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Paracha Vayetse : Yossef, ou la figure du retour à Tsion

  • steveohana5
  • 6 déc. 2024
  • 8 min de lecture

La paracha Vayetse va faire apparaître les thèmes de l’exil et du retour à Tsion à travers la figure de Yossef. Yossef va jouer un rôle fondamental dans la construction de l’identité nationale du peuple juif et dans la délivrance finale de l’humanité, par la synthèse qu’il opère entre les pôles de la matérialité et de la spiritualité. La prophétie d’Ezechiel nous éclaire sur l’enjeu de la période actuelle, où les deux « branches » de l’identité juive incarnées par Yehuda et Yossef sont appelées à se réunir pour ne plus former qu’un seul arbre enraciné dans la terre d’Israël.


Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre

A la fin de la paracha précédente, Rivka et Yitzhak demandent à Ya’akov de quitter la terre d’Israël. La motivation de Rivka est de protéger Ya’akov des intentions malveillantes d’Essav, qui lui voue une haine irréductible depuis ce qu’il considère comme le « vol » par Ya’akov de la bénédiction paternelle. Yitzhak justifie, quant à lui, cet exil par la nécessité pour Ya’akov de choisir une femme parmi les filles de son oncle Lavan et d’engendrer ce qui deviendra la nation d’Israël.


C’est lors de l’exil de Ya’akov à 'Haran que vont être générées onze des douze tribus de la nation d’Israël : six fils avec Léa, la fille aînée de Lavan, deux fils avec Bilhah, servante de Ra’hel, deux fils avec Zilpa, servante de Léa, et finalement un fils Yossef avec Ra’hel, la seconde fille de Lavan.


Et c’est seulement à la naissance de Yossef, que Ya’akov se sent prêt à rentrer en terre d’Israël pour y affronter ‘Essav. Voici comment la Torah nous décrit ce moment décisif de l’histoire de la nation d’Israël (Berechit, 30 :22-25) :

Vayizkor elohim et ra’hel vayishma’ eleha elohim vayifta’h et re’hma

Le Seigneur se souvint de Ra’hel : il l'exauça et donna la fécondité à son sein.

Vatahar vateled ben vatomer asaf Elohim et ‘herfati

Elle conçut et enfanta un fils ; et elle dit : "Dieu a effacé ma honte."

Vatikra et chemo yosef lemor : yosef adonay li ben a’her

Elle énonça son nom Yossef, en disant "Dieu veuille me donner encore un second fils !"

Vayehi caasher yaldah ra’hel et yosef vayomer ya’akov el lavan shal’heni veelkha el mekomi ouleartsi

Or, après que Ra’hel eut donné le jour à Yossef, Ya’akov dit à Lavan : « Laisse-moi partir, que je retourne chez moi, dans mon pays »

 

Rachi, dans son commentaire, nous explique le lien entre la naissance de Yosef et la fin de l’exil de Ya’akov : « Yossef est né adversaire de ‘Essav : « la maison de Ya‘akov sera feu, la maison de Yossef flamme, et la maison de ‘Essav, paille » (‘Ovadya 1, 18). Un feu qui ne produit pas de flamme est sans action à distance. Lorsque Yossef est né, Ya’akov a été assuré que le Saint béni soit-Il lui donnerait la victoire et il a pris la décision de rentrer chez lui. »


Dans notre commentaire de la paracha Toledot, nous avons vu que ‘Essav représentait la vocation matérielle et Ya’akov la vocation spirituelle. Les deux frères, selon le rêve de leur père Yitzhak, étaient destinés à travailler de concert pour réunir matérialité et spiritualité, et dévoiler ainsi la lumière divine dans ce monde. Cependant, cette alliance des deux vocations n’a pas été possible et Rivka, par une intuition prophétique, a permis d’assurer la continuité de l’Alliance divine entre Dieu et Avraham en faisant en sorte que Ya’akov hérite des deux vocations simultanément.


Mais la personnalité de Ya’akov reste prise dans une dualité entre matériel et spirituel, dualité qui est représentée par le rêve de l’échelle au début de notre paracha ainsi que par les deux sœurs Léa et Ra’hel, ses épouses successives : tandis que Léa, la sœur aînée, représente le pôle de la spiritualité et de l’intériorité, Ra’hel représente celui de la matérialité et de l’extériorité. Ya’akov est épris de Ra’hel mais, par une ruse de Lavan, c’est Léa qu’il épouse en premier.


Le message qui nous est envoyé ici est très profond. Ame incarnée dans une enveloppe charnelle, l’homme est perpétuellement pris dans une contradiction entre ses pulsions charnelles et sa vocation spirituelle. Ra’hel, par son immense beauté et son ancrage dans la matière, séduit immédiatement Ya’akov, un peu à la manière dont deux pôles opposés s’attirent, mais cet amour ne pourra donner ses fruits qu’après une double épreuve de sanctification, qui comprendra les enfantements de Léa et la stérilité de Ra’hel.


En effet, par un retournement très riche de sens, c’est Léa, incarnant le pôle de la spiritualité et de l’intériorité, qui va connaître l’épreuve de l’incarnation dans la matière en enfantant les six premières tribus d’Israël, dont la tribu de Yehuda, à laquelle appartiennent le roi David et le Machia’h.


De son côté, Ra’hel, qui est le pôle de l’incarnation, devra d’abord apprendre à développer son intériorité avant de pouvoir enfanter. Quand Ra’hel supplie Ya’akov de la rendre mère, il lui fait comprendre qu’elle doit rentrer en relation avec Dieu à travers ces mots très durs : "Suis-je à la place de Dieu, qui t'a refusé la fécondité ?" (Berechit, 30 :2)


De cette double réparation, va sortir Yossef, dont le nom suggère « l’addition », l’assemblage des contraires. Ce n’est qu’après la naissance de Yossef que le peuple d’Israël va naître, en tant que réceptacle de la lumière du divin dans le monde de la Création. En effet, Yossef amène trois tikounim (« réparations ») nécessaires à la réalisation de la vocation d’Israël pour l’humanité[1].


Premièrement, après l’échec des deux premières fratries Yishma’el/Yitzhak et ‘Essav/Ya’akov, Yossef va finalement apporter le début du tikoun de la relation fraternelle[2], tikoun qui, depuis le meurtre d’Evel par son frère aîné Qaïn, constitue le principal but du projet divin pour l’humanité: c’est la première fois, en effet, que la naissance d’un fils aîné annonce la perspective heureuse de l’addition d’un deuxième fils (yosef adonay li ben a’her – Que Dieu m’ajoute un deuxième fils, verset 30 :24 cité plus haut). Plus tard, dans les parachiot finales du livre de Berechit, Yossef va se montrer capable d’un pardon authentique envers ses frères (qui pourtant l’ont vendu), pardon dont ne sera pas capable ‘Essav vis-à-vis de Ya’akov.


D’autre part, Yossef, par sa capacité à conjuguer sans contradiction beauté et sainteté, sciences et spiritualité, particulier et universel, va parvenir à résoudre la dualité entre le matérialisme de son oncle ‘Essav et la spiritualité de son père Ya’akov. Si l’intériorité de Yehuda va assurer la survie du peuple juif à travers l’expérience douloureuse de l’exil, c’est l’identité « yossefique » qui va permettre l’incarnation des valeurs du divin dans un Etat, une organisation économique et une armée à son retour d’exil. C’est ainsi que Yossef a la même guematria que Tsion (156), racine dont dérive le mot « sionisme » et qui renvoie donc à la dimension nationale du peuple juif. Yossef ne cessera d’ailleurs jamais de se définir comme « hébreu » dans toutes les phases, sombres et dorées, de son exil égyptien et il sera finalement enterré en terre d’Israël.  


Enfin, Yossef et son frère Benyamin (deuxième fils de Ra’hel), présentent une autre particularité qui va leur permettre de triompher des ennemis héréditaires d’Israël[3]. Comme nous l’avons vu dans notre commentaire de la paracha Toledot, le principal mérite de ’Essav, qui lui permis de ne pas être assujetti à Israël, est l’immense respect qu’il vouait à son père Yitzhak. En raison de ce grand respect, il a combattu son intense colère de toutes ses forces et a repoussé son projet de tuer Ya’akov afin que son père ne soit pas peiné. En revanche, dans la paracha Vayéchev, les frères de Yossef n'ont pas pris en compte le fait que sa vente causerait un immense chagrin à leur père Ya’akov, ni n'ont surmonté leur colère par respect pour leur père. Par conséquent, chaque fois qu'une des tribus s'est levée pour combattre la descendance de ‘Essav, elle ne put être victorieuse, car une grande accusation survenait dans le ciel : pourquoi aider cette tribu à vaincre ‘Essav, puisqu'elle n'a pas fait mieux que lui et que ‘Essav a vaincu sa colère et a eu pitié de son père Yitzhak, alors qu'elle n'a pas eu pitié de son père Ya’akov ? C’est pourquoi Yossef et de Benyamin, qui ont toujours eu un comportement exemplaire vis-à-vis de leur père Ya’akov, vont représenter l’antidote à ‘Essav et son petit-fils Amalek tout au long de l’histoire de notre peuple :

·       Lors de la première guerre contre Amalek, juste après la sortie d’Egypte, c’est Yehoshua, membre de la tribu d’Ephraïm (fils aîné de Yossef), qui est chargé de mener le combat.

·       Puis, c’est le premier roi d’Israël Chaoul, membre de la tribu de Benyamin, qui est chargé de tuer le roi Amalécite Agag.

·       Son excès de compassion vis-à-vis du roi Agag lui coûtera la royauté et sera à l’origine de la naissance de Haman (un descendant de Agag), que deux membres de la tribu de Benyamin (Esther et Mordechaï) vont finalement parvenir à neutraliser…


Peut-être n’est-ce pas un hasard si, dans notre histoire plus récente, c’est encore un Benyamin (Theodore Herzl) qui sortit le peuple juif de ses 2000 ans d’exil au sein des Nations, et, si aujourd’hui, c’est un autre Benyamin qui conduit la guerre finale contre Amalek

 

Le chapitre 37 d’Ezechiel décrit magnifiquement les caractéristiques de la période messianique que nous vivons actuellement. Puisse-t-il nous inspirer pour surmonter nos divisions intérieures et apporter à l’humanité la délivrance :

  « Fils d’homme, prends un morceau de bois, écris dessus : “Yehuda et les fils d’Israël qui lui sont rattachés.” Prends un autre morceau de bois, écris dessus : “Yossef, bois d’Éphraïm, et toute la maison d’Israël qui lui est rattachée.”

Rapproche ces morceaux pour faire un seul morceau de bois ; ils ne feront plus qu’un dans ta main.

Lorsque les fils de ton peuple te demanderont : “Explique-nous donc ce que tu fais”,

Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais prendre le morceau de bois qui représente Yossef, et les tribus d’Israël qui lui sont rattachées ; je vais le joindre au bois qui représente Yehuda. Je les réunirai ; ils n’en feront plus qu’un seul dans ma main.

Et les morceaux de bois sur lesquels tu auras écrit seront dans ta main, sous leurs yeux.

Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Je vais prendre les fils d’Israël parmi les nations où ils sont allés. Je les rassemblerai de partout et les ramènerai sur leur terre.

J’en ferai une seule nation dans le pays, sur les montagnes d’Israël. Ils n’auront tous qu’un seul roi ; ils ne formeront plus deux nations ; ils ne seront plus divisés en deux royaumes [allusion aux royaumes d’Israël et de Yehuda à l’époque du premier temple].

Ils ne se rendront plus impurs avec leurs idoles immondes et leurs horreurs, avec toutes leurs révoltes. Je les sauverai en les retirant de tous les lieux où ils habitent et où ils ont péché, je les purifierai. Alors ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu.

Mon serviteur David régnera sur eux ; ils n’auront tous qu’un seul berger ; ils marcheront selon mes ordonnances, ils garderont mes décrets et les mettront en pratique.

Ils habiteront le pays que j’ai donné à mon serviteur Ya’akov, le pays que leurs pères ont habité. Ils l’habiteront, eux-mêmes et leurs fils, et les fils de leurs fils pour toujours. David, mon serviteur, sera leur prince pour toujours.

Je conclurai avec eux une alliance de paix, une alliance éternelle. Je les rétablirai, je les multiplierai, je mettrai mon sanctuaire au milieu d’eux pour toujours.

Ma demeure sera chez eux, je serai leur Dieu et ils seront mon peuple.

Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur, celui qui sanctifie Israël, lorsque mon sanctuaire sera au milieu d’eux pour toujours. »

 


[1] C’est ainsi que nos prophéties expliquent que le Machia’h Ben David ne pourra arriver qu’après le travail préparatoire du Machia’h Ben Yossef (qui, contrairement au Machia’h Ben David, peut être incarné par plusieurs personnes à la fois). Dans l’arbre des sephirot inférieures, Yossef incarne la sixième sephira du Yesod (fondement), qui assemble les cinq sephirot situées au-dessus d’elle (‘hesed, guevoura, tiferet, netsa’h et hod), et les transmet à la septième sephira (la plus basse), celle de la Malkhout (royauté incarnée par le Machia’h Ben David).

[2] Cependant, la division de la Nation d’Israël en deux, à laquelle fait référence la prophétie d’Ezechiel citée à la fin de ce commentaire, montre que la réparation initiée par Yossef ne sera complète qu’à la fin des temps.

 
 
 

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