Vaye’hi – L’éternité d’Israël
- steveohana5
- 2 janv.
- 5 min de lecture
L’actualité bouleversée révèle que l’histoire n’avance pas au hasard : elle suit la promesse faite par Yaakov et renouvelée par David dans la paracha et la haftara de cette semaine. Au moment même où Edom vacille, l’influence d’Israël s’étend et son rôle spirituel réapparaît au grand jour. La paracha Vaye’hi rappelle que l’éternité d’Israël traverse les exils, les empires et les persécutions sans jamais s’éteindre. La survie et la vitalité d’Israël ne relèvent pas seulement du politique mais du miracle, témoignage vivant d’un sens qui revient dans le monde. Nous ne voyons pas seulement la fin d’un empire, mais l’aube d’une réalité annoncée depuis des millénaires.
Résumé de la paracha:
Vaye’hi raconte les derniers jours de Yaakov en Égypte. Sentant sa fin approcher, il bénit d’abord les deux fils de Yossef, Éphraïm et Menaché, puis réunit ses douze fils pour leur transmettre à chacun une bénédiction prophétique qui définit l’avenir des tribus d’Israël. Après la mort de Yaakov, Yossef assure la cohésion de la famille et réaffirme le pardon donné à ses frères. La paracha se conclut par la mort de Yossef, qui demande à être ramené en terre d’Israël lorsque Dieu libérera le peuple.
C’est la fin du livre de la Genèse : la transition entre l’époque des patriarches et l’histoire collective d’Israël.

Les événements se précipitent autour de nous. Cette semaine, Israël est devenu le premier pays à reconnaître le Somaliland, qui s’apprête à rejoindre les Accords d’Abraham et à accueillir une base militaire israélienne. En Iran, le principal foyer de l’hostilité à Israël au Moyen-Orient, un peuple entier se soulève contre le régime qui l’écrase depuis plus de quarante-cinq ans… tandis qu’à New York, capitale du monde occidental, l’Edom contemporain, est intronisé un nouveau maire représentant l’idéologie même de ce régime, simplement reconditionnée aux couleurs de l’époque.
Comme nous l’enseigne Manitou, au fil de chacun des exils traversés par le peuple juif, celui-ci a toujours établi ses plus importantes communautés au cœur de l’Empire dominant : Babel, Suze, Goshen autrefois, New York aujourd’hui. Et c’est toujours depuis ce centre même que se manifeste la corruption interne de l’Empire, annonçant invariablement la libération prochaine de l’exil.
Nous assistons donc à l’amorce de la fin du quatrième et dernier exil, l’exil de Rome, et par conséquent au retour final vers Tsion.
Il n’est certainement pas fortuit que ces événements croisés, effritement d’Edom d’un côté, expansion naissante de l’influence israélienne au Moyen-Orient de l’autre, surviennent précisément durant la lecture de la paracha Vaye’hi.
Dans cette paracha, Yaakov, le dernier des trois patriarches, celui dont le nom deviendra celui du peuple d’Israël, transmet depuis l’exil égyptien son testament spirituel à ses douze fils, pères des tribus d’Israël, juste avant de mourir.
Comme dans la paracha Hayye Sarah, il est significatif que ce récit de la mort du patriarche porte un titre évoquant la vie, Vaye’hi pouvant être traduit par « Et il vécut ». Yaakov meurt, certes, mais son héritage demeure vivant après lui, même lorsque, quelques générations plus tard, l’Égypte renouera avec ses réflexes totalitaires et opprimera le peuple qu’elle avait pourtant accueilli comme son sauveur.
Vaye’hi porte en elle une promesse : l’éternité d’Israël ne s’éteindra jamais. On retrouve d’ailleurs dans la bénédiction adressée à Yehouda une vision prophétique des temps messianiques, où Israël, guidé par un roi issu de sa lignée, celle de David, saura non seulement unifier les tribus d’Israël, mais aussi soumettre ses ennemis et offrir à l’humanité tout entière la lumière, la paix et l’abondance (Béréchit 49, 8-12) :
Pour toi, Yehuda, tes frères te rendront hommage; ta main fera ployer le cou de tes ennemis; les enfants de ton père s'inclineront devant toi!
Tu es un jeune lion[1], Yehuda, quand tu reviens, ô mon fils, avec ta capture! II se couche; c'est le repos du lion et du léopard[2]; qui oserait le réveiller?
Le sceptre n'échappera point à Yehuda, ni l'autorité à sa descendance, jusqu'à l'avènement de Shilo[3] auquel obéiront les peuples.
Alors on attachera son ânon à la vigne[4], et à la treille le fils de son ânesse: on lavera son vêtement dans le vin, et dans le sang des raisins sa tunique[5];
les yeux seront pétillants de vin et les dents toutes blanches de lait[6].
Et la haftara de Vaye’hi, tirée du premier chapitre des Rois, nous livre elle aussi le testament spirituel du roi David, héritier de Yehouda, à son fils Shlomo juste avant de mourir. On sait que le règne de Shlomo est précisément celui où la prophétie de Yaakov concernant la fin des temps s’est trouvée la plus proche de son accomplissement. À cette époque, les tribus étaient unifiées, les nations reconnaissaient la lumière d’Israël et le monde était pacifié, avec Jérusalem comme capitale spirituelle.
Du testament de Yaakov à celui de David, on voit donc se dessiner une même promesse, celle d’un temps futur où le monde saura reconnaître en Israël une incarnation du sens de l’histoire.
Et c’est ce retour du sens, après deux mille ans d’errance, qui est aujourd’hui si difficile à accepter pour une partie du monde, habituée à vivre sans Dieu ni maître.
Comme l’écrit si bien le journaliste du Daily Telegraph Alister Heath :
« Il n’existe aucun précédent historique dans lequel un peuple survit aux persécutions des Babyloniens, des Romains, des Croisés, de l’Inquisition, des pogroms et de la Shoah…et continuer malgré tout à se présenter au travail le lundi matin à Tel-Aviv.
Israël n’a aucun sens.
À moins de croire en quelque chose qui dépasse les chiffres.
C’est cela qui rend le monde fou.
Parce que si Israël est réel — si cette nation improbable, antique, haïe, est malgré tout encore choisie, protégée et florissante — alors peut-être que Dieu n’est pas un mythe après tout.
Peut-être qu’Il est encore dans l’histoire.
Peut-être que l’histoire n’est pas aléatoire.
Peut-être que le mal n’a pas le dernier mot.
Peut-être que les Juifs ne sont pas seulement un peuple… mais un témoignage.
C’est cela qu’ils ne supportent pas.
Parce qu’une fois qu’on admet que la survie d’Israël n’est pas seulement impressionnante, mais divine, tout change. Notre boussole morale doit se réajuster.Nos certitudes sur l’histoire, le pouvoir et la justice s’effondrent. Nous prenons conscience que nous n’assistons pas à la fin d’un empire, mais au commencement de quelque chose d’éternel.
Alors ils le nient. Ils le salissent. Et ils s’en indignent.
Parce qu’il est plus facile de qualifier un miracle de “tricherie” que d’affronter la possibilité que Dieu tient Ses promesses.
Et Il continue à les tenir. »
[1] Allusion au roi David, dont la royauté est symbolisée par la figure du lion.
[2] De lionceau, Yehuda devient lion puis léopard : ce qui est mis ici en valeur, c’est la capacité d’un vrai leader d’évoluer, d’apprendre, de se réinventer, comme Yehuda le fait dans la fin du livre de Berechit.
[3] Rachi : « C’est le roi Messie, à qui appartient la royauté (Beréchith raba 99, 8) »
[4] L’ânon évoque la monture humble de la figure messianique (cf. Zekharia 9,9)
[5] Dans les temps messianiques, le vin sera si abondant qu’il en deviendra un liquide banal, presque comme l’eau. Les sages (Ketoubot 111b) disent : « le vin coulera comme des ruisseaux ».
[6] Le lait représente à la fois l’abondance et la pureté.
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