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Paracha Mishpatim : sortir de l'esclavage

  • steveohana5
  • 21 févr. 2025
  • 6 min de lecture

De façon mystérieuse, la première des 53 jurisprudences de notre paracha oblige un maître à libérer son esclave hébreu la septième année. Le rav Léon Askénazy explique que, si l’on revient à la source du mot esclave en hébreu, alors on découvre que nous sommes tous restés des esclaves !  En plaçant cette législation en tête de la paracha, la Torah nous rappelle que la libération de la servitude est l’essence même du Projet Divin pour l’humanité, et que ce projet n’est pas encore achevé… Si le trumpisme est le reflet d’un désir d’émancipation des classes moyennes par rapport à un ordre qui s’est montré de plus en plus oppressif envers elles, il appartient maintenant aux sages d’Israël de réactualiser nos sources pour montrer la voie de la délivrance finale.

 


Illustration par Sefira Lightstone
Illustration par Sefira Lightstone

Juste après la révélation des Dix Commandements (les Dix Paroles) sur le Sinaï dans la paracha Yitro, le premier verset de notre paracha introduit une série de 53 jurisprudences, qui expliquent en détail la façon dont D.ieu entend que ces Dix Paroles se traduisent concrètement dans la vie sociale :

וְאֵלֶּה, הַמִּשְׁפָּטִים, אֲשֶׁר תָּשִׂים, לִפְנֵיהֶם

Et voici les principes de modèles de jurisprudence que tu placeras devant eux.


Comme le commente Rachi, le « vav » de liaison par lequel débute la paracha indique que les « michpatim » sont égales en dignité aux Dix Paroles : sans un modèle d’application des principes fondamentaux (les ‘houkim) à la vie concrète, ces principes fondamentaux resteraient des principes éthérés, dont la mise en application serait soumise à l’appréciation subjective des hommes[1]


De façon extrêmement frappante, avant même de parler de ces cas d’homicides, que l’on peut considérer selon notre point de vue contemporain comme les plus graves, la paracha nous parle du cas des esclaves hébreux[2] :

כִּי תִקְנֶה עֶבֶד עִבְרִי שֵׁשׁ שָׁנִים יַעֲבֹד וּבַשְּׁבִעִת יֵצֵא לַחָפְשִׁי חִנָּם.

Si tu fais l’acquisition d’un esclave hébreu, il restera six années esclave et à la septième il sera remis en liberté sans rançon.


Comme le souligne le rav Léon Askénazi[3], il y a ici comme un paradoxe :

« Lorsqu’on entend ce verset immédiatement après les Dix Paroles, on se demande inévitablement au sujet de la première des Mitsvot : d’où sort cet esclave hébreu ? et pourquoi c’est la première des Mitsvot que la jurisprudence de la Torah va nous donner comme modèle ?

On vient d’entendre les Dix Paroles qui commencent par :

« Anokhi Hashem Eloheikha ... Je suis celui qui vous a délivré d’Egypte, de la maison des esclaves ». Il n’y a plus d’esclave et surtout pas d’esclave hébreu ! D’où sort un esclave hébreu ? »


Une deuxième question sous-jacente est la suivante : la Torah est censée s’adresser à toutes les générations, y compris la nôtre, pour laquelle l’esclavage semble appartenir aux seuls livres d’Histoire… Quel sens revêt donc cette jurisprudence sur les esclaves pour les modernes que nous sommes ?


Pour répondre à ces questions, Léon Askénazi revient à la racine du mot esclave-‘eved en hébreu:

«’Eved : racine la’avod signifie travailler.  

‘Oved = travailleur. En hébreu le ‘Eved (esclave) est une manière d’être ‘Oved (travailleur).

 Ici nous avons une analyse qui est l’essentiel du marxisme avant la lettre.

Qu’est-ce qu’un ‘Eved ? C’est quelqu’un qui a aliéné son temps de travail à quelqu’un d’autre[4]. Mais tous les travailleurs sont des ‘Avadim (esclaves). Mais ils sont d’abord ‘Ovdim. Ils font semblant d’être libres alors qu’ils sont esclaves. Et le ‘Eved, est celui qui a aliéné tout son temps de travail. Le ‘Oved c’est celui qui a aliéné une partie seulement de son temps de travail. Huit heures dans les civilisations dites civilisées.

C’est un grand principe de la Torah : un homme qui ne dispose pas de son temps de façon libre, qui doit son temps à quelqu’un d’autre, c’est un esclave. Nous sommes tous des esclaves. »


Cette interprétation nous permet de comprendre l’actualité du message de notre paracha : les rapports économiques mettent en lien de subordination des « forts » avec des « faibles », les seconds étant potentiellement aliénés par les premiers dans le cadre des rapports « employeurs-employés ».


Nous sommes devenus tellement habitués à cette situation qu’elle ne nous apparaît même plus comme anormale. Et pourtant elle l’est bien. En effet, l’aliénation économique, ainsi que l’oppression politique (dans le cadre de régimes de type dictatoriaux ou de dérives oligarchiques des régimes supposément « démocratiques »), sont potentiellement plus graves encore que l’homicide: dans un cas d’homicide, seule l’intégrité physique de la victime est profanée, son âme restant inviolée. Dans le cas d’un rapport d’aliénation économique ou politique, le corps et l’âme de « l’esclave » sont tous les deux retenus captifs[5].


La Torah et le Talmud placent de nombreux garde-fous pour encadrer ce rapport de subordination entre employeur et employé[6] et l’empêcher de se transformer en une relation d’exploitation ou d’aliénation.  La mitzvah de l’assistance aux pauvres, l’interdiction du prêt à intérêt (voir les versets 22 :24-26 de notre paracha) etc. participent de la même logique d’atténuation des rapports de subordination des faibles aux forts dans le contexte économique. Quant à l’oppression politique, elle est aussi identifiée par nos maîtres comme une dérive possible de la monarchie, qui doit être prévenue par une stricte séparation des pouvoirs, des restrictions à l’hubris des monarques, et le devoir d’humilité du Roi devant ses sujets et le Créateur[7].


En plaçant la jurisprudence des esclaves hébreux en tête de la paracha, la Torah nous rappelle que la libération de la servitude est l’essence même du Projet Divin pour l’humanité, Projet qui a simplement été initié par la sortie d’Egypte, mais qui doit être poursuivi par les hommes à chaque génération, et ne s’achèvera en réalité qu’à la Délivrance finale.


Après l’échec du marxisme en tant que projet d’émancipation des travailleurs, s’est imposé depuis les années 70 le modèle « néo-libéral », dont la réélection de Donald Trump marque très probablement la fin. Le trumpisme est en effet l’expression d’un désir d’émancipation des classes moyennes américaines, qui se sont senties de plus en plus oppressées par le « Nouvel Ordre Mondial » mis en place par les élites libérales depuis une cinquantaine d’années. L’aliénation ressentie par les classes moyennes est non seulement économique[8], mais également culturelle et politique[9].


Les mêmes lignes de fracture sont à l’œuvre dans toutes les sociétés occidentales (y compris Israël...), et l’issue de cette nouvelle « lutte des classes » déterminera le sort de toute l’Humanité. C’est sans doute pourquoi, Trump, son vice-président JD Vance et le milliardaire « anti-élite » Elon Musk font de la défense de la liberté d’expression l’un de leurs principaux combats au plan international[10].


Dans cette perspective, le soutien inconditionnel manifesté à Israël par cette nouvelle administration va bien au-delà des considérations diplomatiques et géostratégiques : comme le démontre la paracha Mishpatim, la vocation d’Israël est en effet de jouer le rôle de vecteur pour la libération de l’Humanité face à toutes les formes d’oppression et d’aliénation.


Avec l’essor du trumpisme, ce mouvement d’émancipation s’est mis en route, mais il n’en est encore qu’à ses balbutiements… Les sages d’Israël doivent maintenant accomplir un important travail d’actualisation de nos sources pour tracer la voie de la délivrance définitive…

 


[1] En pratique, il y a toujours dans chaque jugement rendu par les Cours de Justice une part de subjectivité, mais cette marge de discrétion est considérablement réduite par les cas concrets qui nous sont énumérés dans cette paracha. Ainsi, le commandement « Tu ne tueras pas », énoncé dans la paracha Yitro, est traduit par une série de jurisprudences qui expliquent comment le Créateur conçoit la réparation des homicides volontaires et involontaires.

[2] Après avoir traité le cas des esclaves hébreux, la paracha aborde les jurisprudences selon un ordre décroissant de gravité, en partant des homicides puis en évoquant les coups et blessures portées à d’autres hommes, puis les dommages sur les biens de son prochain, puis les questions relatives à la réparation des inégalités sociales etc.

[4] A l’époque de Moshé, les deux principales situations qui pouvaient conduire un hébreu à se vendre comme esclave sont la pauvreté et le vol.

[5] Voir le commentaire du rav Cherki sur Mishpatim https://www.youtube.com/watch?v=DZvPEwruBOU

[8] Des symptômes de cette aliénation sont la mondialisation des chaînes de production, la concentration du pouvoir économique et politique au sein des multinationales et des nouveaux monopoles, la concurrence des pays à bas salaires, les délocalisations, la désindustrialisation, l’automatisation, l’affaiblissement des syndicats, le creusement des écarts de salaires entre cadres dirigeants et employés peu qualifiés…

[9] Les symptômes sont cette fois les restrictions à la liberté d’expression, la délégitimation des idées conservatrices, la dérégulation des flux migratoires, l’explosion de l’insécurité, la propagande wokiste dans les médias et les universités…

 
 
 

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