Teroumah – L’élévation des cœurs
- steveohana5
- 20 févr.
- 5 min de lecture
La paracha Terouma enseigne que la construction du Michkan commence par le cœur : « tout homme dont le cœur s’y porte librement ». La Terouma n’est pas un simple don matériel, mais une élévation : nous rendons à Dieu ce qui Lui appartient déjà. Comme la tsedaka, elle élève d’abord celui qui donne, en transformant les richesses que D. nous a confiées en acte désintéressé. Cet acte crée une connexion entre le Ciel et la Terre, source véritable de joie et d’unité. Aujourd’hui encore, à l'heure où l'envolée de la Bourse de Tel Aviv cache mal les cicatrices économiques, physiques et morales de 28 mois de guerre, notre vraie réussite collective ne se mesure pas à des signes extérieurs de performance financière, mais à l’élévation des cœurs par la joie du don et l’amour fraternel.

Les cinq parachiot qui clôturent le livre de Chemot sont principalement liées à la construction du Mishkan (sanctuaire portatif qui préfigure le Beth Hamikdach). Or, un motif revient sans cesse dans cette construction : celui du cœur.
Ce thème apparaît dès le premier verset de notre paracha (et il reviendra sans cesse jusqu’à la fin du livre de Chemot) :
דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקְחוּ לִי תְּרוּמָה: מֵאֵת כָּל אִישׁ אֲשֶׁר יִדְּבֶנּוּ לִבּוֹ תִּקְחוּ אֶת תְּרוּמָתִי.
« Parle aux enfants d’Israël : qu’ils prélèvent pour Moi une offrande. De la part de tout homme dont le cœur s’y porte librement, vous recevrez Mon offrande. »
Le rav Kook, dans son commentaire de la paracha Teroumah, met en lien la Teroumah avec l’acte de la tsedaka. Il indique que le but premier de la tsedaka, avant même le réconfort du pauvre, est l’élévation du donneur à travers l’acte du don désintéressé. En effet, si le but était simplement la suppression de la pauvreté, il y avait un moyen plus simple pour D. d’y parvenir : créer directement un monde sans pauvreté ! Au lieu de cela, il a mis en dépôt l’argent du pauvre chez le riche, simplement pour permettre au riche d’élever son cœur en donnant sa juste part au pauvre.
La même idée est véhiculée ici : par l’acte de Terouma, un don totalement désintéressé, les donateurs sont invités à restituer à D. une partie de ce que Lui-même leur a confié. D’où l’usage de l’expression, étrange à première vue, וְיִקְחוּ לִי.
Cette expression, nous explique Manitou, peut être interprétée en effet dans deux sens différents. Soit D. dit à Moshé: « ils le prendront pour moi » (traduction habituelle), soit « ils le prendront de moi ».
Et la seconde interprétation éclaire cette phrase d’un sens complètement différent. En réalité, tout ce que nous possédons appartient déjà à Dieu. Tous nos biens, tout notre argent, ne sont pas véritablement « à nous » : ils nous sont confiés. C’est ainsi que les tsadikim conçoivent les choses. Ce qui les caractérise, c’est précisément que rien, dans ce qu’ils possèdent, ne peut être contesté : tout est parfaitement acquis, au sens le plus exigeant du terme. Ainsi, toutes nos possessions portent en elles une dimension divine. Et lorsque nous faisons une Teroumah, nous ne faisons pas simplement un geste matériel : nous restituons au divin, par notre propre mouvement désintéressé, ce qui Lui appartient déjà et qu’il avait simplement mis en dépôt chez nous.
Et, tout comme la tsedaka est reliée par sa racine-même au tsedek (justice), la Teroumah porte en elle-même la notion d’élévation (תרומה-Teroumah a la même racine que להרים-soulever).
C’est en donnant de façon totalement désintéressée, à partir de notre cœur, que nous élevons notre âme et pouvons faire, d’abord de nos cœurs, puis du monde, une résidence habitable pour D. Car, en réalité, ce n’est pas tant dans le Mishkan que va se dévoiler la présence divine, mais dans le cœur des enfants d’Israël eux-mêmes (« Et ils me construiront un sanctuaire, pour que je réside en eux », Chemot 25-8).
Cette approche nous permet d’expliquer la pourquoi la paracha Terouma coïncide toujours avec le début du mois d’Adar, mois dans lequel il nous est demandé « d’augmenter dans la joie ». La joie provient en effet toujours d’une mise en connexion (zivoug) entre deux principes, êtres, ou mondes initialement séparés. Cela peut être le zivoug d’un homme avec son épouse, d’un parent avec son enfant, du Créateur avec sa Créature, du Ciel avec la Terre, ou de l’âme avec le corps. Quand on réalise un acte de tsedaka ou de Terouma, un zivoug se réalise entre mondes d’en haut et d’en bas, mondes qui se sont séparés l’un de l’autre depuis la faute d’Adam. Et ce zivoug est intrinsèquement créateur de connexion, et donc de joie.
La joie ne se définit ni par la simple stimulation intellectuelle, ni par le seul plaisir sensoriel, ni par la pure exaltation émotionnelle, ni enfin par l’unique extase spirituelle méditative, elle est précisément à l’intersection de ces quatre éléments. Elle correspond à une expérience de résonance intégrale de l’être, dans toutes ses dimensions : spirituelles, intellectuelles, émotionnelles et sensorielles.
A travers cette force de connexion, la joie a le pouvoir particulier d’unifier les cœurs. Or, nous savons que l’épreuve majeure d’Israël, celle qui a, au fil de l’histoire, conditionné sa capacité à préserver sa souveraineté sur sa terre ainsi qu’à maintenir la Présence divine (la Chekhina) dans le Beth Hamikdach, est précisément celle de l’unité. C’est d’ailleurs le fil conducteur de tout le livre de Berechit : depuis le meurtre d’Evel par Kayin, jusqu’au tikoun partiel accompli par Yossef dans Vayigach.
Qu’est-ce que représente la Teroumah à notre époque, où le Beth Hamikdash est (provisoirement) détruit ? Elle pourrait être la capacité à donner une partie de la lumière, des talents, des richesses et du temps que D. nous a confiés à tous nos frères qui souffrent ou qui se dévouent pour le 'Am Yisrael. A l’heure où la bourse israélienne atteint chaque jour de nouveaux sommets, où le shekel s’envole, où des bouleversements géopolitiques sans précédent sont en germe et où de nouvelles technologies révolutionnent le travail et la société, il nous est justement demandé de nous souvenir de tous ceux qui ont payé un lourd tribut à des deux ans et demie de guerre: les endeuillés, les soldats en convalescence, les réservistes qui ont perdu leur emploi ou une partie de leurs revenus, les personnes fragilisées par l'augmentation du coût de la vie ou par les séquelles psychologiques et familiales de la guerre...
Car, plus que l’élévation des indices boursiers, du shekel ou de notre « productivité », c’est l’élévation des cœurs par la joie de l’amour fraternel et du don désintéressé qui est la mesure de notre réussite individuelle et collective.
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