Paracha Noa’h : Israël, leader du combat pour la civilisation
- steveohana5
- 1 nov. 2024
- 7 min de lecture
Noa’h a été préservé du déluge, non pour ses propres mérites, mais parce qu’il était porteur de la possibilité d’Avraham. Pendant les 40 jours du déluge, Dieu lui transmet les lois Noa’hides, qui sont le socle permettant à l’Humanité de vivre en harmonie et au projet de la Création de réussir. Nous découvrons à travers la paracha de Noa’h que c’est au peuple d’Israël qu’a été confiée la responsabilité de porter ce message à l’ensemble de l’Humanité. Nos 2000 années d’exil nous ont fait oublier cette vocation, mais la résurrection d’Israël sur sa terre et, plus encore, la guerre métaphysique dans laquelle nous sommes engagés depuis un an, ont confirmé qu’Israël se trouvait bien à la pointe du combat pour la civilisation.

Pourquoi la Torah, qui contient les Lois adressées au seul peuple d’Israël, commence-t-elle par le récit de la Création du monde, de l’Homme puis du déluge ?
Rachi nous en fournit une première réponse dans son tout premier commentaire de la paracha Berechit[1]: il s’agit de montrer aux Nations que la Terre appartient à Dieu et qu’Israël est donc légitime sur la Terre que D.ieu lui a donnée.
Mais il y a une deuxième explication qui a trait au caractère universel d’Israël et de la Torah : Israël n’est pas destiné à vivre comme un peuple « à part », isolé du reste de l’Humanité, mais au contraire comme un peuple témoin de la Parole de Dieu sur la Terre et vecteur de son dévoilement dans la Création. Il était donc nécessaire, avant de faire le récit de l’apparition des Patriarches et du peuple d’Israël, de nous expliquer le contexte dans lequel ce peuple est apparu et quelle mission il est destiné à accomplir.
Les dix générations qui s’écoulent entre Adam et Noa’h correspondent à une première tentative de création de l’Humanité, qui s’est soldée par un échec. Comme l’explique Rachi dans son commentaire du verset 11 :9, ce qui condamne la génération de Noa’h, ce n’est pas leur manque de révérence envers Dieu, ce sont les vols et les violences que les hommes commettent les uns envers les autres. Les 120 ans de la construction de l’arche fournissaient aux contemporains de Noa’h une occasion de s’interroger sur leurs déviances et de faire techouva. Mais ils ne l’ont pas saisi…
Quant à Noa’h, comme l’explique le rav Léon Askénazi, il n’est épargné par son mérite personnel (il existait d’autres tsadikim de son rang qui ont, eux, péri dans le déluge), mais par le mérite de son descendant lointain Avram (nom de naissance du patriarche Avraham), qui naîtra dix générations après lui…
Le texte fait en effet de nombreux parallèles entre Noa’h et Avram, que commente ainsi le rav Léon Askénazi[2] :
« “Noa’h était un homme Juste et intègre dans ses générations. Noa’h marchait avec D-ieu” (Genèse 2:9)
“[D-ieu dit à Avraham :] Marche devant moi et soit intègre” (Genèse 17:1)
Noa’h et Avraham sont caractérisés par des termes voisins mais néanmoins repris de manière distincte. Noa’h est “avec D-ieu”, là où D-ieu se trouve. En revanche, à Avraham il est prescrit : “Marche devant moi”. Donc le programme de justice ou de sainteté déjà amorcé dans le fait d'être tsadik est différent au niveau des identités respectives de Noa’h et d'Avraham.
Noa’h et Avraham sont tous deux des Justes, mais de nature différente. Noa’h est certes un très grand tsadik, c'est grâce à lui que l'humanité a été sauvée, mais c'est un tsadik d'une certaine nature. La différence avec Avraham apparaît dans l'épisode où D-ieu fait savoir à Avraham qu'il va juger Sodome et Gomorrhe et les détruire, parce qu'il y avait encore là-bas, de la même manière, saturation de violence. Avraham intervient immédiatement et plaide. Alors que Noa’h entend dire qu'une sanction de destruction va s'abattre sur l'humanité et la Tora ne nous dit pas qu'il a intercédé.
Un texte du Midrach est très suggestif à cet égard. Le verset 8 dit : “Et Noa’h a trouvé grâce aux yeux de D-ieu.” Le Midrach commente :
“Et dans les yeux de Noa’h, D-ieu n'a rien trouvé, même pas une larme.”
Noa’h est un Juste qui ne fait pas le mal, mais c'est un Juste qui, entendant annoncer une telle sanction – la destruction de l'humanité entière – est capable de ne pas intercéder. Comme le dit le Midrach, il ne pleure pas. Alors qu'entendant le même jugement, la même sanction annoncée contre Sodome et Gomorrhe – dont la Tora nous dit que leurs habitants étaient les plus grands méchants (rech'aïm) – Avraham plaide, discute pied à pied avec D-ieu lui-même pour essayer de les sauver. Voilà l'une des différences entre Noa’h et Avraham.
De manière un peu schématique, Noa’h est un Juste défini de façon essentiellement négative. Il ne fait pas le mal, mais il n'y a pas d'indication qu'il soit Juste au sens positif, qu'il soit capable de faire le bien et pas seulement de ne pas faire le mal. La tradition connaît deux catégories de Justes : le “Juste sans plus” (le “tsadik”) et le “Juste bon” (le “tsadik tov”). Tsadik seul, sans adjectif, caractérise la relation entre l'homme et D-ieu ; tsadik tov, ajoute une détermination relative à la relation entre l'homme et son prochain. Cela ne nous autorise pas, nous, à porter un jugement sur Noa’h ; seulement d'admette que la stature, le profil de l'identité d'Avraham en tant que tsadik dépasse infiniment celui de Noa’h. »
Ainsi, c’est par le fruit d’une Providence transgénérationnelle que le père va bénéficier de la bénédiction attirée sur lui par son fils… « En réalité, c'est Abraham qui a sauvé Noa’h », explique Léon Askénazi.
Comme Adam avant lui, Noa’h contient en germe une nouvelle tentative de réaliser une Humanité conforme au projet Divin : de même que les descendants d’Adam ont été appelés les bnei Adam (expression utilisée aujourd’hui pour désigner les « humains »), ceux de Noa’h seront dénommés les bnei Noa’h[3].
Mais, cette fois, nous savons d’avance que le projet réussira, car de la descendance de Noa’h sortira Avram :
« Désormais, je ne maudirai plus la terre à cause de l'homme, car les conceptions du cœur de l'homme sont mauvaises dès son enfance ; désormais, je ne frapperai plus tous les vivants, comme je l'ai fait. » (Berechit, 8 :21)
Les quarante jours du déluge font écho, quant à eux, aux quarante jours pendant lesquels Dieu transmit la Torah à Moshé sur le Mont Sinaï. Mais, cette fois-ci, c’est une Loi Universelle (appelée la Loi Noachide) que Dieu transmet à Noa’h[4].
Ce code de lois fondamentales et universelles, destinées à l’ensemble de l’Humanité, est le socle sans lequel il est impossible aux hommes de vivre en harmonie. Ce sont des Lois moins restrictives que celles de la Torah, permettant aux Nations de rentrer en connexion avec le Divin au niveau qui leur est accessible, en passant par le relais de la nation de prêtres que sont les bnei Yisrael.
Avram apparaît justement à la fin de notre paracha, au moment où ces Lois Noahides sont bafouées de nouveau, cette fois par les habitants de Babel, qui se sont dit en construisant leur tour (Rachi sur le verset 11 :1) : « Dieu n’avait pas le droit de s’attribuer de manière exclusive le monde supérieur ! Montons au ciel et faisons-lui la guerre ! »
Le peuple juif, descendant d’Avraham, va donc se voir investi du rôle de garant de la réussite du Projet Divin pour l’ensemble de l’Humanité. En particulier, l’un de ses missions centrales va être de sensibiliser les Nations à l’importance des Lois Noa’hides, sur lesquelles repose la réussite de la Création[5].
2000 ans d’exil, où le peuple juif a été soumis à l’impérialisme et à la théologie du remplacement du Christianisme et de l’Islam, nous ont malheureusement fait négliger cette vocation universelle du peuple juif parmi les Nations.
Mais la guerre métaphysique dans laquelle la nation d’Israël est engagé depuis un an a eu pour effet de replacer notre peuple à la pointe du combat pour la civilisation. Ceux qui s’obstinent à vouloir salir et soumettre Israël ou à vouloir lui attribuer la « barbarie » de ses ennemis ne font par-là que manifester leur terreur de voir se renverser l’ordre accompli et advenir un ordre nouveau fondé sur les valeurs du Divin.
Ce mois de ‘Hechvan, dans lequel nous entrons maintenant, est justement celui où le Maboul (Déluge) s’est abattu sur la génération de Noa’h pour laver tout le ‘Hamas-חמס (iniquité) de la Terre (verset 6 :11).
C’est maintenant à Israël que revient le rôle de nettoyer la Terre du ‘Hamas et d’aider l’Humanité à renouer avec le Projet initial de la Création.
Puisse le peuple d’Israël endosser ce rôle avec honneur et enthousiasme et les Nations le lui reconnaître avec grâce pour que se dévoile enfin la Royauté de Dieu sur la Terre !
[1] Nous avons évoqué ce commentaire ici : https://steveohana5.wixsite.com/torahetpresent/post/paracha-chela-h-lekha-gu%C3%A9rir-de-notre-complexe-par-rapport-%C3%A0-la-terre-d-isra%C3%ABl
[2] http://manitou.over-blog.com/article-noa-h-le-tsadiq-une-definition-noe-et-abraham-58343801.html
[3] Voir l’explication du Rav Cherki sur ces deux désignations : https://ravsherki.org/index.php?option=com_content&view=article&id=4343:bnei-adam-ou-bnei-noa-h&Itemid=102544
[4] Voici les sept Lois Noahides données à l’ensemble de l’Humanité :
1. Ne profaner en aucune façon l’unicité de D.ieu.Reconnaissez qu’il existe un D.ieu unique qui attache de l’importance à ce que nous faisons et désire que nous prenions soin de Son monde.
2. Ne maudissez pas votre Créateur.Quelle que soit votre colère, ne vous en prenez pas verbalement à votre Créateur.
3. Ne commettez pas de meurtre.La valeur de la vie humaine ne peut être mesurée. Détruire une seule vie humaine revient à détruire le monde entier, car pour cette personne, le monde a cessé d’exister. Il s’ensuit qu’en soutenant une seule vie humaine, vous soutenez un univers entier.
4. Ne mangez pas le membre d’un animal encore vivant.Respectez la vie de toutes les créatures de D.ieu. En tant qu’êtres intelligents, nous avons le devoir de ne pas causer de douleur indue aux autres créatures.
5. Ne volez pas.Quels que soient les avantages que vous recevez dans ce monde, assurez-vous qu’aucun d’entre eux ne se fait au détriment de quelqu’un d’autre.
6. Maîtrisez et canalisez la libido humaine.L’inceste, l’adultère, le viol et les relations homosexuelles sont interdits.La cellule familiale est le fondement de la société humaine. La sexualité est la source de la vie et rien n’est donc plus sacré que l’acte sexuel. C’est pourquoi, lorsque celui-ci est l’objet d’abus, rien ne peut être plus avilissant et destructeur pour l’être humain.
7. Établir des tribunaux et assurer la justice dans notre monde.Avec chaque acte de justice, aussi petit soit-il, nous restaurons l’harmonie de notre monde, le synchronisant avec un ordre supérieur. C’est pourquoi nous devons respecter les lois établies par notre gouvernement pour la stabilité et l’harmonie du pays.
[5] C’est en particulier la démarche du rav Ouri Sherki, fondateur de l’association Brit ‘Olam https://www.ravcherki.org/


Commentaires