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Paracha Vayechev : l’engendrement du Machia’h

  • steveohana5
  • 20 déc. 2024
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 déc. 2024

 

La paracha Vayeshev relate l’engendrement de la lignée paternelle du roi David, à l’ombre de l’histoire de Yossef. Cet engendrement apparaît comme une « percée », où impureté et sainteté se rejoignent dans des circonstances qui apparaissent à première vue « fortuites », mais qui constituent justement le caractère propre du dévoilement messianique. Le dernier Rabbi de Loubavitch voit dans cette paracha un lien direct et puissant entre la délivrance universelle et la purification de la France. Cette prophétie donne un message d’espérance en cette veille de ‘Hanoukah, où le « pays dit des Lumières » apparaît plongé dans l’obscurité.



Dos de la pièce de 10 shekels (inspiré des pièces de l'époque hasmonéenne), avec un dattier à sept branches et la mention "לגאולת ציון" ("pour la délivrance de Tsion") en hébreu ancien et moderne
Dos de la pièce de 10 shekels (inspiré des pièces de l'époque hasmonéenne), avec un dattier à sept branches et la mention "לגאלת ציון" ("pour la délivrance de Tsion") en hébreu ancien et moderne

 

Les quatre dernières parachiot du livre de Berechit (Vayechev, Miketz, Vayigach, Vaye’hi) nous racontent l’histoire de Yossef : d’abord, la rivalité avec ses dix frères aînés, puis sa vente, son exil égyptien et finalement les retrouvailles et la réconciliation familiales en Egypte.


Si la Torah consacre autant d’importance au personnage de Yossef, c’est parce qu’il représente un instrument essentiel du dévoilement messianique.


Yossef (qui sera nommé Yossef hatsadik à l’issue de cette paracha) représente en effet la sephira du Yessod (la fondation), celle qui va synthétiser les cinq sephirot précédentes et grâce à laquelle la lumière divine va pouvoir se dévoiler dans la dernière sephira, celle de la Malkhout (Machia’h ben David, issu de la tribu de Yehuda).


C’est donc naturellement à l’ombre de Yossef, entre le récit de sa vente par ses frères et celui de son arrivée en Egypte, que va s’intercaler le récit de la naissance de Peretz, dont va être issue la lignée paternelle du roi David :

« II arriva, en ce temps-là, que Yehuda s'éloigna de ses frères et s'achemina vers un habitant d'Adoullam, nommé Hira. » (Berechit, 38 :1).


Yehuda, après s’être « éloigné de ses frères », se marie avec une cananéenne « fille de Choua ». De ce mariage, sont issus trois fils Er, Onan et Chela. Er épouse Thamar, dont le Midrach nous apprend qu’elle est une descendante de Shem, fils de Noa’h.


Le nom Thamar-תמר signifie alternativement l’arbre ou le fruit du palmier (datte).  Le dattier, à la différence des autres arbres, croît de façon verticale, s’élançant vers le Ciel à la façon des Justes : « Le juste fleurira comme le dattier », peut-on lire ainsi dans le Tehilim, 92 :3. Philon d’Alexandrie rapporte que Thamar fut élevée dans un milieu d’idolâtres, mais qu’elle se convertit à la croyance du Dieu-Un (comme confirmé dans Sota 10a). A son sujet, Yehuda dira : « Tsadeka Mimeni » - elle est plus juste que moi (38 :26).


Ensuite, Er meurt et, en vertu de la loi du lévirat[1], Thamar épouse son beau-frère Onan, qui, pour ne pas donner de postérité à son frère, « avait avec elle des rapports incomplets et répandait la matière séminale à l’extérieur » (Rachi). Onan meurt lui aussi à la suite de cette conduite qui « déplut au Seigneur ». Chela ayant peur de subir auprès de Thamar le même sort que ses deux frères, Yehuda et Thamar se retrouvèrent sans descendance.


Et c’est par un enchaînement de circonstances improbables que va finalement apparaître la lignée paternelle du roi David : Thamar va se déguiser en prostituée pour pouvoir donner à Yehuda une descendance, à l’origine de la lignée paternelle du roi David.


Ainsi, l’ascendance paternelle du roi David fut entachée d’un double péché : l’union de Yehuda avec une cananéenne, dont ne sortira aucun fruit, puis son union défendue avec sa belle-fille, déguisée en prostituée, dont est issue Peretz, ancêtre du roi David. Du côté de l’ascendance maternelle, la lignée du roi David remonte à la ville perverse de Sodome : Loth, dans une union incestueuse avec sa fille, donne naissance à Moav, dont est issue Ruth, qui deviendra l’arrière-grand-mère du roi David après son union avec Boaz.


Le Maharal de Prague, au chapitre 32 de son livre Netsa’h Israël, se demande pourquoi la lignée du Machia’h est si entachée de difficultés et de « fautes ».

Plusieurs explications sont proposées par nos maîtres :

1.       Le Zohar explique que la naissance du Machia’h doit se faire en secret, en la dissimulant dans des fautes.  De cette manière, elle est protégée des yeux du Satan, dont le désir est d’accuser et d’attaquer la lignée du Machia’h pour empêcher sa venue.

2.       Le Rosh (Rabbi Asher Ben Yechiel, qui vécut entre Cologne et Tolède au 13ème siècle) explique quant à lui que le futur rédempteur de l’humanité doit, pour comprendre les hommes de toute race, ainsi que leur état d’âme, et pour être capable de les enflammer pour l’amour de Dieu, porter dans ses veines une goutte de sang non-juif. Il doit aussi, pour être le suprême arbitre de la justice et de l’amour d’autrui, avoir connu la faute et le péché dans les rangs de sa propre famille. 


La paracha nous fournit une autre indication sur la personnalité du Machia’h, à travers le nom de Peretz – פרץ.

Ce mot est directement associé au Machia’h, comme le révèle ce passage de la prophétie de Michée מיכה 2:12-13, où apparaît également la connexion du dévoilement messianique avec le personnage de Yossef, chargé de la fonction de rassembler les Juifs dispersés en exil parmi les Nations :

Assaf heessof ya’akov koulakh

Je te rassemblerai tout entier, ô Ya’akov!

akabetz sheerit Yisrael ya’had ashimenou ketson betsara: ke’heder betokh advaro tehimena meadam

Je rassemblerai les restes d'Israël, Je les réunirai comme les brebis d'une bergerie, Comme le troupeau dans son pâturage; Il y aura un grand bruit d'hommes.

‘ala a poretz lifnehem partsou veya’avrou cha’ar vayetsou bo vaya’avor malkam lifnehem vayadonaï berocham

Celui qui fera la percée montera devant eux; Ils feront la percée, franchiront la porte et en sortiront. Leur roi marchera devant eux, Et l'Éternel sera à leur tête.


Dans le mot « peretz », on reconnaît phonétiquement le mot français « percer ». Le Machia’h est en effet celui qui introduira une rupture, une « percée » dans le monde. Comme la plupart des innovations scientifiques, cette percée va provenir de « croisements » inédits et apparemment « fortuits » entre des idées ou des valeurs d'apparence contradictoires : c’est par une liaison avec ce qu’il croit être une « prostituée », que Yehuda va engendrer avec Thamar la lignée paternelle du roi David.  Quand Yehuda rencontre « la prostituée » Thamar, elle est qualifiée de זונה-zona (verset 28 :15), puis quand il tente de la retrouver pour lui remettre le chevreau qu’il lui avait promis et récupérer ses gages, celle qui porte désormais en elle la lignée du roi David est alors qualifiée de קדשה- kedecha » (verset 21), où l’on reconnaît la racine de kedoucha (sainteté).


Dans le mot פרץ, on reconnaît également les consonnes « FRC », qui forment la racine du mot « France »[2]. C’est la raison pour laquelle le Rabbi Menden Schneerson (dernier Rabbi de Loubavitch) consacre en 1991 son commentaire de la paracha Vayeshev au thème de la contribution de la France au dévoilement messianique[3].


Dans la paracha Vayetse, que nous avons lue il y a deux semaines, le mot פרצת – paratsta, anagramme de צרפת (et traduit par « tu perceras [au couchant et au levant, au Nord et au midi]»), est adressé par Dieu à Ya’akov dans le célèbre rêve de l’échelle. Sa valeur numérique 770, souligne le Rabbi, évoque la plénitude du chiffre 7, chiffre qui se rattache à la Malkhout, sefira du Machia’h.


« Tsarfat » est en outre lié avec le mot tsirouf, « purification », comme il est écrit au sujet de la Délivrance « Beaucoup seront triés, épurés et passés au creuset (« yitsarfou ») (Daniel 12 :10). Pour le Rabbi, le raffinement du monde atteindra sa perfection lorsque le peuple Juif parviendra à l’achèvement du raffinement et de la purification de la France. La Klipa (écorce) de la France est en effet la plus basse et la plus grossière parmi toutes les Klipot, et ce depuis la Révolution Française, où la France a tenté de remplacer l’idéal divin par un idéal « humaniste » centré sur les « lumières de la Raison humaine ». 


L’ange protecteur de la France (שר- sar) - en tout cas celui qu'elle s'est choisie- est l’ange מיכאל (littéralement « qui est comme Dieu »), que les Français connaissent sous le nom de « Saint Michel ». De façon très significative, Léon Askénazi nous apprend qu’il s’agit également de l’ange protecteur d’Israël « quand Israël n’est pas vraiment Israël »[4] (en général, la protection d’Israël est assurée par Hakadosh Baroukh Hou lui-même). Mon maître le rav Yoël Benharrouche enseigne que cet ange a été « mangé » il y a déjà quelques temps par l’ange d’une entité plus grosse (l’Europe), ce qui ne permet plus à la France d’assumer son « génie » spécifique.


La crise identitaire profonde dans laquelle est plongée aujourd’hui la France, qui coïncide avec les « percées » militaires d’Israël au « couchant et au levant, au Nord et au midi » est-elle le signal de sa « purification » rédemptrice ?

 

 

 

 

 


[1] type particulier de mariage où un frère d'un défunt épouse sa veuve afin de poursuivre la lignée de sa famille. Les enfants issus de ce remariage ont le même statut que les enfants du premier mari.

[2] Il est d’ailleurs probable que cette consonnance entre צרפת (lue à l’envers) et « FRC » ait conduit Rachi (habitant à Troyes) à identifier le pays « tsarfat » évoqué par le prophète Ovadia dans sa prophétie messianique (lue dans la haftara de la semaine dernière) : « Et les exilés de cette légion d'enfants d'Israël, répandus depuis Canaan jusqu'à Tsarfat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Sefarad, possèderont les villes du Midi. Et des libérateurs monteront sur la montagne de Sion, pour se faire les justiciers du mont de ‘Essav; et la royauté appartiendra à l'Eternel. » (Ovadia, 1 :20)

 
 
 

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