Paracha Vayikra : écouter l’appel du divin pour découvrir notre vocation
- steveohana5
- 4 avr. 2025
- 5 min de lecture
Le premier mot de notre paracha וַיִּקְרָא (il « appela »), qui a donné son nom au troisième livre de la Torah, semble à première vue déconnecté du sujet essentiel de ce livre : le service du Temple et en particulier les Qorbanot (sacrifices). Pourtant, l’enseignement du rav Jonathan Sacks permet de saisir toute la profondeur de cet appel divin placé au début du Livre appelé en français « Le Lévitique ». En effet, c’est en nous mettant, comme Moshé, à l’écoute de l’appel du divin que nous pouvons découvrir et réaliser notre vocation unique dans ce monde. Si cet appel est placé en tête du troisième livre de la Torah, c’est peut-être parce que l’écoute de cet appel représente la clé de notre sainteté individuelle et collective et exige en chemin de nombreux « sacrifices »…

וַיִּקְרָא אֶל-מֹשֶׁה; וַיְדַבֵּר יְהוָה אֵלָיו, מֵאֹהֶל מוֹעֵד לֵאמֹר
L'Éternel appela Moshé, et lui parla, de la Tente d'assignation, en ces termes (Vayikra 1 :1)
Comme souvent, le titre de notre paracha, qui est aussi celui du troisième livre de la Torah, est riche d’enseignements : pourquoi le texte commence-t-il par un appel de Dieu à Moshé, plutôt que par une simple conversation classique entre Dieu et son prophète ?
Pour répondre à cette question, nous allons récapituler les différents endroits du texte où Dieu adresse un « appel » à Moshé :
1. Le premier appel se déroule dans le verset Chemot 3 :4 lors de l’épisode du buisson ardent :
"L'Éternel vit qu'il s’approchait pour regarder ; Dieu l'appela (Vayikra) du sein du buisson ardent, et Il dit : Moshé, Moshé !' Et il répondit : 'Me voici'."
C’est le moment où Dieu (appelé ici Eloqim) donne à Moshé sa mission de libération nationale d’Israël à travers la fin de l’esclavage et la sortie d’Egypte.
2. Le second appel survient dans le verset Chemot 24 :16 lors du don de la Torah sur le Mont Sinaï :
"La gloire de l'Éternel reposa sur le mont Sinaï et la nuée le couvrit pendant six jours. Le septième jour, Il appela Moïse du sein de la nuée."
C’est le moment où Dieu (ici appelé YHVH) donne à Moshé sa première mission de libération spirituelle d’Israël à travers le don de la Loi d’Israël (la Torah orale et écrite).
3. Le troisième appel, qui se trouve au premier verset de notre paracha, précède les instructions données dans le livre de Vayikra relatives au service du Temple, et en particulier aux Qorbanot (traduits improprement en français par « sacrifices »).
C’est donc le moment où Dieu donne à Moshé sa mission finale de libération spirituelle d’Israël à travers la transmission des lois relatives à l’impureté et à la sainteté.
On remarque que, dans chaque cas, l’appel précède la transmission à Moshé d’une vocation personnelle orientant à la fois le sens individuel de son existence et l’avenir collectif de son peuple.
En effet, le propre d’une vocation, nous rappelle Viktor Frankl (grand psychologue ayant survécu à Auschwitz et connu pour ses travaux sur la résilience), est son caractère à la fois personnel et transcendant.
Comme l’explique le rav Jonathan Sacks dans son commentaire de Vayikra[1] :
« Frankl pensait que « chaque personne humaine constitue un être absolument unique ; chaque situation de la vie ne se produit qu'une seule fois. La mission concrète de toute personne est liée à cette unicité et à cette singularité ». L'essence de la vocation, selon lui, est qu'elle transcende les limites de l’individu. Elle vient de l'extérieur du moi et nous met au défi de vivre au-delà du simple intérêt personnel. Découvrir une telle tâche, c'est découvrir que la vie - ma vie - a un sens et un but. »
Jonathan Sacks nous décrit plus en détail le processus par lequel se découvre une vocation :
« Comment découvrir sa vocation ? Selon le regretté Michael Novak ; une vocation présente quatre caractéristiques. Premièrement, elle vous est spécifique. Deuxièmement, vous avez le talent nécessaire pour l'exercer. Troisièmement, c'est quelque chose qui, lorsque vous le faites, vous procure un sentiment de plaisir et une énergie renouvelée. Quatrièmement, ne vous attendez pas à ce qu'il se révèle immédiatement. Il se peut que vous deviez suivre de nombreux chemins qui s'avèrent faux avant de trouver le vrai. »
En effet, la découverte et la réalisation de cette vocation nécessitent un énorme travail préparatoire ainsi que des « sacrifices » personnels extrêmement lourds :
« Novak cite Logan Pearsall Smith qui a dit : « Le test d'une vocation est la pleine acceptation des contraintes écrasantes qu'elle implique ». Toute véritable réussite exige une préparation éreintante. L'estimation la plus courante est de 10 000 heures de pratique approfondie. Êtes-vous prêt à payer ce prix ? Ce n'est pas un hasard si Vayikra commence par un appel, car il s'agit d'un livre sur les sacrifices, et la vocation implique des sacrifices. Nous sommes prêts à faire des sacrifices lorsque nous sentons que nous sommes appelés à jouer un rôle ou à accomplir une mission spécifique. »
A l’heure où le Beit Hamikdash n’existe plus et où la prophétie s’est éteinte, il devient plus difficile pour chacun de comprendre le sens de sa présence dans le monde. Saturés d’informations, de stimulations et « d’appels » parasites à suivre les modes et les injonctions de la société moderne, nous devons entreprendre un travail exigeant d’ascèse et de purification pour nous mettre à l’écoute de l’appel du divin et découvrir notre vocation véritable.
S’entourer des personnes capables de nous faire ressentir la puissance de notre lumière intérieure, tel est le chemin privilégié de la découverte de soi. Par exemple, le rav Jonathan Sacks confie avoir découvert sa vocation grâce à une rencontre avec le Rabbi Lubavitch, qui a aperçu dans ce jeune étudiant en philosophie l’image du futur grand rabbin qu’il allait devenir. Dans ma vie personnelle, c’est au contact de mes plus proches amis, de ma famille et en particulier de mon épouse Nathalie que je parviens à ressentir ma lumière intérieure. Aider ses semblables à découvrir leur vocation, c’est justement devenu la vocation de Nathalie depuis qu’elle a commencé à écouter l’appel de sa voix intérieure il y a près de cinq ans... A chaque fois qu’elle aide une personne à devenir qui elle est, j’ai un peu l’impression d’assister à une nouvelle naissance, à une délivrance individuelle qui prépare le chemin de notre Délivrance collective…
En effet, comme l’explique Jonathan Sacks, c’est dans le travail parfois difficile, long et semé d’obstacles de la découverte de soi que réside la clé de notre réussite aussi bien individuelle que collective :
« Pour chacun d'entre nous, Dieu a prévu une tâche à accomplir : un travail à effectuer, une gentillesse à manifester, un don à faire, un amour à partager, une solitude à soulager, une douleur à guérir ou une vie brisée à réparer. C'est en découvrant cette tâche, en entendant l'appel de Dieu, que l'on donne un sens et un but à sa vie. Lorsque ce que nous voulons faire coïncide avec ce qui doit être fait, c'est là que nous ressentons que nous sommes à la place où Dieu veut que nous soyons. »
Plus nous serons nombreux à comprendre et à prendre la place que Dieu a prévu pour nous dans ce monde, plus nous permettrons à Dieu d’y prendre la sienne pour y assurer notre libération définitive.


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