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En attendant Chabbat... Parachiot Vayikra et Zachor: la puissance de Benyamin

  • steveohana5
  • 21 mars 2024
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 mars 2024


Joseph, reconnaissant son frère, Benjamin, par Gerbrand van den Eeckhout, 1657.


La mise en garde contre toutes les formes d’idolâtrie fait le lien entre Pourim et la paracha Vayikra, première du livre du Lévitique. Benyamin est appelé par son essence à jouer un rôle clé dans l’unification du peuple d’Israël au service du D.ieu Un.  Cette règle semble se vérifier du vivant de Benyamin, comme au temps de l’exil de Babylone et de nos jours…


Nous allons tenter ici de faire le lien entre Vayikra et Pourim, à travers le thème de l’idolâtrie.


La Paracha Vayikra ouvre le livre de Vayikra, qui est aussi appelé « Torat Cohanim » (littéralement la Torah des Cohen), ou encore « Lévitique » en français. En effet, ce livre va nous dicter les règles de sainteté dans le service du Temple, en particulier dans la conduite des « sacrifices ».


Le Verset 1 :2 de la paracha situe d'emblée l'intention dans laquelle doivent se pratiquer les "sacrifices" :

adam ki-yakriv mikem korban l'Adonay - Un homme lorsqu’il approchera de vous une approche, ce sera pour Dieu 


Ainsi, ce que nous désignons comme « sacrifice » dans la langue française, est désigné dans la langue hébraïque par « korban » qui dérive du verbe « lehakriv », c’est-à-dire approcher. Nous comprenons donc immédiatement par la lecture du texte original que l’idée sous-jacente au « sacrifice » est la recherche d’une connexion avec l’infini. Pour renforcer davantage cette notion, le texte nous met en garde contre toute tentation d’approcher des offrandes à une autre entité, idéal, ou concept que l’infini, désigné ici par le tétragramme YHVH, le D.ieu de la Providence et de la morale.


Dans le même esprit, Maïmonide soutient, à l'opposé de Nahmanide, que la Torah n’a pas exigé les sacrifices (qui étaient un culte païen de l’époque de la Torah) mais les a plutôt tolérés (reconnaissant le besoin des Hommes de pratiquer un culte), en exigeant cependant qu’ils soient uniquement adressés à D.ieu, pour détourner les Hébreux de l’idolâtrie.


Le roi David ainsi que les prophètes Samuel, Amos et Jérémie ont d’ailleurs mis en garde les Hébreux contre une dérive purement cultuelle des sacrifices, dépourvue d’intention sincère vis-à-vis de D.ieu, une attitude finalement très proche de l’idolâtrie[1]... Le Rav Dessler[2] ainsi que le Rav Léon Askenazy[3] nous alertent, quant à eux, contre des formes d’idolâtrie plus subtiles, où des personnes pourtant dotées d’un haut niveau spirituel et d’un grand enthousiasme, se « sacrifient » au service d’une personne charismatique, d’un « idéal » ou d’une « juste cause » qu’ils finissent par considérer comme un absolu et par substituer au service de l’infini.


Etudions à présent comment ces mises en garde sur l’idolâtrie se rattachent à la fête de Pourim.

La Guemara (Chulin 139b) pose en effet la question :


Ester min hatorah minayin ? - Où est l’allusion à Esther dans la Torah ?


Et elle nous livre une réponse édifiante. Le livre de Devarim (verset 31 :18) nous suggère effectivement un lien subtil entre la fête de Pourim et l’idolâtrie, à travers l'apparition dans la Torah du nom de la reine Esther (portant le nom Hadassah en hébreu):


Veanokhi haster hastir panay bayom hahou hal kol haraha asher asah: ki pana el Elohim a’herim

Et Moi caché Je cacherai ma face en ce jour-là, à cause de tout le mal que ce peuple a fait car il s’est tourné vers d’autres dieux.


Quel est en définitive le rapport entre Pourim et l’idolâtrie ?

A l’époque des événements de Pourim, les Juifs de Babylone, qui étaient exilés du Royaume de Yehuda avaient choisi d’y demeurer malgré la décision du roi perse Cyrus (le prédécesseur d’Assuerus) de reconstruire le Temple détruit par Nabuchodonosor. Ils défiaient ainsi la prophétie de Jérémie (Jérémie 29:10), selon laquelle le peuple juif allait vivre en captivité pendant 70 ans à Babylone. La Meguila met bien en relief la façon dont cet exil volontaire a fait succomber une partie des Juifs dans l'idolâtrie: le parallèle entre le palais du roi Assuérus et le Temple est saisissant, ainsi que la participation de certains Juifs au grand festin royal où le roi Assuerus a utilisé les ustensiles du Temple détruit et revêtu la tunique du Cohen gadol…


Le médecin, poète et kabbaliste sépharade du 11ème sièce Yehuda Halevi[4] explique que le peuple juif, en choisissant de continuer à se placer sous la souverainté de puissances étrangères alors qu’il avait la possibilité de rentrer en Israël, a provoqué l’arrêt de la révélation (la prophétie s’arrête d’ailleurs précisément à cette époque et la Providence divine se « cache » alors sous l’apparence de la nature, comme dans la Meguilat Esther où son nom n’apparaît pas une seule fois…):


“Si la nation entière avait répondu avec enthousiasme à l’appel divin de retourner en Terre  d’Israël, les prophéties idylliques du retour à Sion se seraient réalisées et la Présence Divine  serait revenue. En réalité, cependant, seule une petite partie est revenue. La majorité est restée  à Babel, acceptant volontairement l’exil, car ils ne souhaitaient pas quitter leurs maisons et  leurs entreprises”


Cette discussion fait apparaître la signification profonde des personnages de Mordechai et d’Esther, dont la Meguila nous précise qu’ils sont issus de la tribu de Benyamin, exilée en Babylonie avec la tribu de Yehuda. Benyamin, le père de cette tribu, est le douzième et dernier fils de Yaakov, le seul à être né sur la terre d'Israël. Seul frère de Yosef à ne pas avoir participé à sa vente, il a joué un rôle essentiel dans réconciliation des enfants de Yaakov, par sa capacité à faire la synthèse entre le rayonnement extérieur et matériel incarné par Yosef et l’esprit de préservation identitaire et spirituelle représenté par Yehuda. Mais la puissance de Benyamin est également illustrée dans un autre épisode clé de la Genèse (paracha Vayichlah). Benyamin est en effet encore dans le ventre de sa mère Rahel quand Yaakov retrouve, avec une grande appréhension, son frère Essav juste avant son retour en Eretz Israel. Dans le Midrach Esther, Mordechai, en réponse à ses frères juifs lui reprochant de les exposer à un danger de mort, justifie sa décision de ne pas se prosterner devant Haman (un descendant d’Amalek, lui-même petit-fils d’Essav…) par le fait que son ancêtre Benyamin est le seul à ne pas s'être prosterné devant Essav au moment de la rencontre entre les deux frères[5]. La tribu de Benyamin puise ainsi sa source dans le refus de toute soumission à une souveraineté étrangère, ce qui explique pourquoi elle a eu le mérite d’accueillir le Temple de Jérusalem, le rendant hermétique aux tentations idolâtres et digne de recevoir la présence divine. Sa droiture - autant physique que spirituelle!- va finalement permettre la réunion des Juifs dispersés de Babylone, la destruction d’Amalek et la reconstruction de Sion sous le patronage d’Ezra et Néhémie.


Tout ceci résonne fortement avec la période actuelle, où il été confié à deux Benyamin[6] la responsabilité « dans le pays que l’Éternel ton D.ieu [nous] a donné en héritage pour l’occuper, d’effacer le souvenir d’Amalek de dessous les cieux » (Deutéronome, Paracha Zachor, 25 :19)[7].


On voit quotidiennement dans la guerre actuelle d’Israël contre le Hamas que les Nations (représentées par Essav), certainement par peur de décrouvrir leur propre identité, se coalisent implicitement avec le Hamas (la figure d’Amalek) en essayant de contraindre Israël, dans le but, plus ou moins conscient et avoué, de permettre à Amalek[8] de survivre pour continuer à nous empêcher d'assumer notre mission spirituelle parmi elles. Le détour par les origines historiques du peuple juif nous indique que l’enjeu de cette lutte est moins géopolitique que métaphysique et spirituel: cet enjeu est celui de savoir si, à travers l'inspiration de Benyamin, nous saurons trouver la emouna nécessaire pour prendre notre véritable place en cessant de nous laisser soumettre par des « ennemis » qui sont avant tout les miroirs de nos peurs et de nos doutes intérieurs.


[2] Michtav Me Eliyahu, commentaire sur la paracha Vayikra

[5] Voir à ce sujet le commentaire du Rav Léon Askenazi sur Pourim http://manitou.over-blog.com/article-pourim-1979-4eme-partie-69257541.html

[6] Benyamin Netanyahu et Benny Gantz

[7] Ce verset, ainsi que les deux qui le précèdent, sont lus le chabbat précédant Pourim (appelé le chabbat « zachor »)

[8] Sur l’essence d’Amalek, lire mes deux articles pour Yedia Le jour où Israël a transformé les ténèbres en lumière et En attendant Chabbat…Paracha Yitro

 
 
 

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