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Paracha Korah : remettre l'homme à sa juste place

  • steveohana5
  • 27 juin 2025
  • 5 min de lecture

La paracha Kora’h nous enseigne que, même face aux fautes apparentes de nos dirigeants, la précipitation à les renverser peut mener au chaos. Elle nous appelle à l’humilité et à la sagesse, rappelant que la Providence divine agit parfois à travers des chemins inattendus. Entre soumission aveugle et rébellion irréfléchie, la Torah nous invite à bâtir un espace où l’homme, humble et lucide, devient partenaire de Dieu pour révéler Sa Volonté dans le monde.

 

Moses Forbids the People to Follow Him James Tissot c. 1896-1902. Jewish Museum
Moses Forbids the People to Follow Him James Tissot c. 1896-1902. Jewish Museum

A peine le cessez le feu déclaré avec l’Iran, le sujet de la contestation de l’autorité de Bibi revient sur le devant de la scène[1].


La paracha Kora’h a beaucoup à nous apprendre sur la logique et les limites de la rébellion contre l’autorité.


Dans cette paracha, Kora’h, de la tribu de Lévi, est convaincu que ses cousins Moshé et Aharon sont discrédités en tant que leaders d’Israël et doivent être remplacés. Il arrive à cette conclusion de façon apparemment logique : Moshé vient de casser les premières tables de la loi tandis que Aharon s’est apparemment compromis lors de la faute du veau d’or, dont il a été l’un des principaux instigateurs.


Moshé est à court d’arguments pour justifier son autorité. Il se sent ici en « conflit d’intérêt » car le débat ne porte pas seulement sur des sujets objectifs mais sur sa personne même. C’est pourquoi il demande à Dieu lui-même de se manifester pour trancher le débat, ce qu’il va faire en ouvrant la terre pour y engloutir Kora’h et ses disciples.


Kora’h est un notable d’une très grande stature spirituelle. Nos sages disent même qu’il avait le don de prophétie et que seul Moshé le dépassait en cette matière. Ce don prophétique lui a permis de percevoir que l’idéal de la Torah était l’horizontalité et l’anarchie, pris dans son sens originel (absence d’autorité)[2].


Comme l’explique Manitou[3] :

« Il faut comprendre où est sa démagogie, ce qu’il dit c’est vrai dans l’idéal : le projet de la société d’Israël est un projet anarchique. Et il y a d’ailleurs dans tout juif normal une tendance à l’anarchie. A tous les niveaux. C’est normal. Dieu a créé toutes ses créatures, devant Dieu toutes sont des créatures de Dieu et ont toutes la dignité de créatures. Je ne dis pas « égales ». 

Tous sont créatures du Bon Dieu, y compris les araignées et les S.S. et bien d’autres choses... 

L’idéal c’est cela, ce qu’indique un des versets d’Isaïe : « il arrivera un temps où personne ne dira plus l’un à l’autre : « apprends-moi » parce que la connaissance de Dieu emplira le monde comme l’eau emplit le fond des mers ».  


Cette aspiration à l’horizontalité, qui est l’idéal de la Torah et qui sera réalisée aux temps messianiques, est pourtant prématurée et même dangereuse au moment où Kora’h déclenche sa rébellion. En effet, à ce moment précis de l’histoire, le peuple a encore besoin de médiateurs dans sa relation avec le divin, capables de lui transmettre les messages du Créateur dans un langage intelligible. Or, Kora’h pense que le pouvoir que Dieu a explicitement confié à Moshé et Aharon peut leur être retiré par l’initiative des hommes eux-mêmes, sur la base de ce qui semble être une « faute grave » de la part des deux leaders.


De façon plus profonde, l’erreur de Kora’h consiste à croire que l’homme est capable de fixer lui-même les règles de la Sainteté.


En effet, comme l’explique le Rav Yoël Benharrouche :

« Kora’h ne croit pas en ce cadeau divin (Segoula). Selon lui, tout ne dépend que de l’action de l’homme ici-bas. Le Zohar nous révèle ainsi que Kora’h s’est aussi opposé à la notion du Chabbat. Le Chabbat est une Ségoula que D.ieu a placé dans le monde pour y apporter la sanctification. Grâce au Chabbat sanctifié par D.ieu et non par l’homme, l’homme plus tard pourra sanctifier les fêtes. Nous disons ברוך אתה ה' מקדש השבת, « Béni soit-Tu l’Éternel qui sanctifie le Chabbat ». Mais pour Kora’h, le Chabbat n’a pas de sanctification propre, c’est l’homme qui est מקדש השבת, « qui sanctifie le chabbat ». Il serait ainsi possible de sanctifier un jour profane et d’en faire un Chabbat. 

Ici encore, Kora’h est victime d’une erreur d’interprétation des prophéties qu’il reçoit : nous savons en effet qu’à la fin des temps, certains degrés que nous connaissons aujourd’hui disparaîtront. Pour Kora’h, si cela doit disparaitre un jour, nous pouvons le faire disparaitre de suite, l’homme étant seul souverain des affaires de ce monde. »


Cette idéologie sera à la base de la pensée humaniste, mais aussi de la pensée chrétienne, qui va par exemple considérer comme caduques les commandements de la Torah ainsi que l’Alliance de Dieu avec le peuple d’Israël, sur la base d’interprétations humaines fallacieuses.

Et l’on retrouve les germes de la pensée de Kora’h dans la « rébellion » qui est actuellement menée contre le Premier Ministre israélien, rébellion dans laquelle on retrouve l’aspiration, noble et sincère, du peuple juif à l’horizontalité. En effet, il semble bien que Bibi ait « fauté » en ce qui concerne à la fois les affaires dont il est l’objet, sa gestion maladroite et clivante de la réforme judiciaire, son incapacité à prévenir les massacres du 7 octobre, sa difficulté à mettre un terme à la guerre à Gaza et à faire revenir les otages etc.


Et pourtant, comme nous l’apprend le Rav Oury Cherki[4] :

« Toute l’histoire de la révolte de Kora’h nous enseigne que nous ne devrions pas nous empresser de disqualifier nos dirigeants sur la base de ce qui semble être une erreur. Parfois, même des choses qui paraissent être des erreurs accomplissent la Volonté divine. »


On voit bien, à travers tout ce qui s’est passé depuis les massacres du 7 octobre, que la Providence Divine est à l’œuvre, et qu’elle passe par l’intermédiaire de ce leader d’Israël, et pas un autre, malgré les soupçons et les critiques dont il peut être l’objet. Cette légitimité transcendante dont il est le dépositaire ne peut être remise en cause que par les urnes, non par une “révolte à la manière de Kora’h”, faite de manifestations, de désobéissance civile, d’accusations de génocide ou de recours judiciaires.


De façon plus fondamentale, la paracha Kora’h nous dévoile les limites de l’action humaine dans la création. Entre l’esprit de soumission et de fatalisme (tel qu’on le rencontre dans l’Islam), qui prive l’homme de toute pensée critique et de toute capacité d’action dans ce monde, et, à l’inverse, l’affirmation d’une souveraineté humaine totale propre à la pensée chrétienne occidentale, qui coupe l’homme de son lien transcendant avec le divin, la lecture de la paracha Kora’h nous invite à redécouvrir un espace de « transcendance dans l’immanence », où l’homme retrouve sa juste place dans la Création, en partenaire actif de la Volonté divine dans ce monde. 


Deux qualités nous sont nécessaires pour y parvenir : l’humilité, principale qualité de Moshé, nous permet de nous positionner en tant que réceptacle de la Sagesse Divine (‘hokhmah), tandis que la connaissance (da’at) nous permet de dévoiler activement cette Sagesse Divine dans le monde.


Puissions-nous donc devenir des canaux et des diffuseurs de vie en évitant le double-écueil de l’orgueil et du fatalisme !


Amen ve Amen

 

 


[1] Le journaliste israélien Amit Segal vient en effet de révéler que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou tente, via son avocat Amit Hadad, de négocier en secret la fin de son procès pour corruption, en contactant l’ancien président de la Cour suprême Aharon Barak pour servir de médiateur. Certains ont cru comprendre qu’en échange d’une issue au procès, Netanyahou pourrait accepter d’abandonner la réforme judiciaire… Voir https://x.com/AmitSegal/status/1938282128359235623

[2] Le mot anarchie vient du grec ancien ἀναρχία (anarkhía), formé de :

·       ἀν- (an-) = privatif, « sans »

·       ἀρχή (arkhế) = « commandement, pouvoir, autorité, principe, commencement »

Littéralement, anarchie signifie donc « absence de commandement » ou « absence d’autorité ». 

 
 
 

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