Paracha Mikets et ‘Hanouka: Jérusalem contre les Empires, la guerre des universels
- steveohana5
- 27 déc. 2024
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Nos maîtres ont choisi de faire coïncider la fête de ‘Hanouka et la paracha Mikets car toutes les deux évoquent la victoire de la conception juive de l’universel face à celle des Empires. Si, dans le duel métaphysique qui oppose les Juifs aux Grecs, Athènes a longtemps dominé Jérusalem, le rapport de force s’est nettement inversé après la shoah et la renaissance d’Israël, et plus encore depuis le début de la guerre finale contre l’Axe iranien il y a un peu plus d’un an. Jérusalem parviendra-t-il à incarner l’esprit prophétique de Yossef pour apporter à l’Humanité sa conception – la seule authentique- de l’universel ?

Le royaume d’Egypte au temps de Yossef, comme l’Empire grec au temps des Maccabim, se caractérisent par une approche rationaliste du monde : dans leur conception, s’il existe un D.ieu créateur, celui-ci a simplement créé les lois physiques immuables qui le gouvernent, et il appartient aux hommes, par l’exercice de leur esprit rationnel, de découvrir ses lois pour maîtriser la nature.
C’est pour cette raison que, dans la paracha Mikets, Pharaon ne trouve pas de mages ou de savants dans son royaume pour décrypter ses rêves, où alternent vaches grasses et vaches maigres, épis pleins et épis maigres… En effet, les ruptures des lois économiques habituelles que ces rêves annoncent ne sont pas intelligibles dans le cadre de l’esprit rationaliste de cette civilisation.
L’esprit prophétique de Yossef, au contraire, est capable de percevoir la signification cachée de ces rêves, car il est habitué à l’intervention providentielle du divin dans les lois naturelles. En l’occurrence, il comprend, quand Pharaon lui demande d’interpréter ses rêves, que D.ieu est en train d’intervenir pour lui permettre de prendre des responsabilités importantes dans le pays d’Egypte et ainsi faire se réaliser les prophéties qu’il avait lui-même aperçues en rêve dans la paracha Vayeshev…
La façon dont il interprète les rêves de Pharaon vise à transmettre à l’Egypte la conception hébraïque du monde – ambition qui ne va connaître une réussite partielle pendant son vivant[1], mais qui va se solder par un échec cuisant après sa mort[2] :
"Le songe de Pharaon est un: ce que Dieu prépare, il l'a annoncé à Pharaon. Les sept belles vaches, ce sont sept années; les sept beaux épis, sept années: c'est un même songe. Et les sept vaches maigres et laides qui sont sorties en second lieu, sept années, de même que les sept épis vides frappés par le vent d'est. Ce seront sept années de famine. C'est bien ce que je disais à Pharaon ce que Dieu prépare, il l'a révélé à Pharaon. […] Et si le songe s'est reproduit à Pharaon par deux fois, c'est que la chose est arrêtée devant Dieu, c'est que Dieu est sur le point de l'accomplir.» (Berechit, 41, 25 :32).
De même, les Grecs, au temps des événements de ‘Hanouka, étaient dérangés par la façon dont les Juifs plaçaient la sagesse divine au-dessus du raisonnement rationnel. Dans la conception juive, l’inspiration divine oriente en effet toute l’action humaine et fonde le sens de sa mission dans le monde, dont le but consiste à faire rayonner la lumière divine dans la Création. Dans cette conception, la rationalité n’est pas niée, bien au contraire, mais elle est mise au service de l’accomplissement du tikoun de la Création: l’esprit d’analyse, représenté par la sephira de la Binah, a pour fonction d’assimiler le message prophétique de la Torah écrite (sephira de la ‘Hokhmah) en le faisant « descendre » dans les sephirot inférieures, représentant les middot humaines.
Les Grecs n’avaient pas d’objection à ce que la Torah écrite soit rangée dans les bibliothèques, ni à ce qu’elle soit traduite en Grec[3], mais ce qui leur était insupportable, était la Torah orale, par laquelle cette Torah écrite prenait corps dans le monde et « vivait concrètement » à travers les pensées, les paroles, et les actes des Juifs. La binah grecque est une rationalité autonome qui vise, par le discours philosophique, à se fonder elle-même. Tant que cette binah déconnectée de la ‘Hokhmah divine s’occupe des mathématiques et des Sciences, elle fait merveille. Mais, dès qu’elle prétend résoudre les questions de la morale et du sens, alors elle finit par faire tomber la civilisation dans l’hubris ou la décadence, et échoue dans sa prétention à incarner l’universel. Comme Babel et la Perse avant elle, et comme le sera Rome après elle, Athènes n’est en réalité qu’un impérialisme déguisé en universalisme.
Les Maccabim, comme Yossef, nous fournissent, chacun à leur façon, un aperçu de l’ère messianique, où la conception incarnée par Jérusalem s’imposera sur celle des Empires (que ceux-ci prennent la forme de l’Egypte ou d’Athènes), et où les Nations reconnaîtront l’universalité du message prophétique d’Israël.
La victoire des Maccabim apparaît comme le dernier « sursaut » de Jérusalem avant un exil[4] qui va durer près de 2000 ans. Mais la découverte après la seconde guerre mondiale de l’entreprise génocidaire menée par l’ensemble des Nations européennes contre les Juifs, d’une part, et la refondation et les succès de la Nation d’Israël sur sa terre ancestrale, d’autre part, ont profondément modifié le rapport de force moral entre Jérusalem et Athènes (qui s’incarne aujourd’hui dans les nations occidentales modernes).
Cette inversion du rapport de force s’est considérablement accélérée depuis la guerre déclenchée par le Hamas (et à travers lui l’Iran) contre Israël le 7 octobre 2023. A cette occasion, se sont révélées la Providence divine entourant le destin d’Israël et l’élévation morale exceptionnelle de la jeune génération israélienne, mais aussi, par contraste, la perte de repères d’une grande partie des sociétés occidentales, rongées par ce que Soljenitsyne appelle le « déclin du courage »[5].
Aujourd’hui, de nouveaux leaders (dits de « droite nationale ») émergent en Occident, faisant d’Israël une référence morale dans la lutte contre la nouvelle idéologie totalitaire (wokisme) qui, après le nazisme et le communisme, subjugue à présent les sociétés occidentales.
Malgré tous les efforts du nouvel Empire wokiste pour le couvrir de boue, Israël n’a jamais fait autant rayonner sa lumière qu’aujourd’hui. Mais Israël exerce sa « vocation universelle » d’une façon encore trop réactive et négative, en réponse aux actions de ses ennemis. Trop rationaliste et superficiel en temps de paix, Israël ne parvient à retrouver le fil de son histoire et de sa vocation que quand il se trouve sous la menace directe de ses ennemis extérieurs.
C’est quand il parviendra à incarner positivement l’esprit prophétique de Yossef que Jérusalem triomphera définitivement d’Athènes, apportant à l’Humanité sa conception – la seule authentique - de l’universel.
[1] Berechit, 41 : 37-39 : « Ce discours plut à Pharaon et à tous ses serviteurs. Et Pharaon dit à ses serviteurs: "Pourrions-nous trouver un homme tel que celui-ci, plein de l'esprit de Dieu?" Et Pharaon dit à Joseph: "Puisque Dieu t'a révélé tout cela, nul n'est sage et entendu comme toi. »
[2] Puisque, quelques générations après, les Hébreux vont se retrouver soumis à l’esclavage, sous la férule d’un Pharaon qui ne rêve plus…
[3] Au contraire, cette traduction visait à s’accaparer et à détourner le message prophétique contenu dans la Torah dans sa version originale
[4] Ce quatrième et dernier exil est appelé « l’exil de Rome », car il a été provoqué par Rome, car la plupart des Juifs expulsés de Judée ont trouvé refuge dans des régions appartenant ou connexes à l’ancien Empire Romain et car il s’achèvera quand l’Occident tombera et fera repentance de ses fautes à l’égard d’Israël.
[5] Voir son discours prophétique prononcé à Harvard en 1978 sur Le Déclin du Courage en Occident https://www.padreblog.fr/wp-content/uploads/2021/05/discours-dharvard.pdf


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