top of page
Rechercher

Yitro – La bénédiction venue des Justes

  • steveohana5
  • 6 févr.
  • 4 min de lecture

 Le retour des archives d’Orde Wingate à la Bibliothèque nationale d’Israël rappelle le rôle décisif de ce Juste des Nations dans la naissance de la défense juive.Comme Yitro et Ruth avant lui, Wingate a épousé le destin Israël non d’abord par la dimension religieuse, mais par la compréhension de sa vocation historique. La lecture de cette semaine nous invite à nous relier à ces Justes d’hier et d’aujourd’hui, qui nous tendent le miroir de notre propre identité.


Résumé de la paracha

La paracha Yitro raconte l’arrivée de Yitro, beau-père de Moché, qui reconnaît la grandeur de l’Éternel après la sortie d’Égypte et la victoire contre Amalek. Il conseille à Moché d’organiser le peuple et de déléguer l’autorité judiciaire, posant les bases d’un gouvernement structuré. Les Israélites campent ensuite au mont Sinaï, où Dieu se révèle à tout le peuple. Israël est appelé à devenir un « royaume de prêtres et une nation sainte ». Dieu donne alors les Dix Paroles (les Dix Commandements).Moché monte sur la montagne pour recevoir la suite de l’enseignement.


Marc Chagall, Moïse reçoit les tables de la Loi
Marc Chagall, Moïse reçoit les tables de la Loi

 

Ce matin, un ami m’a envoyé un article évoquant la mémoire d’Orde Charles Wingate, à l’occasion de la restitution de ses archives à la Bibliothèque Nationale d’Israël à Jerusalem. Officier britannique envoyé en Palestine Mandataire en 1936 pour réprimer la révolte arabe, Wingate a donné son nom à de nombreuses rues et places en Israël, jusque dans ma ville de Raanana. Son sionisme et son rôle primordial dans la constitution de la première armée juive ont fait de lui un héros et un symbole. Il forma en particulier des unités de combat de nuit spécialisées, associant soldats britanniques et unités juives, pour mener des raids de représailles contre les insurgés arabes. Moshé Dayan, dans son autobiographie, écrivit de lui qu’il lui apprit tout en matière militaire, en particulier l’importance d’avoir une stratégie offensive plutôt que défensive pour surprendre et vaincre l’ennemi.


Excentrique, il mangeait des ognons crus, qu’il portait en collier autour du cou et soumettait ses troupes à de longs sermons religieux. Son journal montre aussi son assiduité dans l’apprentissage de l’hébreu. C’est son goût immodéré pour l’exercice physique qui a incité les autorités israéliennes à donner son nom à l’Institut pour l’éducation physique et le sport, officiellement appelé Institut Orde Wingate, qui sert de centre national pour l’athlétisme. Il était surnommé « hayedid » (l’ami) par les Juifs de Palestine, ce qui finit par entraîner sa mutation par l’administration britannique. Il mourut à l’âge de 41 ans dans un accident d’avion en Inde en 1944, après avoir aidé les Ethiopiens puis les Birmans à conquérir leur indépendance face aux Empires italien et japonais. En Ethiopie, il forma la célèbre unité Gidon (du nom du prophète juif), qui mêlait soldats britanniques, soudanais et résistants éthiopiens, et qui, en pratiquant un harcèlement permanent, finit par faire capituler des forces italiennes pourtant numériquement supérieures.


La figure de Orde Wingate, comme celle de Yitro, nous interpelle profondément sur les fondements de l’identité juive. Les Juifs se considèrent trop souvent comme une lignée fermée, déterminée par l’ascendance biologique, et soumise à l’hostilité des autres Nations. En réalité, si la paracha des Dix Commandements (ou plus exactement des « Dix Paroles ») a reçu le nom du plus grand prophète non-hébreu de l’époque de Moshé Yitro-יתרו, si יתרו partage trois lettres communes avec  תורה (Torah en hébreu) et possède la guematria (616) du mot התורה (« la Torah »), trois lettres que l’on retrouve justement dans le nom de Ruth-רות, c’est pour nous faire comprendre une vérité essentielle : l’identité juive ne peut être comprise, vécue et transmise, sans la contribution des Justes des Nations.


Or, dans les cas de Wingate, comme dans celui de Ruth et de Yitro, c’est l’adhésion au peuple et au destin historique d’Israël qui se révèle encore plus déterminante que l’acceptation de la dimension strictement « religieuse » d’Israël.


En effet, c’est après la guerre contre Amalek que Yitro comprend profondément la vocation d’Israël dans l’histoire, et c’est pour cette raison que le récit de sa conversion intervient juste après cette confrontation entre le peuple de Dieu et celui dont la guematria (240) est celle de אל אחר (« l’autre Dieu »).


La célèbre phrase de Ruth « Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » (Ruth 1 :16) révèle l’ordre dans lequel le ger tzedek (« converti authentique ») doit sceller son alliance avec Israël : d’abord s’identifier au peuple d’Israël lui-même, ensuite seulement avec son Dieu. C’est ainsi que cette princesse moabite, qui renonce à tous les statuts et honneurs pour rejoindre la terre et le peuple d’Israël, va pouvoir participer de façon décisive à l’histoire du peuple juif, en devenant l’arrière-grand-mère du roi David, ancêtre du Machia’h.

Et c’est pour cette raison-même que le livre de Ruth est lu à l’occasion de la fête qui célèbre le don de la Torah (Chavouot), fête qui, de façon significative, célèbre également la terre d’Israël, puisqu’elle est également appelée חג הביכורים (fête des premiers fruits ou des prémisses). Cette association doit nous faire comprendre le lien profond qui unit Torah, Justes des Nations et Terre d’Israël, la première ne pouvant être véritablement reçue, comprise et pratiquée sans les deux autres dimensions.


Ainsi, ce n’est pas simplement la « Torah du Ciel » (תורת שמים) qui nous est donnée le jour de Chavouot (6 Sivan), mais deux autres Torot simultanément : la Torah de la terre d’Israël (תורת ארץ) et la Torah du monde (תורת עולם), c’est-à-dire la dimension universelle de la Torah adressée aux Nations.


La lecture de Yitro est donc une invitation à ne pas seulement diriger nos espoirs et nos prières vers le Ciel et à nous ouvrir aux flux de bénédictions provenant de la terre d’Israël et des Justes des Nations. C’est une invitation à nous relier à tous les héros d’Israël, à ceux issus de notre peuple comme à ceux issus des Nations. Yitro, Ruth ou Wingate hier, les dissidentes franco-iraniennes Abnousse Chalmani et Mona Jafarian, aujourd’hui, ressentent dans leurs entrailles et véhiculent dans leurs paroles l’amour d’Israël et de la liberté. Parce que ces Justes des Nations ont toujours compris, mieux que tous les autres et que nous-mêmes, ce qu’Israël incarne dans ce monde blessé et meurtri : la flamme toujours vibrante de la vie face aux forces de mort.


לקרוא בעברית


 
 
 

Posts récents

Voir tout
Mon premier Pourim

Samedi matin, comme presque chaque chabbat, Nathalie et moi avons assisté à un cours du rav Benharrouche, à Amit (Ra'annana), en hébreu, consacré à la signification d’Amalek et à la fête de Pourim. Il

 
 
 

Commentaires


©2020 par Un autre regard. Créé avec Wix.com

bottom of page