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Paracha Vaet’hanan : l’unité divine en marche vers les nations

  • steveohana5
  • 7 août 2025
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 8 août 2025


Le Shema Israël proclame une vérité universelle : Dieu est Un pour Israël et pour toutes les nations à venir. Aujourd’hui, des âmes du monde entier se tournent vers cette lumière, tandis que l’opposition, fruit d’une culpabilité profonde, se fait plus bruyante. Comme l’enseigne le Rav Kook, même la klipa cache une lumière prête à se révéler. Notre force réside en Israël, État vivant et protecteur, à la fois cible de toutes les attaques et réponse concrète aux épreuves passées. Ainsi, malgré les ténèbres, l’espérance divine grandit, appelant chacun à porter la lumière avec courage.


Rachel’s Prayer for the Sons of Israel, by Alex Levin
Rachel’s Prayer for the Sons of Israel, by Alex Levin

Il est des versets qui traversent les siècles et font vibrer l’âme d’Israël à chaque génération. Le Shema Israël — « Écoute, Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un » (Devarim, 6 :4) — est de ceux-là. On le prononce matin et soir, on le chante, on le murmure à l’heure de la mort. Il est notre drapeau spirituel.


Mais que dit-il exactement ?


Rachi, dans son commentaire lumineux, nous révèle que ce verset contient une tension prophétique :« Aujourd’hui, Dieu est notre Dieu — à nous, Israël — et non pas encore celui des nations. Mais à l’avenir, Il sera Un pour tous. »


Autrement dit : le Shema n’est pas seulement une déclaration de foi intérieure. C’est un cri prophétique adressé au monde entier, un appel à la reconnaissance universelle du Dieu d’Israël.C’est une vérité qui commence dans l’intimité d’un peuple mais qui est destinée, un jour, à illuminer l’humanité tout entière.


À première vue, cela peut sembler idéaliste. Mais en y regardant de plus près, les signes de cette reconnaissance apparaissent sous nos yeux.


Partout dans le monde, des hommes et des femmes se tournent vers la Torah comme source de sagesse et de vérité. Les principes issus de la Torah (monothéisme, justice, dignité humaine, repos du Shabbat) sont devenus des repères moraux pour des milliards de personnes.


Des non-Juifs, sur tous les continents, étudient la Torah, observent les lois noahides, prient pour Israël. Ils se définissent comme « Bnei Noah », fils de Noé, porteurs d’une alliance morale universelle. Le phénomène est discret mais profond. Il ne s’agit pas de conversion, mais d’un rapprochement sincère vers le Dieu d’Israël.


Et que dire du retour du peuple juif sur sa terre, de la renaissance de l’hébreu, des pèlerinages à Jérusalem, de la soif spirituelle que suscite la voix d’Israël ? Ce ne sont pas seulement des faits géopolitiques : ce sont des signes messianiques, des germes de cette promesse contenue dans le Shema.


Ce matin même, une amie non-juive d’origine bordelaise en vacances à Prague m’a écrit. En visitant le vieux cimetière juif, elle découvre, émue, que le nom de sa grand-mère (Hayet) pourrait être d’origine juive marocaine ! Depuis près de dix ans, elle est attirée, presque appelée, par le peuple juif : études, rencontres, intériorité... Mais cette découverte, dans un lieu aussi chargé d’histoire, agit comme une confirmation mystérieuse, une étape de plus dans un chemin silencieux mais profond : « Je suis prise d’un vertige et les larmes me viennent. », m’a-t-elle confié à la suite de cette visite.


C’est une histoire parmi tant d’autres. Mais elle dit quelque chose de notre époque. Des âmes se réveillent, se reconnectent à une mémoire oubliée, à une lumière ancestrale. Sans tapage. Sans drapeau. Mais avec sincérité.


Et pourtant, ce processus ne se déroule pas sans douleurs. Car plus la lumière d’Israël s’affirme, plus elle provoque des résistances.

D’un côté, des personnes comme mon amie bordelaise, se réveillent, et des nations se reconnectent à leur sainteté, en reconnaissant la grandeur d’Israël, à l’instar du Maroc, des Emirats Arabes Unis, du Bahreïn, de nombreux pays d’Afrique subsaharienne (Rwanda, Kenya, Ghana…), de l'Argentine, de l'Azerbaïdjan, de l’Inde, mais aussi de plusieurs pays d'Europe comme la République tchèque, la Hongrie, l'Allemagne, l'Estonie…


De l’autre, des forces spirituelles, souvent travesties en postures politiques, idéologiques ou morales, cherchent à délégitimer Israël, à nier sa vocation, à le faire taire.


Pourquoi ? Quelle est l’origine de cette opposition si féroce, parfois irrationnelle, à la lumière que représente Israël ?


Une réponse édifiante est apportée par David Saada, dans son ouvrage La Trace du Sinaï[1]. Selon lui, cette hostilité trouve ses racines dans une culpabilité profonde, souvent inconsciente, ressentie par l’humanité face à l'appel du Sinaï qu'elle a refusé.


Le refus du Dieu d’Israël, la tentative d’effacer ou de remplacer Son peuple, provoquent en retour une haine de soi refoulée, qui se transforme en rejet violent de celui qui rappelle cette vérité rejetée. Ainsi, Israël ne dérange pas tant par ce qu’il fait, mais par ce qu’il incarne : un rappel vivant du pacte divin, de la responsabilité morale, de la sainteté possible.


Mais il faut aller plus loin. Cette opposition elle-même, aussi bruyante soit-elle, n’est peut-être qu’une klipa, une écorce rugueuse recouvrant une réalité bien plus lumineuse.


C’est ici que l’on peut faire le lien avec un enseignement profond du Rav Kook, qui nous aide à penser la présence du mal – ou plus précisément, de la klipa, cette écorce spirituelle qui semble cacher la lumière divine :

"Nous voyons le mal en chaque individu et dans la vie de la société humaine. Nous constatons qu’avec toute sa négativité et sa méchanceté, il a un but — un but temporaire. Le mal contient un pouvoir particulier, la puissance de la volonté et la profondeur de la vie. Ce sont des composants nécessaires pour parfaire la vertu et la bonté. Et il nous est assuré qu’en fin de compte, le mal disparaîtra. L’individu sera parfait et la société sera parfaite. Alors tout reposera sur le fondement du bien. Le mal s’évaporera, et le désir du mal, la colère, le meurtre, la vulgarité, et toutes leurs ramifications s’évaporeront comme de la fumée.

Le même processus s’applique au monde entier.

Sans aucun doute, ce pouvoir du mal qui aspire au mal provoque des bouleversements dans le monde. Il règne et se remplit de force, tous les jours du mal, tant que le monde requiert ces bouleversements mauvais. Le malfaiteur universel désire, avec toutes ses branches, exterminer et détruire, empoisonner et polluer, assombrir et noircir, séparer et faire exploser. Et il étend son mal jusqu’au temps ultime, jusqu’à ce que le monde soit parfait, jusqu’à ce qu’un esprit nouveau, un esprit de vie pure, souffle sur les êtres humains, lorsque des âmes saintes s’éveilleront à l’œuvre de la véritable libération, et trouveront refuge dans le royaume des saints suprêmes.

Tout ce qui est mentionné dans les paroles des sages — tous leurs propos énigmatiques sur le mal et son existence, sur son pouvoir temporaire et sa force, sur sa destruction et son anéantissement à la fin des temps — tout cela est scellé dans un écrit de vérité."(Orot HaKodesh, vol. III, p. 478)


Cette vision bouleversante affirme que le mal n’est pas absolu, qu’il n’est jamais une fin en soi. Même les forces les plus sombres contiennent une lumière qui attend d’être révélée. Ce n’est pas un appel à tolérer le mal, mais à lui résister avec confiance, avec la certitude qu’il sert un dessein plus grand, celui de la réparation du monde.


Aujourd’hui, de nombreux Juifs de diaspora (et même certains Juifs d’Israël) ressentent une inquiétude profonde face à la montée d’une hostilité ouverte, parfois violente, contre Israël et contre les Juifs eux-mêmes (que cet Etat représente quoiqu'ils disent ou fassent). Cette hostilité prend souvent un masque moral : celui de la "justice", des "droits", de "l’humanisme". C’est une klipa particulièrement perverse et déstabilisante, car elle prétend incarner le bien tout en visant à affaiblir et délégitimer Israël, qui est le vecteur même du bien dans ce monde.


Mais précisément, notre consolation, notre force, c’est qu’aujourd’hui Israël, ce pays dans lequel Moshé supplie Dieu sans succès de le faire entrer[2], existe. Ce n’est plus l’époque des pogroms sans refuge, ni de la Shoah sans issue. Israël est là, et il nous protège, et c’est du fait de cette protection que ce pilier central de l’identité juive moderne est aujourd’hui attaqué. Et, d'une façon lumineuse quoique paradoxale, c'est cette attaque même qui fait avancer notre délivrance collective: plus l'antisionisme se développe et menace l'existence des Juifs de diaspora, plus leur lien avec Israël et la légitimité même du sionisme et d'Israël en tant que foyer national du peuple juif se trouvent renforcés...

Ce simple fait transforme radicalement notre rapport à la klipa: nous ne sommes plus des victimes passives, mais des acteurs de premier plan de l'histoire qui s'écrit. Et à l’image de Moshé, nous pouvons répondre par la parole, par l’éducation, par l’action (voir le dvar torah de la semaine dernière sur Devarim), et surtout par la confiance dans la lumière cachée derrière l’obscurité.


La haftara de Vaet'hanan vient confirmer cela : "Consolez, consolez mon peuple (Naḥamu naḥamu ami)… Parlez au cœur de Jérusalem et criez lui que sa servitude est finie, que sa faute est expiée," (Isaïe 40:1–2). C’est une invitation à parler avec amour, à rappeler que Dieu n’abandonne jamais son peuple, que l’histoire d’Israël a un sens, et que ce sens triomphe toujours des apparences.


C’est pourquoi ce Shabbat Nahamu (le shabbat qui suit immédiatement le 9 av, et qui est nommé d’après le premier mot de la haftara) est un moment si fort : c’est le point de bascule, le passage des larmes à l’espérance. Non pas une espérance naïve, mais une espérance enracinée dans la promesse divine, dans l’histoire millénaire, et dans l’existence même de l’État d’Israël.


Alors même si la klipa est bruyante, même si le doute nous gagne parfois, rappelons-nous que le bien est en marche. Il ne demande qu’à être révélé. Et cela commence par un geste, une parole, une lumière allumée dans nos foyers.


Et nous, que devons-nous faire ?

Face à ce basculement, nous avons un rôle immense :

·        Ne pas avoir honte d’affirmer que Dieu existe, qu’Il est Un, qu’Il agit dans l’histoire.

·        Vivre avec dignité, fidélité et lumière, pour être des témoins crédibles du message que nous portons.

·        Accueillir les justes parmi les nations, ceux qui cherchent sincèrement Dieu, sans arrogance ni fermeture.

·        Et surtout : ne pas faiblir, même quand le monde semble nous être hostile et se déliter.


Le Shema Israël n’est pas une prière de repli. C’est un appel à porter haut l’unité divine dans un monde fracturé. C’est un souffle d’espérance pour l’humanité. Et c’est une mission pour chacun d’entre nous.


Que nous soyons dignes de ce rôle. Que notre fidélité éclaire le monde. Et que vienne le jour où l’unité divine sera non plus seulement une vérité intime, mais une évidence partagée.

 



[1] David Saada, La Trace du Sinaï : les racines profondes de la judéophobie, (Bookelis, 2019)

[2] Versets Devarim 3 :24-25 de notre paracha : "Seigneur Éternel déjà tu as rendu ton serviteur témoin de ta grandeur et de la force de ton bras; et quelle est la puissance, dans le ciel ou sur la terre, qui pourrait imiter tes œuvres et tes merveilles? Ah! Laisse-moi traverser, que je voie cet heureux pays qui est au delà du Jourdain, cette belle montagne, et le Liban!"

 
 
 

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