaise de la Cour Internationale de Justice, qui, à deux reprises, a été la seule juge non juive à émettre une opinion dissidente contre les jugements de la CIJ (voir ici son opinion sur la prévention du "génocide" à Gaza)
Le youtuber saoudien Loay Alshareef https://x.com/lalshareef
Le politologue du Bahrain Amjad Taha https://x.com/amjadt25
Kamil Shimon, représentant de la minorité chrétienne maronite au Liban https://x.com/JewishWarrior13/status/1801434579250675713/video/1
L’essayiste franco-iranienne Abnousse Shalmani
L’humoriste française Sophia Aram
L'acteur français Philippe Torreton
La femme politique américaine Nikki Haley


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