top of page
Rechercher

Pessa’h 5786 – L’Heure du Retour

  • steveohana5
  • 27 mars
  • 6 min de lecture

Pour les Juifs d’Occident, les événements en cours invitent à relire avec attention le sens de ce moment historique. L’exil, longtemps vécu comme un cadre relativement stable, apparaît aujourd’hui sous une lumière plus incertaine et plus fragile. Dans le même temps, Jérusalem redevient, de façon de plus en plus concrète, un pôle de rassemblement, d’espérance et de clarté. La guéoula ne se joue pas seulement dans les événements extérieurs, mais aussi dans le réveil progressif de la conscience juive.Peut-être sommes-nous appelés, plus que jamais, à réorienter nos prières, nos choix et notre espérance vers le retour et vers Jérusalem.


Amram Ebgi - Return to Zion
Amram Ebgi - Return to Zion

 

Pessa‘h peut être compris comme une délivrance à quatre niveaux, qui s’emboîtent les uns dans les autres.


1.      La libération nationale d’Israël.

Dieu dit dans Shemot 6:6–8 : « Je vous ferai sortir… Je vous sauverai… Je vous délivrerai… Je vous prendrai pour peuple ». Les quatre verbes de délivrance sont au pluriel national. La sortie d’Égypte n’est donc pas seulement l’évasion d’esclaves, mais la naissance d’un peuple libre dans l’histoire.


2.      La libération individuelle de chaque Juif.

La délivrance collective devient aussi une délivrance intime de chaque âme/nom juif (d’où le nom Chemot donné au livre retraçant cette libération), puisque « en chaque génération, chacun doit se voir comme s’il était lui-même sorti d’Égypte ». Ainsi, la sortie d’Egypte n’est pas seulement un événement historique national : sa commémoration est une occasion pour chaque Juif de se souvenir, au moins une fois par an, que la libération complète (gueoula chelema) n’est pas encore achevée et qu’il doit poursuivre son processus personnel de libération de toutes les forces (extérieures comme intérieures) qui l’aliènent encore.


3.      La libération de l’humanité des forces d’obscurité.

À travers la sortie d’Israël, c’est aussi l’humanité tout entière qui commence à être arrachée aux puissances d’oppression, comme le dit le verset : « les Égyptiens sauront que Je suis l’Éternel » (Shemot, 7 :5). La sortie d’Egypte révèle que le monde n’est pas abandonné aux empires, à l’idolâtrie ou à la force brute. La participation du ‘Erev Rav (les peuplades non hébreues qui se joignent à Moshé au moment de la sortie d’Egypte) reflète la portée universelle de ce moment.


4.      La révélation du Nom divin et du projet de la Création.

Enfin, Pessa‘h est la manifestation du Nom divin dans l’histoire : « Par Mon Nom Hachem, Je ne Me suis pas fait connaître à eux [les patriarches]». Avec la sortie d’Égypte, Dieu ne reste plus seulement le Dieu caché des promesses ; Il devient le Dieu qui, en agissant dans l’Histoire, dévoile le Sens même de la Création.


Ainsi, Pessa‘h dépasse de très loin la simple commémoration de la sortie d’Égypte. Cette fête marque à la fois la naissance d’Israël comme peuple, l’ouverture du chemin de libération intérieure pour chaque âme, l’ébranlement des forces d’oppression qui obscurcissent l’humanité, et enfin la manifestation progressive du projet divin dans l’histoire. L’Exode n’est pas seulement un souvenir : il est la matrice de toute délivrance.


Pendant des siècles, le peuple juif a célébré Pessa‘h en exil, en concluant le Séder par les mots : « L’an prochain à Jérusalem ». Cette formule exprimait à la fois une fidélité et une attente : la mémoire de la délivrance passée gardait ouverte la promesse de la délivrance à venir. Depuis un peu plus d’un siècle, avec le sionisme moderne puis avec la renaissance nationale d’Israël sur sa terre, cette attente a cessé d’être uniquement symbolique. Elle est entrée de nouveau dans l’histoire. Le retour d’Israël à sa terre a redonné au récit de Pessa‘h une densité concrète, nationale, politique, presque charnelle.


Mais ce retour n’a pas mis fin à la résistance des forces qui s’opposent à cette réapparition d’Israël dans l’histoire. Jusqu’à aujourd’hui encore, des puissances idéologiques, militaires et spirituelles continuent de combattre la libération nationale d’Israël, précisément parce qu’elles pressentent qu’elle ne concerne pas seulement le destin des Juifs, mais l’orientation même du monde. Dans cette perspective, la guerre en cours contre l’Iran donne à Nissan et à Pessa‘h une intensité particulière. Le conflit ne se réduit pas à un affrontement stratégique classique : il met aux prises Israël, les États-Unis et leurs partenaires avec le régime qui est aujourd’hui le principal ordonnateur des forces de la klipa contre la révélation du Nom divin dans l’Histoire.


En même temps qu’Israël se libère des griffes du régime iranien, les pays du Golfe sont en train eux aussi de se libérer de leurs propres aliénations anti-israéliennes, symptômes d’une maladie plus profonde de rejet de la liberté, de la vérité et du progrès. Tête de file de ce mouvement et signataires des Accords d’Abraham, les Emirats Arabes Unis viennent ainsi d’encourager officiellement les Etats-Unis et Israël à ne pas terminer cette guerre sans avoir détruit définitivement les capacités de chantage et de nuisance du régime iranien. L’Arabie Saoudite émet le même message, mais de façon plus officieuse. Ces deux pays se déclarent même prêts à rejoindre militairement la coalition contre la République Islamique. De façon nouvelle et significative, la « rue arabe » ne s’est pas manifestée cette fois-ci contre Israël dans cette guerre. Au Liban, on voit même l’inverse se produire, avec un rejet de plus en plus affirmé de l’ingérence du Hezbollah et du régime iranien dans les affaires intérieures. Sans faire de ces pays des alliés identiques d’Israël, on voit apparaître un fait nouveau : une partie croissante du monde arabe sunnite ne perçoit plus Israël comme l’ennemi principal, mais voit dans l’expansionnisme iranien la menace majeure.


Au fil de la guerre, la ligne principale du “front de résistance” à Israël s’est peu à peu déplacée vers l’Occident lui-même. Dans plusieurs capitales occidentales, la conflictualité moyen-orientale alimente de nouvelles coalitions mêlant activisme anti-guerre, radicalité anti-israélienne et réseaux pro-palestiniens, tandis que le climat général favorise aussi une recrudescence d’actes hostiles visant des cibles juives (Londres, Anvers, Liège, Rotterdam, Amsterdam). Le phénomène ne se réduit pas à une seule famille idéologique, mais il traduit bien la réactivation d’un front intérieur occidental où l’hostilité à Israël sert de point de jonction entre différentes forces militantes.


De façon de plus en plus claire, la ligne de fracture principale passe maintenant à l’intérieur même de ‘Essav (monde occidental) : d’un côté, on trouve un bloc qu’on pourrait qualifier de « camp du progrès », associant Israël, les forces occidentales de la droite souverainiste et une partie croissante des pays du Moyen-Orient, et de l’autre, un camp de plus en plus férocement hostile à notre délivrance collective, regroupant les partis faussement « progressistes » occidentaux et les populations musulmanes occidentales radicalisées. La guerre révèle ainsi, au-delà de sa dimension stratégique et géopolitique, un combat moral et spirituel : elle oblige chacun à se situer, à travers Israël, par rapport à l’idée même de progrès. Dans cette lumière, Pessah prend une actualité saisissante. La fête nous rappelle que la délivrance ne consiste pas seulement à commémorer la sortie d’une servitude ancienne, mais à traverser l’histoire en identifiant dans le temps présent les nouvelles formes de Mitsrayim, les structures d’enfermement, de mensonge, de peur et de haine qui cherchent à empêcher l’essor national d’Israël et, à travers lui, d’un ordre plus juste. Car le combat pour la libération nationale d’Israël participe toujours d’un combat universel contre les forces d’obscurité qui s’opposent au Projet divin pour le monde.


Les mois de Adar et Nissan 5786 pourraient bien apparaître rétrospectivement comme un moment charnière : l’entrée dans une nouvelle phase où les fronts se clarifient et l’ambigüité s’estompe. Pour les Juifs d’Occident, le temps n’est plus à l’attente passive. Une époque s’achève : celle où l’on pouvait croire que l’exil occidental constituerait un horizon durable, paisible et finalement réconcilié avec la présence juive. Ce que les événements présents dévoilent, c’est que l’histoire se remet en mouvement, et qu’elle remet au centre la vieille question du lieu véritable de la vie juive. Lorsque l’hostilité à Israël se transforme en pression croissante sur les Juifs eux-mêmes, lorsque les capitales occidentales deviennent des théâtres de tension, au même moment où Jérusalem cesse d’être un rêve liturgique pour redevenir un pôle concret de rassemblement, de plus en plus reconnu et même loué par ses voisins, alors il faut entendre ce que l’histoire est en train de dire. Comprendre ce moment, c’est reconnaître que la guéoula avance non seulement sur les champs de bataille et dans les chancelleries, mais aussi dans la conscience juive elle-même. Elle nous appelle à sortir de la dispersion intérieure et de l’ambigüité, à quitter l’illusion du provisoire devenu permanent, et à réordonner nos prières, nos choix, nos fidélités et nos espérances vers Jérusalem, vers le retour, et vers la plénitude de la délivrance.


לקרוא בעברית

 

 

 
 
 

Commentaires


©2020 par Un autre regard. Créé avec Wix.com

bottom of page