Paracha Chemini : le retour des limites
- steveohana5
- 25 avr. 2025
- 5 min de lecture
La mort des fils d’Aaron nous rappelle l’importance de respecter les limites du monde matériel dans notre relation au divin. Le feu qui les consume résonne avec notre époque, où le retour des limites devient une réalité brûlante. Ce retour des limites ouvrira-t-il la voie à de nouvelles structures favorisant le réveil spirituel et moral de l’humanité ?

Ainsi nous est décrite la mort des fils d’Aaron Nadav et Avihou dans la paracha Chemini (Vayikra, 10 :1-3) :
1. Nadav et Avihou, fils d'Aaron, prirent chacun leur encensoir, y mirent du feu, posèrent du parfum dessus, et apportèrent devant l'Éternel un feu étranger, ce qu'il ne leur avait point ordonné.
2. Alors un feu sortit de devant l'Éternel, et les consuma : ils moururent devant l'Éternel.
3. Moshé dit à Aaron : "C’est ce que l’Éternel a déclaré : Je serai sanctifié par ceux qui s’approchent de moi, et glorifié à la face de tout le peuple." Et Aaron garda le silence.
Dans la kabbale, le feu est associé à la sephira de la guevoura (rigueur), tandis que l’eau est associée à la sephira du ‘hessed (amour). En quoi consiste donc la rigueur divine qui s’exerce sur Nadav et Avihou en cette circonstance ?
Le « feu étranger » apporté par Nadav et Avihou correspond à leur désir « ardent » de fusionner complètement avec le Créateur. Le mouvement de l’âme vers la transcendance, qui est nommé ratso, est dangereux quand il n’est pas canalisé par le shov, qui représente une volonté de réalisation, un engagement à laisser une empreinte sur le monde physique[1].
Autrement dit, Nadav et Avihou auraient cherché à s’unir à la divinité de manière directe, sans passer par les canaux et limitations imposés au monde matériel. Le Zohar parle d’un amour « sans limite » (ahava she'en lah gevul). Le Arizal (Isaac Louria) affirme qu’ils ont atteint une forme d’union divine — mais sans préparer de réceptacle (kelim). Ils ont brûlé leur âme dans la lumière divine, faute de structures.
Cette manifestation de la rigueur divine résonne parfaitement avec le décompte du ‘Omer, dans lequel nous sommes entrés depuis le premier jour de Pessa’h[2]… Nous nous trouvons ainsi dans la deuxième semaine du ‘Omer, celle de la guevoura, qui se terminera dimanche. Et, de façon frappante, le soir qui suivra la lecture de la paracha Chemini, correspond, dans le compte du ‘Omer, à la Malkhout cheba guevoura (quatorzième jour du ‘Omer) : c’est donc le jour où la rigueur divine se manifeste dans le monde matériel.
Il n’est peut-être pas fortuit qu’on ait assisté cette semaine, dans la région de Jérusalem, à l’incendie le plus important depuis 2010[3] en Israël[4], ou qu’on ait été les témoins de la mort du Pape François, un Pape qui a fortement contribué à brouiller les frontières entre Bien et Mal en ce qui concerne la guerre Israël-Hamas.
Plus largement, on peut voir la réélection de Trump comme le signe d’un retour des limites dans une civilisation qui, à l’image de celle de Babel dans la Genèse, a voulu prendre la place de Dieu — et s’est égarée en chemin :
- Limites face à l’effacement des nations et des frontières, à travers la guerre tarifaire et les restrictions migratoires
- Limites face à l’effacement des traditions spirituelles et historiques de l’Occident, à travers la lutte contre l’idéologie wokiste
- Limites face à l’inversion morale entre Bien et Mal, à travers la défense de la légitimité des actions d’Israël contre les ennemis voués à sa destruction
Beaucoup vivent ces limites comme une épreuve brûlante, presque comme un incendie. Mais peut-être est-ce un feu qui purifie, qui ouvre la voie pour bâtir en nous et dans la société de nouvelles « structures », plus capables de recevoir et diffuser la lumière du divin.
Le jour de la mort de Nadav et Avihou intervient le « huitième jour » (chemini, qui donne son titre à la paracha), car elle fait suite aux sept jours de « milouim » (préparation) d’Aaron et ses fils dans la tente d’Assignation.
Le chiffre huit est messianique par essence :
- Nous nous trouvons dans le septième jour de la création, consacré à la sanctification et à la purification de l’homme pour en faire un canal apte à recevoir et transmettre la Présence Divine en vue du huitième jour correspondant aux temps messianiques[5].
- Chemini a la même racine que « chemen », l’huile d’olive qui sert à l’onction du Machia’h (qui peut être traduit par « oint »)
En cette année, où tant de nos frères sont en « milouim » (période de réserve militaire obligatoire pour tous les anciens soldats en Israël), puissions-nous nous purifier de notre égo et de tous les désirs et passions qui font obstacle à la réception de la lumière divine pour pouvoir cette fois entrer dans le huitième jour sans nous brûler !
[1] Voir notre commentaire de la paracha Chemini de l’année dernière https://steveohana5.wixsite.com/torahetpresent/post/en-attendant-chabbat-paracha-chemini-tu-choisiras-la-vie
[2] On rappelle que les sept semaines de la période du ‘Omer correspondent au perfectionnement de nos qualités morales (les 7 « middot »), représentées dans la kabbalah par la partie inférieure de l’arbre des sephirot (voir une présentation plus complète ici). Chaque semaine du ‘Omer est l’occasion de travailler sur une middah particulière, dans l’ordre suivant : 'Hessed, Gvourah, Tiferet, Netsa'h , Hod, Yessod et enfin Malkhout. Et, de manière holographique, à l’intérieur de chaque semaine, chaque jour représente à son tour l’une des sept middot, dans l’ordre précisé ci-dessus :
- le premier jour de la première semaine du ‘Omer est ainsi nommé le ‘Hessed cheba ‘Hessed (le ‘Hessed du ‘Hessed),
- le deuxième jour de la première semaine est la Guevoura cheba ‘Hessed et ainsi de suite….
Le travail sur ces sept traits de caractère va permettre la descente des valeurs de l’infini (représentées par les trois sephirot supérieures ‘Hokhmah, Bina et Da’at), dans le monde de la création, incarné par la sephira la plus inférieure, celle de la Malkhout.
[3] Environ 1 000 hectares de forêts ont été détruits dans les zones d'Eshtaol, Beit Meir, Mesilat Zion, Shaar Hagai et Tarom. Les habitants de plusieurs localités, notamment Eshtaol, Mesilat Zion et Beit Meir, ont été évacués par précaution. Au moins 9 personnes ont été légèrement blessées, dont 7 pompiers et 2 civils. Des routes majeures, telles que les routes 1, 6, 38 et 4, ont été temporairement fermées en raison de la propagation rapide des flammes. Plus de 100 équipes de pompiers, soutenues par 11 avions bombardiers d'eau, ont été mobilisées pour maîtriser l'incendie.
[4] Cet incendie fait suite à une série d’incendies exceptionnellement graves depuis le début de l’année 2025 :
- L’incendie de Palisades (Californie, janvier 2025), considéré comme l'un des plus graves de l'histoire des États-Unis,
- L’incendie d’Ōfunato, le plus grand incendie de forêt au Japon depuis plus de 50 ans
- Les pires incendies de toute l’histoire de la Corée du Sud
[5] En effet, à l’issue de chacun des six premiers jours de la création du monde dans la paracha Berechit on peut lire « il fut soir, il fut matin – premier/deuxième/…/sixième jour ». Mais, à partir du septième jour, cette mention n’apparaît plus, ce qui indique que nous nous trouvons toujours dans le septième jour de la création, le « shabbat de D.ieu » où le Créateur s’est (en apparence) retiré pour permettre à l’Homme de compléter sa création. Après ce septième jour, viendra donc le huitième jour, celui du dévoilement de la royauté divine dans le monde. Le chiffre huit vient d’ailleurs toujours marquer le dévoilement du divin dans l’ordre de la nature, représenté quant à lui par le chiffre sept (sept jours de la semaine, sept couleurs de l’arc en ciel, sept notes de musique…).


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