Paracha Yitro : de Yitro à Donald Trump, quand les prophètes des Nations comprennent les messages mieux que nous...
- steveohana5
- 14 févr. 2025
- 5 min de lecture
Si la paracha du don de la Torah porte le nom du prophète Yitro, l’un des plus grands prophètes des Nations de l’époque de Moshé, c’est pour souligner que le message de la Torah n’est pas restreint au peuple juif mais bien universel. En l’occurrence, dans certains contextes, en particulier ceux de notre paracha et d'aujourd’hui, certains prophètes des Nations se révèlent capables de « comprendre » le message divin d'une façon plus juste que nous-mêmes…

Le premier verset de notre paracha raconte la conversion de Yitro à la foi d’Israël après les événements de la sortie d’Egypte.
וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן, חֹתֵן מֹשֶׁה,
Et Yitro, prêtre de Midian beau-père de Moshé entendit (comprit)
אֵת כָּל-אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה, וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ:
Tout ce qu’a fait Elohim (Dieu en tant que Créateur du monde et donc garant des lois de la nature) à Moshé et à Israël son peuple
כִּי-הוֹצִיא יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל, מִמִּצְרָיִם
Lorsque Hashem (YHVH) a fait sortir Israël d’Egypte.
Rachi commente ainsi ce verset :
« Qu’a-t-il entendu qui l’ait incité à venir ? Le passage de la mer des Joncs et la guerre de ‘Amaleq (Zeva‘him 116a) »[1]
Comme nous l’avons souligné dans notre premier commentaire de la paracha Yitro, ce que « comprend » ici le prophète a trait à la nature même de notre relation au divin : avant la sortie d’Egypte, Yitro croyait en un D.ieu unique Créateur de la Nature, mais incapable d’en modifier les lois pour orienter l’Histoire selon un projet particulier. Ce D.ieu impersonnel, qui est aussi celui de Spinoza, et qui dans le texte est désigné sous le nom de « Elohim », se tient à distance de sa Création, laissant les hommes face à leur solitude et à l’angoisse de la responsabilité d’un monde dépourvu de finalité et de direction.
Après le passage de la Mer des Joncs et la guerre contre Amaleq, Yitro « comprend » (le verbe לשמוע en hébreu veut dire « entendre » dans le sens de « comprendre ») que Elohim, le D.ieu créateur du monde, ne correspond qu’à un des visages du divin : cet événement montre que D.ieu est également capable de se manifester sous le visage d’un D.ieu de la Providence (qui est désigné par le tétragramme YHVH), capable de changer les lois de la nature qu’il a lui-même conçues, pour faire advenir un Projet infiniment Bon pour l’Humanité, à travers le Peuple qu’il a choisi pour le représenter parmi les Nations[2]. Dans la même paracha, ce D.ieu de la Providence, par le don de la Torah, va également prendre le visage d’un D.ieu de la morale, concepteur d’un code de loi régissant les relations des hommes entre eux et avec le divin, attentif aux choix de chaque homme individuellement, et capables tout à la fois d’exercer sur ses créatures sa miséricorde et sa justice.
Cette conversion de Yitro à la foi d’Israël est très lourde de sens. Comme l’explique Léon Askénazi dans son commentaire de la paracha:
« Tout cet exposé va dans le sens de l’enseignement de Judah Halévi : ce n’est pas par le raisonnement théologique que nous avons la certitude de la foi d’Israël que le Créateur est Providence, mais par la mémoire d’événements historiques enracinés dans l’expérience. »
Les 40 ans de débats et discussions « théologiques » de Moshé avec son beau-père quand il s’est réfugié dans le pays de Midiane ont été sans effet sur les conceptions de Yitro, car ils passaient par l’intellect. C’est l’expérience (de l’ouverture de la Mer des Joncs et de la guerre contre Amaleq) qui a joué un rôle décisif pour changer le système de croyances pourtant très enraciné du prophète.
Pourquoi ces deux événements furent-ils de nature à changer la conception de Yitro ? Car les cavaliers égyptiens et Amaleq, sans une intervention providentielle d’Hachem, auraient massacré de façon certaine les enfants d’Israël accablés par 200 années d’esclavage, et non préparés à la guerre. A partir de cette expérience historique, un observateur intelligent et intègre comme Yitro arrive instinctivement à une compréhension juste de la relation au divin et finalement au désir d’épouser la foi d’Israël.
Si la paracha du don de la Torah porte son nom, c’est pour souligner justement que la compréhension du Message divin n’est pas conditionnée par l’appartenance à une « race » ou une lignée spécifique : toute personne, à condition d’aiguiser ses sens, son intuition et sa réflexion, est capable de renoncer (יתרו est l’anagramme de ויתר qui signifie en hébreu « il a renoncé») à ses fausses croyances et de reconnaître la Vérité et l’Universalité du Message adressé par D.ieu à Israël. Cette illumination a été éprouvée par Pharaon d’abord, dans la paracha Bechallah, puis par Yitro dans la paracha de cette semaine. Elle est la préfiguration de la prise de conscience qui éclairera l’ensemble de l’Humanité lors de la Délivrance finale.
Il arrive parfois que des Justes issus des Nations arrivent à percevoir le sens et la portée des événements d’une façon plus juste que les enfants d’Israël eux-mêmes. Ce fut le cas de Yitro au moment de la sortie d’Egypte, comme c’est le cas de Donald Trump aujourd’hui…
A l’occasion d’une nouvelle guerre déclenchée (et perdue) par Amaleq contre les enfants d’Israël[3], le président américain, comme Yitro hier[4], apparaît comme le seul capable de poser les mots et les solutions justes sur la situation actuelle : « Gaza doit être débarrassée des Palestiniens (NDLR : pour être débarrassée d’Amaleq) », « Israël, bien que trop petit, a su accomplir des miracles », « la Judée et la Samarie doivent revenir sous souveraineté juive », « le Hamas doit rendre immédiatement tous les otages » etc.
Quand Yitro lui explique qu’il ne peut pas rendre la justice tout seul et qu’il faut qu’il organise un système judiciaire digne de ce nom, la réaction de Moshé fait écho aux premiers mots de notre paracha :
וַיִּשְׁמַע מֹשֶׁה לְקוֹל חֹתְנוֹ וַיַּעַשׂ כֹּל אֲשֶׁר אָמָר
Moshé écouta l’avis de son beau-père et effectua tout ce qu’il a dit
Saurons-nous, comme Moshé, écouter l’avis du Président Trump quand, d’ici quelques mois (pour Pessa’h B’H), le président américain nous demandera de réédifier le Beth Hamikdash ?
[1] En réalité, la conversion de Yitro s’est produite après le don de la Torah. Mais le fait qu’elle soit placée avant le don de la Torah dans le récit laisse penser qu’elle doit, comme le l’explique Rachi, être expliquée par les événements qui sont relatés dans la paracha Bechala’h.
[2] En réalité, c’est à Israël qu’a été donnée la Torah, car Israël était le seul peuple capable (ou désireux) de la recevoir. Nos Sages, les 'Hakhamim, affirment en effet qu'Hachem a proposé la Torah à tous les peuples qui existaient à l'époque. Mais ils refusèrent tous. (Talmud Avoda Zara 2b)
[3] Amaleq tente d’exterminer les Juifs à chaque fin d’exil, ou à chaque fois qu’il ressent le risque d’un dévoilement de la Royauté de D.ieu dans la Création :
- ici, juste après la sortie d’Egypte ;
- en Perse, à la fin de l’exil de Babel, après que Cyrus a encouragé les Juifs de Babel à reconstruire le Temple
- dans les années 40, à peine 20 ans après la Déclaration Balfour
- en 2023, juste après la signature des accords d’Abraham
[4] C’est notamment à Yitro (ainsi qu’au serviteur, également non juif, d’Avraham, Eliezer) que l’on doit la bénédiction « baroukh Hachem » (verset 18 :10 de notre paracha).


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