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Paracha Kedochim (II) : de Yom Hashoah à l’embargo, ou la sainteté juive selon Essav

  • steveohana5
  • 10 mai 2024
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 mai 2024

A travers le télescopage de deux interventions de Biden, l’une pour rappeler l’horreur des massacres anti-juifs, l’autre pour expliquer pourquoi Israël est aujourd’hui coupable en cherchant à prévenir de nouveaux massacres, on perçoit comment la gauche occidentale a dévoyé la notion de sainteté, pour le plus grand malheur des Juifs et de l’Humanité. Il appartient maintenant à Israël de faire la démonstration concrète de ce qu’est la sainteté véritable.


Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre

Deux événements de haute portée symbolique se sont télescopés cette semaine.


Mardi, dans un discours de commémoration de Yom Hashoah, le président Biden a condamné la vague d’antisémitisme qui déferle actuellement sur les campus américains, et le déni de l’Holocauste et des massacres du 7 octobre qui l’accompagne.


Le lendemain, dans une interview à la chaîne CNN, il a annoncé qu’il allait interrompre la fourniture de munitions et d’obus de précision si Tsahal engage une intervention terrestre dans la ville de Rafah, où se trouvent désormais les derniers bataillons du Hamas, ainsi que ses chefs militaires, et les otages israéliens. Il a accompagné cette annonce de critiques très dures envers Tsahal : "Des civils ont été tués à Gaza à cause de ces bombes et des autres manières dont ils s'en prennent aux centres de population". "Nous allons continuer à veiller à ce qu'Israël soit en sécurité en ce qui concerne le Dôme de Fer et sa capacité à répondre aux attaques récentes en provenance du Moyen-Orient", a-t-il ajouté.


Aux yeux du président de la plus grande puissance de la planète, qui se trouve être aussi le principal allié d’Israël, le peuple juif était donc « saint » le mardi quand il endossait son statut de victime, et « coupable » le lendemain, quand il prenait le visage d’une armée exerçant son droit de légitime défense face à un nouveau projet génocidaire de l’Iran et de ses proxys.


La position de Biden est évidemment inepte sur le plan moral (et la majorité des Juifs américains, même démocrates, l’ont bien compris[1]). Premièrement, parce que, de l’aveu du Général Milley lui-même, l’armée américaine a fait bien plus de morts civils que l’armée israélienne au cours de l’Histoire récente. Deuxièmement, parce que le colonel John Spencer, le plus grand expert américain des guerres urbaines, explique que Tsahal est en train d’établir un nouveau standard qu’il sera difficile pour les autres armées occidentales d’égaler en matière de préservation de la sécurité des civils. Et enfin, et surtout, parce que les victimes civiles palestiniennes sont d’abord et avant tout le résultat d’une stratégie délibérée du Hamas visant à maximiser le nombre de « martyrs » palestiniens : cette stratégie cynique et morbide, téléguidée par les sponsors du Hamas (Iran, Qatar et Turquie), a pour objectif de mobiliser les opinions publiques arabes et occidentales et ainsi pousser la communauté internationale à intervenir pour empêcher Tsahal de détruire le groupe terroriste, ce qui permettra in fine au Hamas de reprendre le contrôle de Gaza et de reconstituer ses forces pour massacrer, brûler, décapiter, mutiler, violer et kidnapper d’autres civils israéliens. On ne peut donc décemment rappeler le mardi la mémoire de la shoah et du 7 octobre et le lendemain condamner, comme l'attendent de lui le Hamas et ses sponsors, les actions militaires visant à prévenir la reproduction (déjà annoncée par les chefs du Hamas) de futurs massacres antisémites !


Il est probable que les déclarations de Biden et de son administration depuis le début du conflit avec le Hamas et l’Iran soient simplement guidées par des intérêts électoraux ou financiers (corruption par les financements iraniens ou qataris notamment[2]). Mais ce qui est intéressant ici, c’est la façon dont le « nouvel Essav » (l’élite de gauche occidentale) justifie sa corruption et ses trahisons, en usurpant et retournant la justice et la morale (dont le peuple juif est pourtant l’inventeur et le gardien) contre Israël. S’il procède de cette manière, c’est parce qu’il sait que ce type d’arguments rencontrera un fort écho auprès de la jeunesse occidentale. Et c’est précisément l’activation des jeunes générations occidentales par ce retournement de la morale et de la justice contre Israël qu’il nous faut maintenant tenter de comprendre.


La paracha Kedochim va nous donner une précieuse clé de lecture de la logique perverse qui est ici à l’œuvre :

« Vous serez saints, car je suis saint moi Hachem, votre D.ieu », lit-on au début de notre paracha (Vayikra 19 :2).


Le peuple juif incarne donc la « sainteté divine » dans ce monde. Mais c’est une mission à certains égards impossible. On le voit à travers l’emploi du futur (קְדֹשִׁים תִּהְיוּ - « vous serez saints ») et aussi à travers l’utilisation de deux orthographes du mot saint, une première fois sans la lettre « vav » quand il s’agit du peuple d’Israël (קְדֹשִׁים), le second avec la lettre vav quand il s’agit de D.ieu (קָדוֹשׁ אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם-« je suis saint moi hachem, votre D.ieu »). L’homme ou la femme juive, qui est une nechama (âme) incarnée dans une enveloppe corporelle, confrontée au Mal, aux tentations et aux mauvais penchants, peut, par le travail intérieur, le raffinement de son être, l’étude de la Torah, l’application des mitsvot, la découverte de son identité et de son héritage, le rapprochement avec le divin, tendre vers la perfection divine mais il ou elle ne l’atteindra jamais complètement. Cette tension entre perfection divine et perfectibilité de l’homme définit en réalité l’objectif même de notre incarnation dans ce monde. Comme l’écrit le Rabbi Loubavitch (Davar Malkhout 1991-1992, Paracha Kedoshim), par son travail quotidien pour faire descendre la sainteté divine dans le monde de la matière, « une âme incarnée parvient à un degré plus élevé que celui qu’elle connaissait auparavant, en devenant liée au dévoilement de l’Essence Divine et à la réalisation de la « demeure » pour D.ieu ici-bas ».


Mais cette notion d’une « perfection divine qui se dévoile à travers la perfectibilité humaine » n’est pas facile à appréhender et ainsi, deux attitudes opposées vont se cristalliser dans le monde occidental (et par ricochet dans le peuple juif lui-même) au sujet de ce rapport complexe du peuple juif à la sainteté. La première attitude consiste à être reconnaissant aux Juifs et à Israël d’exister (malgré les imperfections inhérentes à leur incarnation dans le monde de la matière) pour servir de boussole morale à l’Humanité. On retrouve cette attitude notamment chez les chrétiens évangélistes et chez la droite occidentale, mais aussi chez certains intellectuels ou artistes particulièrement sensibles au péril islamiste (Abnousse Chalmani, Sophia Aram[3], Michel Onfray etc.). La seconde attitude, qui est surtout le fait des jeunes générations de gauche, est la mise en opposition, comme le fait Biden, du Juif « saint » (désincarné) au Juif « coupable » (incarné) : on se sert de la figure du Juif mort ou d’un Juif « imaginaire » (le Juif de Be’eri décapité, le Juif gazé à Auschwitz ou le Juif « pacifiste »/antisioniste) pour définir le modèle de sainteté impossible à atteindre vers lequel le Juif incarné est supposé tendre pour pouvoir mériter une caution morale de cette gauche. C’est un modèle évidemment incompatible avec les conditions d’une existence digne parmi les nations (qui suppose l’exercice de notre droit à la légitime défense, à l’autodétermination etc.). Ce faisant, ces absolutistes de la sainteté juive diabolisent l’immense majorité des Juifs réels, à qui ils reprochent inconsciemment de ne pas être « dignes » de leur mission dans ce monde. Leur vision de ce que devrait être la « sainteté juive » (qui est guidée par un besoin d’expiation de leur propre culpabilité ontologique) les entraîne dans des contradictions morales insolubles (comme c’est le cas de Biden dans ses deux interventions de mardi et mercredi) : ils se défendent d’être antisémites tout en encourageant, cautionnant ou laissant commettre le massacre ou l’exclusion de Juifs ; ils se déclarent favorables au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, mais en pratique, ils ne soutiennent que les droits du peuple palestinien prétendument « colonisé » par Israël ; ils se disent sensibles au malheur des Palestiniens mais ne protestent que quand ce malheur leur est infligé par des Juifs ; ils condamnent les « massacres » prétendument commis par l’armée israélienne mais beaucoup plus rarement voire jamais ceux revendiqués par les terroristes du Hamas contre les civils israéliens et palestiniens ; ils prétendent lutter contre les violences homophobes et envers les femmes, mais pas quand elles sont le fait du Hamas ; ils prétendent œuvrer à la « libération des Palestiniens », mais ils participent par leurs actions à leur instrumentalisation et à leur oppression par le Hamas et ses sponsors etc.

En résumé, persuadés d’œuvrer pour le Bien des Juifs et de l’Humanité, ils ajoutent, comme le dit Camus, au malheur du monde…


Cette faillite morale d’une partie de la jeunesse occidentale ne pourra être réparée par les mots et le débat rationnel car la novlangue en a perverti l’usage. A l’approche du 76ème anniversaire de l’indépendance d’Israël, c’est en méprisant les remontrances et les menaces de l’administration Biden et en mettant un terme à l’oppression intérieure et à l’impérialisme extérieur du régime des mollahs et de ses proxys que la nation d’Israël conquerra définitivement sa souveraineté et fera la démonstration concrète à l’Humanité de ce qu’est la sainteté véritable.


[1] Voir la déclaration du méga-donateur démocrate Haim Saban (https://www.israelnationalnews.com/news/389697) et le communiqué des fédérations juives d’Amérique du Nord (https://twitter.com/marcrod97/status/1788699276014416308)

 

[2] Voir cette remarquable analyse de Jake Novak au sujet de l’influence iranienne sur la politique américaine https://jakenovak.substack.com/p/iran-not-michigan-is-why-biden-is?utm_campaign=post

[3] Voir ce petit film sur l’antisémitisme dont ces deux femmes font l’objet depuis le 7 octobre : https://twitter.com/auroreberge/status/1787490807471050782

 
 
 

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