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Paracha Pin’has : de Pin’has au Machia’h, ou le chemin vers la paix parfaite

  • steveohana5
  • 26 juil. 2024
  • 6 min de lecture

 

Pin’has  est le premier « zélateur », mot qui en hébreu signifie « jaloux ». A travers la paracha de Pin’has, nous comprenons que le rôle du zélateur consiste à prendre en charge la « jalousie » de D.ieu pour rétablir la paix, d'abord entre D.ieu et les hommes, puis finalement entre les hommes eux-mêmes. La paix rétablie par Pin’has n’a été que partielle car son acte violent a été mal jugé par certains de ses frères juifs. Pin’has et le prophète Elie (annonciateur de la venue du Machia’h) sont en réalité identiques, comme nous l’enseignent nos maîtres. Inspiré par ces deux grandes figures qui n’en sont qu’une, notre zélateur Machia’h instituera (très bientôt B’H) une paix complète et définitive.



Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre

 

Pin’has est ce qu’on appelle un « zélateur », en hébreu קנאי-kanay qui se traduit par « jaloux ».


Pin’has, petit-fils d’Aharon, va manifester son « zèle » en tuant de sa propre initiative Zimri (grand prince de la tribu de Shim’on), qui fut le premier parmi les enfants d’Israël à se livrer à la débauche avec les filles de Midian. Ces femmes avaient été envoyées à l’initiative de Bil’am et Balak pour corrompre moralement et spirituellement le peuple d’Israël, après l’échec des tentatives de malédiction de Bil’am (voir paracha précédente). Le glaive de Pin’has transperce en même temps Zimri et la princesse Midianite Cozbi, qui se livraient à un acte de débauche à la vue de tous les enfants d’Israël.


Ce geste vaut à Pin’has non seulement:

  • le titre de prêtre (petit-fils d’Aharon mais non oint en même temps que les fils d’Aharon, il n’était que Levi avant cet acte et devient Cohen juste après)

  • mais également une « alliance de paix » (ברית שלום) avec D.ieu « parce qu’il a été zélé pour son D.ieu (« kine le elohav ») et qu’il a fait expiation sur les enfants d’Israël ». (Bamidbar, 25 :13)


Le mot utilisé pour définir le zèle en hébreu (kana) va nous permettre de mieux appréhender le sens de ce concept. En effet, ce mot va se trouver appliqué à D.ieu lui-même dans la paracha Yitro, au deuxième commandement relatif à l’interdiction de l’idolâtrie :


Lo tichtahave lahem velo ta’avdem ki anokhi adonay elohekha el kana poked ‘aon avot ‘al banim ‘al shloshim ve ‘al ribe’im le snay…


Tu ne te prosterneras pas devant elles [les idoles], tu ne les adoreras point, car moi L’Eternel ton D.ieu, je suis un D.ieu jaloux qui poursuis la faute des pères sur les enfants jusqu’à la troisième ou quatrième génération pour ceux qui me haïssent… (Exode, 20 :5)


Comme le fait remarquer Nahmanide, le terme de « jalousie » n’est employé qu’à l’égard des enfants d’Israël, à l’exclusion des autres nations, et uniquement en rapport avec le péché d’idolâtrie. En effet, ce péché procède du manque de foi en D.ieu et de confiance en Lui, alors que les autres, loin de constituer une trahison, reposent sur une faiblesse morale ou sur un acte de désobéissance. Et comme le remarque le rav Elie Munk, ce qualificatif, généralement réservé aux sentiments qu’un mari éprouve à l’égard de son épouse infidèle, nous révèle l’amour profond de D.ieu envers Israël, car seul un grand amour peut connaître la jalousie.


C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi le péché de l’idolâtrie, qui « déclenche » la « jalousie » de D.ieu, est si sévèrement puni (jusqu’à la troisième ou quatrième génération).


Cependant, comme l’explique Maïmonide :

« ces « punitions » n’émanent nullement d’une passion. Toutes les actions attribuées à D.ieu sont des actions semblables à celles qui, chez les hommes, émanent des passions et des dispositions de l’âme ; mais, de la part de D.ieu, elles n’émanent nullement de quelque chose d’accessoire à son essence » (Guide des Egarés, I, 54).


On va voir maintenant que l’essence de l’acte de Pin’has a consisté à prendre en charge par voie humaine la « jalousie » de D.ieu envers le peuple d’Israël.


En effet, Pin’has comprend immédiatement que l’acte de Zimri, qui était un grand tsadik d’Israël, avait le potentiel de conduire à l’anéantissement de  tout le peuple d’Israël :

« Pin’has a détourné ma colère de dessus les enfants d’Israël, en assouvissant ma vengeance au milieu d’eux, en sorte que je n’ai pas anéanti les enfants d’Israël, dans mon indignation ». (Bamidbar, 25 :11)


Au lieu de cet anéantissement total, « seulement » 24 000 hommes, ayant tous également succombé à la tentation des filles de Midian, ont été tués par une « épidémie ».


Le péché de Zimri et des autres juifs qui sont tombés dans le piège de Bil’am et Balak était en réalité de nature idolâtre car les filles de Midian ont convié le peuple d’Israël à leurs festins idolâtres et le peuple se prostitua à leur « dieu » Baal-Péôr. C’est cette idolâtrie qui a déclenché la « jalousie » divine, conformément au second des dix commandements.


Moshé, probablement du fait de son mariage avec Tsipora, fille de Yitro (qui était grand prêtre de la tribu de Midian avant sa conversion à la foi d’Israël) est resté sans réaction devant ce forfait et devant l’épidémie qui était en train de frapper tout le peuple d’Israël. Et c’est alors que Pin’has, comprenant sa responsabilité dans cette situation extrêmement dangereuse, a permis d’arrêter l’épidémie par son acte de « vengeance ».


Ce qui distingue fondamentalement le zélateur du « fanatique » (tel qu’on le trouve notamment dans l’islam radical de nos jours) c’est une compréhension parfaite et exacte de sa responsabilité individuelle supérieure dans le contexte très précis où il se trouve[1] et son imperméabilité à toute passion négative ainsi qu’à toute motivation égotique.


Comme Maïmonide l’expliquait plus haut au sujet de la « jalousie » de D.ieu, l’acte de Pin’has n’est pas un acte de « vengeance » au sens où l’entend généralement, mais en réalité le rétablissement par voie humaine de la rigueur divine dans le monde de la Création. Par son acte exceptionnellement courageux, Pin’has n’a pas hésité à s’exposer aux critiques de tous les notables d’Israël choqués par son irrévérence à l’égard d’un prince d’Israël, mais, ce faisant, il a rétabli la sainteté de l’Alliance de son peuple avec D.ieu. 


Il faut rappeler ici une autre caractéristique de Pin’has, qui permet de mieux comprendre l’origine de son acte : il est Levi par son père Eleazar, fils d’Aaron, mais son grand-père maternel n’est autre que… Yitro lui-même ! Dans la situation où il s’est trouvé, cette ascendance étrangère lui a donné un supplément d’innocence pour transcender les barrières de distinction et de rang au nom de la sanctification du nom d'Hachem.


Que signifie « l’alliance de paix » (brit chalom) reçue par Pin’has à la suite de son acte ? Cette alliance peut sembler à première vue paradoxale car, pour ramener la paix, Pin’has a fait couler du sang !


Deux idées fortes se dégagent de ce verset.


Premièrement à un niveau collectif, nous découvrons que la paix entre D.ieu et les hommes, comme celle entre les hommes eux-mêmes, ne peut pas être érigée, selon la conception divine, uniquement sur la « tolérance » et la compassion (dimension du ‘hesed). Elle passe par l’intransigeance et la rigueur quand les voies du dialogue sont inutiles ou épuisées. Par exemple, l’expérience tragique des neuf derniers mois nous a enseigné qu’une « politique de la paix à tout prix » ou de « compromis avec le diable » permet toujours au Mal de prospérer. L’avenir appartiendra plus que jamais aux leaders intègres du type de Pin’has, pourvus de principes clairs et d’une droiture à toute épreuve.


Deuxièmement, à un niveau plus personnel, cette alliance de paix est une récompense par rapport à volonté de Pin’has de s’attacher (dvekout) résolument à D.ieu, quel qu’en soit le coût.

Le Zohar explique ainsi cette idée :

« Voici, Je lui donne mon alliance de paix, c’est-à-dire la paix avec l’Ange de la Mort, pour qu’il ne le domine plus jamais » (Zohar Pinhas Soulam 21)


Ainsi, la paix, dans la sagesse juive, n’est autre que la « complétude », mot qui en hébreu se dit « shlemout », dérivant de la même racine que « shalom ». Cette complétude est atteinte quand aucune force négative ne peut plus faire écran entre notre être et la Volonté Divine. C’est ainsi qu’on dit de Pin’has qu’ « au moment où la Majesté Divine reposait sur lui, il ressemblait à un ange » (Lev. Rabba I).


De façon intéressante, le vav du mot shalom dans le verset où D.ieu annonce à Pin’has l’alliance de paix qu’il conclut avec lui, est un « vav brisé [2]». C’est la seule lettre de toute la Torah qui n’est pas « complète ». Ce vav ne sera complet qu’à la fin des jours, quand les zélateurs prendront complètement en charge la Volonté Divine et institueront la paix parfaite. En effet, selon nos maîtres, Pin’has et le prophète Elie sont en réalité identiques. Et on sait qu’il reviendra à Elie (qui fut lui aussi un zélateur[3]) d’annoncer la venue du Machia’h. Ce-dernier sera un zélateur qui fera la synthèse des dimensions de rigueur et d’amour, et dont les actes de pacification seront cette fois complètement acceptés et appréciés par tous les hommes.


C’est pourquoi il est dit à notre dernier prophète Malachie au sujet d’Elie -alias Pin’has – :

 « Mon alliance sera avec lui, la vie et la paix ».




[1] Plus tard, Pin’has deviendra Cohen Gadol, figure inspirée davantage par la dimension du ‘hesed (miséricorde) que par celle du din (rigueur). D’autre part, Pin’has, qui vécut 400 ans (!!!), fut plus tard déchu de sa fonction de Cohen Gadol, notamment à cause du serment qu’il fit de résoudre pacifiquement les conflits, qui lui fit manquer de sévérité lors d’une occasion rapportée par le rav Elie Munk dans son commentaire de la paracha…

[2] Voir ce très bel article d’un sofer dénommé Mordechaï Pin’has (!!!) sur ce vav brisé de notre paracha https://www.sofer.co.uk/broken-vav

[3] L’acte de violence chez Pin’has comme Elie fut provoqué par la même défaillance du peuple d’Israël : une atteinte à l’alliance sacrée entre D.ieu et le peuple juif, représentée par la circoncision (d’ailleurs appelée « brit »). A l’époque de Pin’has, l’alliance a été profanée par le comportement de débauche sexuelle avec les femmes de Midian. A l’époque d’Elie, la circoncision était négligée et cet abandon était lié à l’idolâtrie. C’est la raison pour laquelle Elie est « invité » depuis lors à toutes les brit mila…

 
 
 

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