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Parachiot Tetsave et Zachor: déraciner Amalek à sa source

  • steveohana5
  • 7 mars 2025
  • 4 min de lecture

Ce chabbat, deux parachiot seront lues : la paracha Tetsave, qui s’ouvre par la mitzvah d’apporter de l’huile d’olive pour l’allumage de la menorah du Sanctuaire, et la paracha appelée « Zachor » (paracha Ki Tetse dans le livre de Devarim), dont les versets concernant Amalek sont toujours lus le chabbat qui précède la fête de Pourim.

Ces deux lectures nous invitent à un travail intérieur profond pour déraciner Amalek à sa source, en nous connectant à notre propre sainteté. Amalek sera détruit complètement lorsque son existence sera rendue inutile, c’est-à-dire lorsque nous n’aurons plus besoin de nous rattacher à la souffrance provoquée par sa manifestation extérieure pour nous rapprocher de notre essence.



Menorah, par Alex Levin
Menorah, par Alex Levin

 

Le premier verset de la paracha Tetsave, comme nous l’avons rappelé dans notre commentaire précédant[1], éclaire le sens des mitzvot en tant que connexion à notre essence[2] (davantage que de commandement) :

Veatah Tetsaveh et Beney Israël 

Et quant à toi [Dieu s’adresse ici à Moshe], tu ordonneras les enfants d’Israël

veyik’hou eleykha shemen zayit zakh

et ils apporteront vers toi de l’huile d’olives pures

katit

broyées

lamaor

pour le luminaire [la Menorah du Sanctuaire]

leha'alot ner tamid

pour faire monter une lumière perpétuelle ...


Dans la plupart des traductions de la Torah en français, le début de ce verset est traduit de la manière suivante :

Et quant à toi, tu ordonneras aux enfants d’Israël de t’apporter de l’huile d’olives pures…


Mais, comme expliqué par le Rav Léon Askenazi[3], cette traduction n’est pas fidèle à l’esprit du texte. En effet, s’il s’était s’agi d’un ordre, on aurait trouvé l’expression : Veatah Tetsaveh el [ou encore al] Beney Israël lakahat eleykha...


Le verbe letsavot suivi de את  (« et ») renvoie à une toute autre relation entre Moshe et les enfants d’Israël : celle d’un maître instruisant ses élèves pour leur faire prendre conscience de leur propre sainteté. Moshe doit « ordonner » les enfants d’Israël (dans le sens de les élever, de les sanctifier, ou encore de les connecter à leur sainteté naturelle), de sorte que ceux-ci, une fois connectés à leur essence profonde, apportent spontanément de l’huile d’olive pour allumer la Menorah du Temple.


Le sens de toute mitzvah (mot qui partage la même racine que le verbe tetsave qui forme le titre de notre paracha) consiste donc à mettre en connexion l’Homme avec sa propre sainteté, ou, pour le dire autrement, à mettre en connexion la source divine (céleste) avec sa forme terrestre, qui apparaît sous l’habit de l’Homme, cette connexion permettant à la lumière divine de se dévoiler pleinement dans ce monde[4] (c’est « la lumière perpétuelle » à laquelle fait allusion notre verset).


Il nous reste à comprendre à présent la référence à l’olive dans notre verset. Comme expliqué par le Rav Jonathan Sacks[5], les Sages ont établi une comparaison entre l'olive et le peuple juif. Le Rav Yehoshua ben Lévi[6] a demandé : « Pourquoi Israël est-il comparé à une olive ? Tout comme une olive est d’abord amère, puis douce, ainsi Israël souffre dans le présent mais un grand bien lui est réservé dans le temps à venir. Et tout comme l’olive ne produit son huile qu’en étant écrasée – comme il est écrit « huile d’olives pures, broyées pour le luminaire » – de même Israël ne réalise [tout son potentiel dans] la Torah que lorsqu’il est pressé par la souffrance. »[7].


Et c’est là que se situe le lien avec le verset de la paracha Zachor sur Amalek qui sera lu ce chabbat (Devarim, 25 :17-19) :

Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek sur le chemin, à votre sortie d’Égypte. Il te rencontra en chemin, démembra tous les gens affaiblis sur tes arrières ; toi, tu étais las et épuisé, et lui ne craignait pas D.ieu. Ce sera lorsque l’Éternel ton D.ieu t’aura donné le repos de tous tes ennemis alentour, dans le pays que l’Éternel ton D.ieu te donne en héritage pour l’occuper, tu effaceras le souvenir d’Amalek de dessous les cieux, ne l’oublie point.


Pourquoi nous est-il demandé de nous souvenir d’Amalek à chaque génération ?

Non pas pour entretenir un sentiment (stérile) de vengeance, mais pour nous connecter à notre vocation à travers le souvenir de notre antithèse. Nous souvenir de ce que nous a infligé Amalek, c’est ressentir à nouveau le réveil spirituel que produit en nous le surgissement du Mal absolu dans ce monde, c’est refaire dans notre chair l’expérience de la transformation de notre souffrance en lumière dont parle Yehoshua ben Lévi dans le commentaire cité plus haut.  


Amalek sera détruit complètement lorsque son existence sera rendue inutile, c’est-à-dire lorsque nous n’aurons plus besoin de nous rattacher à la souffrance de sa manifestation extérieure (sous les traits du Hamas ou des mollahs iraniens) pour nous rapprocher de notre essence. Lorsque nous accomplirons les mitzvot avec la conscience pleine et joyeuse de nous connecter à notre propre sainteté, lorsque nous aimerons notre prochain d’un amour sans condition et sans jugement, lorsque nous nous serons purifiés de notre ego et de notre vanité, lorsque nous parviendrons à transformer en lumière les forces négatives qui se trouvent en nous, lorsqu’en un mot, nous ferons de nos êtres de purs réceptacles de l’influx divin dans ce monde, alors Amalek n’aura plus aucune raison d’être et la Délivrance ultime pourra enfin advenir !


Le Rav Avraham Azoulai, grand cabaliste du 17ème siècle, né à Fez au Maroc et mort à Hébron, explique qu’après le chabbat Zachor, précisément trente jours avant la fête de Pessa’h, commence à agir la lumière libératrice de la Binah (deuxième des trois sefirot « intellectuelles », évoquant le discernement)[8]. Puisse donc cette lumière de la Binah nous aider à purifier notre Amalek intérieur et nous apporter la Délivrance !




[2] Mitzvah a la même racine que tzevet, qui en hébreu signifie « équipe »

[4] Cette conception de la mitzvah est exposée en particulier dans l’œuvre maîtresse du Rabbi Haim de Volozine (disciple du Gaon de Vilna) Nefesh Ha’hayim (l’Ame de la Vie).

[6] Yehoshua ben Levi (début du troisième siècle de l'ère chrétienne) était un important enseignant juif qui dirigeait l'école de Lydda, dans le sud de la Terre d’Israël. Il faisait partie de la première génération de rabbins talmudiques connus sous le nom d'Amoraïm.

[7]  Midrash Pitron Torah, Bamidbar 13:2

[8][8] Voir à ce sujet le cours du Rav David Daniel Hacohen sur Tetsave (minute 22) https://www.youtube.com/watch?v=yKsz9B09rtM&t=1311s

 
 
 

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