Paracha Toledot : le rapprochement Essav-Yaakov, ou le rêve de Yitzhak enfin exaucé?
- steveohana5
- 29 nov. 2024
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Yitzhak rêve qu’Essav et Ya’akov travaillent en bonne entente, ‘Essav mettant sa maîtrise du monde de la matière au service des œuvres spirituelles de Ya’akov. Ce rêve, dont la réalisation fut impossible du vivant de Yitzhak, est-il finalement en passe de devenir réalité ?

La paracha Toledot est celle où va se former l’identité d’Israël, à travers la naissance de Ya’akov et ‘Essav.
Comme l’explique Léon Askénazi dans son commentaire de la paracha, Avraham, avant de donner naissance à Israël, doit se débarrasser de plusieurs écorces (« klipot ») provenant de son identité araméenne « galoutique » au sein de Babel.
L’identité d’Israël va se constituer par plusieurs « engendrements » (traduction du titre de notre paracha Toledot) successifs :
- Avram, l’araméen en exil à Babel, renoue avec son identité hébraïque en devenant Avraham l’hébreu, capable d’engendrer avec Sarah un nouvel héritier de l’identité hébraïque : Yitzhak. Yishma’el, fils d’Avram et Agar, représente une première « klipah » extérieure à l’identité hébraïque, qui doit être retirée à Avram pour permettre la continuation et le raffinement de l’identité abrahamique au travers de Yitzhak.
- Yitzhak s’unit ensuite à Rivka (qui est issue de l’identité araméenne, mais qui parvient à s’hébraïser au contact de Yitzhak). De cette union, sont issus deux jumeaux, Ya’akov et ‘Essav. ‘Essav représente une seconde « klipah », cette fois intérieure à l’identité hébraïque, qui doit se retirer à son tour pour permettre l’émergence de l’identité d’Israël au travers de Ya’akov.
Mais, pour que Ya’akov devienne Israël, il doit endosser certains attributs de ‘Essav qui lui font défaut. Attiré par le monde de la spiritualité, Ya’akov ne parvient pas à s’incarner véritablement dans le monde de la matière, où son frère ‘Essav se sent au contraire très à l’aise. Yitzhak, leur père, ne voit pas de contradiction a priori entre les deux mondes : il rêve qu’Essav et Ya’akov travaillent en bonne entente, ‘Essav mettant sa maîtrise du monde de la Nature au service des œuvres spirituelles de Ya’akov. C’est ce qui se passera d’ailleurs une génération plus tard avec la réconciliation de Yosef et Yehuda, qui préfigurent les deux Machia’h porteurs de la délivrance (Machia’h ben Yosef et Machia’h ben David)…
Mais Rivka, qui comprend qu‘Essav ne parviendra pas à maîtriser ses mauvais penchants, perçoit vite l’impossibilité et la dangerosité du rêve de Yitzhak. Ce-dernier, au lieu de mettre la matière au service du spirituel, va tenter d’instrumentaliser le spirituel au service de ses ambitions matérielles, à l’instar de l’Empire Romain et des Nations occidentales (que nos maîtres identifient comme les héritiers de ‘Essav), qui vont utiliser le christianisme pour asseoir leurs visées de domination. Cette récupération du christianisme par ‘Essav va donner lieu à une idéologie de substitution d’une violence inégalée à l’encontre d’Israël. Alors que la contestation de Yichma’el concerne essentiellement les droits d’Israël sur sa terre, celle d‘Essav a trait à l’identité-même d’Israël, car l’ambition d’Essav est de devenir Israël à la place de Ya’akov.
Comme l’explique Léon Askénazi :
« Dans le monde chrétien, le juif a eté interpellé sur un problème d’identité : le chrétien disputait au juif le fait d’être Israël. Le juif ashkénaze était interpellé par cette revendication. Ce n’a jamais été le cas du juif séfarade. Pour lui la rivalité porte sur la terre. C’est un tout autre problème. »
Rivka œuvre donc pour que le projet divin de réunification de l’esprit et la matière se réalise au travers d’un « Ya’akov augmenté » : elle fait en sorte que la bénédiction paternelle soit donnée à un « fils hybride » réunissant la « voix de Ya’akov » et les « mains d‘Essav », alliage qui constitue le germe de l’identité d’Israël (que nous verrons apparaître dans la paracha Vayichla’h).
Cette bénédiction porte à la fois sur les mondes de la matière et l’esprit (Berechit, 27 :28) :
Puisse-t-il t'enrichir, le Seigneur, de la rosée des cieux et des sucs de la terre, d'une abondance de moissons et de vendanges!
Que des peuples t'obéissent! Que des nations tombent à tes pieds! Sois le chef de tes frères et que les fils de ta mère se prosternent devant toi! Malédiction à qui te maudira et qui te bénira soit béni!"
Quand ‘Essav et Yitzhak se rendent compte que Ya’akov a reçu la bénédiction paternelle à la place de ‘Essav, ‘Essav crie et pleure de douleur et le père donne alors à son second fils une bénédiction très différente de la première, qui ne comporte que des aspects matériels, sans même la mention du Nom divin (Berechit, 27 :39 :40):
"Voici! une grasse contrée sera ton domaine et les cieux t'enverront leur rosée.
Mais tu ne vivras qu’à la pointe de ton épée; tu seras tributaire de ton frère. Pourtant, après avoir plié sous le joug, ton cou s’en affranchira."
Le Zohar prophétise que :
« de ces bénédictions, Ya’akov prit l’En-haut et ‘Essav l’En-bas. Mais, dans la suite, quand se lèvera le Roi Machia’h, Ya’akov prendra l’En-haut et l’En-bas et ‘Essav perdra tout, il n’aura plus ni part ni héritage, ni souvenir dans le monde […]. Car ‘Essav sera partout perdant ; Ya’akov, lui, héritera deux mondes, ce monde-ci et le monde à venir. »
Et le Zohar d’ajouter :
« les pleurs de ‘Essav [juste après la bénédiction donnée à Ya’akov] et le respect dont il entoure son père firent descendre Israël sous sa gouverne, jusqu’à ce que les Juifs se retournent vers Hachem, comme il est écrit : « Ils viendront avec des pleurs…Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, Et il le gardera comme le berger garde son troupeau.… » (Jérémie 31 :9-10) et se réalisera ce qui est annoncé : « Les sauvés monteront à la montagne de Sion pour juger la montagne de ‘Essav et Hachem sera la royauté » (Obadia 21). »
On voit depuis un siècle la réalisation de ces prophéties. Pendant les 2000 ans de l’exil de Rome, les fils de Ya’akov vont cultiver une identité de « galout » (exil) où le génie d’Israël n’eut pas la possibilité de s’incarner pleinement dans la matière. Avec la reconstitution de la Nation d’Israël sur sa terre (suite aux larmes de l’exil et des guerres d’Israël), la bénédiction matérielle reçue par Ya’akov s’est manifestée dans tout son éclat. Un peu plus d’un siècle après la naissance du sionisme politique, les « moissons et vendanges » de la Nation d’Israël sont visibles dans tous les domaines : agricole bien sûr, mais aussi scientifique, technologique, médical, militaire, diplomatique, artistique… Quant à la « rosée des cieux », elle arrose nos yechivot d’une effervescence inégalée dans l’histoire.
La chute de l’Empire de ‘Essav se réalise sous nos yeux, au moins en ce qui concerne l’Europe, berceau de la civilisation occidentale. Les Nations du Vieux Continent s’enfoncent dans une longue et douloureuse décadence, caractérisée par la submersion migratoire, le relativisme moral, le déclin des valeurs patriotiques et spirituelles, le triomphe du consumérisme et du technocratisme, la règne de la bien-pensance, la censure, l’oligarchie économique et politique, la corruption des élites, la dénatalité, la perte de la foi en l’avenir…
L’ « assujettissement d’Essav à Israël » est en gestation, avec la réélection de Donald Trump et l’essor dans toutes les sociétés occidentales de courants conservateurs puisant explicitement leur inspiration idéologique et spirituelle dans le modèle d’Israël et faisant de l’apologie d’Israël l’axe central de leur politique étrangère et domestique.
Le rêve de Yitzhak d’une réconciliation des deux frères Ya’akov et de ‘Essav, œuvrant de concert au service des valeurs du divin, est-il finalement en train de se réaliser ?


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