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Vayigach – le triomphe de la parole

  • steveohana5
  • 26 déc. 2025
  • 5 min de lecture

Vayigach raconte comment la parole, brisée pendant vingt-deux ans, retrouve enfin son chemin entre Yossef et ses frères. Rabbi Naḥman révèle que ce blocage n’était pas seulement psychologique : la klipa de la gorge étouffait la parole sacrée, empêchant la lumière de se dire. La famine, רעב, devient alors un tikkoun divin, réunissant les deux Noms pour rouvrir la source du dibbour. Face à une époque où émergent des paroles artificielles sans intériorité, la Torah nous rappelle que seule une parole arrachée au combat intérieur porte la sainteté. La géoula commence lorsque l’homme ose faire comme Yehouda : s’approcher, ouvrir la gorge, et parler d’une voix vraie.

 

Illustration par Sefira Lightstone
Illustration par Sefira Lightstone

Résumé de la paracha

Yehouda s’approche de Yossef et plaide pour sauver Binyamin, offrant sa propre vie en garantie. Touché, Yossef ne peut plus se retenir : il renvoie ses serviteurs, éclate en larmes et se révèle à ses frères. Il leur explique que leur acte faisait partie du plan divin pour sauver la région de la famine. Les frères acceptent ses paroles et Yossef les envoie annoncer à Yaakov qu’il est encore vivant. Yaakov descend en Égypte avec toute sa famille et retrouve Yossef après des années de séparation. Ils s’installent à Goshen, où Yossef les nourrira durant la famine. Ainsi commence l’exil qui préparera la future délivrance d’Israël.



Vayigach clôt la plus longue saga narrative de la Torah : celle du conflit entre Yossef et ses frères.


C’est dans cette paracha que la parole entre les douze frères revient, après un silence de 22 ans. C’est donc une paracha qui vient nous naturellement interpeller sur ce qu’est la parole, pourquoi elle est si précieuse, et également parfois difficile.


Dans Berechit 37 :4, on voit que l’origine du conflit entre Yossef et ses frères provient de l’incapacité de parler :

וַיַּרְאוּ אֶחָיו כִּי אֹתוֹ אָהַב אֲבִיהֶם מִכָּל־אֶחָיו, וַיִּשְׂנְאוּ אֹתוֹ—וְלֹא יָכְלוּ דַּבְּרוֹ לְשָׁלֹם.

Ses frères virent que leur père l’aimait plus que tous ses frères,et ils le haïssaient, au point qu’ils ne pouvaient lui parler en paix.


Dans Mikets, la paracha précédente, les frères se « parlent », mais seul Yossef sait à qui il s’adresse, ses frères pensant encore qu’il est le vice-roi d’Egypte. C’est seulement dans Vayigach que les frères vont commencer à se parler de façon vraie. Comme l’explique le rav Charbit, les 22 ans qui se sont écoulés entre la vente de Yossef et les retrouvailles correspondent à la réparation des 22 lettres de l’alphabet hébreu, pour que puisse réapparaître une parole de sainteté au sein d’Israël.


Il y a en effet deux types de paroles. D’un côté la parole viciée, celle représentée par le Pharaon, dont le nom פרע peut se décomposer en פ-רע, littéralement la « bouche mauvaise ». De l’autre, la parole authentique, celle qui permet le dévoilement de la lumière et de la sainteté dans le monde.


Rabbi Nahman de Breslev, dans le Likoute Moharan (Torah 62), nous apprend que Pharaon (ainsi que ses trois serviteurs, le maître échanson, le maître panetier, et le maître boucher, qui croisent le chemin de Yossef dans les parachiot précédentes) correspondent aux klipot (écorces) de la gorge, qui représentent les désirs de nourriture et de boisson et œuvrent pour empêcher la descente d’une parole authentique dans le monde à travers notre bouche. Ces forces œuvrent depuis « l’arrière de la sainteté » (פרע a les mêmes lettres que ערפ, la nuque), car c’est seulement depuis l’arrière de la tête qu’elles peuvent agir à l’abri de notre lumière.


Chaque parole vraie est donc le résultat d’un combat intérieur que nous livrons contre les forces de la klipa, qui tentent de bloquer ou de corrompre notre parole. Ainsi, la fête de Pessa’h, qui commémore notre sortie d’Egypte, correspond à la libération de la parole des forces de la klipa, פסח se décomposant en פ-סח, littéralement « la bouche qui parle ».


Rabbi Nahman explique que le jeûne est le moyen le plus efficace pour maîtriser les forces de la klipa. Pour illustrer ce pouvoir du jeûne, il rappelle la guematria de רעב (famine), 272, qu’il met en rapport avec les deux noms du divin. Dans la Kabbala, les Noms divins peuvent être écrits en achorayim, c’est-à-dire en « compte arrière », forme qui révèle ce qui est caché derrière la lumière directe.


Le Nom YHVH (dimension de miséricorde qui échappe aux lois de la Nature) écrit ainsi

י / יה / יהו / יהוה 

atteint la valeur de 72 (chiffre évocateur des 72 noms de Dieu évoqués dans notre analyse de la semaine dernière), et le Nom Élohim (dimension de rigueur que l’on trouve dans les lois naturelles) écrit de la même manière

א / אל / אלה / אלהי / אלהים 

atteint 200.


Ensemble, ils forment 272, la valeur du mot רעב, la famine. 


La privation de nourriture est donc ce qui permet de réunir les deux dimensions du divin  et de dévoiler ainsi les valeurs de l’infini dans la nature.


Comme l’explique Rabbi Nahman (Torah 62-8) :

« Or, puisque les maîtres mentionnés ci-dessus sont proches de la parole, lorsque ces forces se renforcent, elles attirent la parole dans l’exil de MiTZRaïm — c’est-à-dire dans l’aspect de MeiTZaR (traduit par « étroitesse ») , la constriction de la gorge, comme dans le verset : « ma gorge est desséchée » (Psaumes 69,4) — et alors l’homme ne peut plus rien dire devant Dieu. Mais lorsqu’il jeûne, lorsqu’il se prive de nourriture, il attire les eaux des bienveillances pour humecter la gorge, et il redevient alors capable de parler. »


C’est pour cette raison que la famine apparaît en Egypte et en terre de Canaan, comme canal permettant la correction finale de la parole, par laquelle la sainteté va pouvoir se dévoiler dans le monde.


Cette analyse permet également de comprendre ce qui se joue à travers l’irruption des « modèles de langage » depuis trois ans. Cette parole « artificielle » qui émerge ne peut correspondre à une parole de sainteté car elle ne résulte pas d’un combat intérieur contre les forces de la klipa. Elle est au contraire une nouvelle klipa, particulièrement vicieuse, puisqu’elle prend tous les habits de la parole authentique.


D’ailleurs le nom hébreu de l’intelligence artificielle (בינה מלאכותית) illustre bien la dépossession qui est à l’œuvre. Dans la kabbale, la sefira de בינה – binah représente justement la puissance de discernement humain (on y reconnaît le mot בין-entre). Cette capacité de discernement est ce qui nous permet de « digérer » l’étincelle de sagesse contenue dans la חכמה-‘hockmah (« sagesse ») pour ensuite la dévoiler dans le monde à travers la parole. L’intelligence artificielle est une « fausse » binah, un nouvel avatar de la rationalité grecque dont la fête de Hanoukkah représente la défaite, une binah qui repose sur les lois statistiques, alors que la binah divine/humaine est au contraire destinée à nous aider à briser tous les conditionnements et les lois déterministes ou statistiques pour accéder à une dimension extérieure à la nature.

 


Vayigach nous enseigne que toute véritable parole naît d’un combat spirituel : lutter contre les étroitesses de la gorge, contre les forces qui cherchent à faire taire la lumière intérieure. La rencontre entre Yehouda et Yossef marque la victoire de la parole authentique, celle qui réunit miséricorde et justice, intériorité et dévoilement. À une époque où surgissent des paroles « artificielles » qui imitent la nôtre sans effort ni intériorité, la paracha nous rappelle notre responsabilité : préserver une parole qui vient du cœur, une parole qui traverse l’âme avant de traverser la gorge, une parole qui révèle le divin dans le monde.

 

 

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