Paracha Emor : Le ‘Hessed du Netsa’h, ou la guérison du monde à travers la rigueur
- steveohana5
- 17 mai 2024
- 6 min de lecture
De nombreux parallèles existent entre la situation actuelle et celle qui régnait lors de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël il y a 76 ans. A travers le décryptage du ‘Omer – introduit par notre paracha- et du mois de Iyar, nous allons tenter de percer le sens de l’Histoire qui s’écrit actuellement : Israël est le peuple qui amène la guérison du monde à travers la rigueur.

Nous avons célébré le 6 Iyar le 76ème anniversaire de la Déclaration d’Indépendance d’Israël (qui a eu lieu le 5 Iyar 5708). Par un heureux « hasard » du calendrier, les dates coïncidaient également dans le calendrier (solaire) des nations (14 mai 1948-14 mai 2024). Cette coïncidence des deux calendriers ne survient qu’une fois tous les 19 ans…
Mais la concordance des temps ne s’arrête pas là. Comme en 1948, nous célébrons notre indépendance en pleine guerre contre des voisins voués à notre extermination. Comme en 1948, la superpuissance américaine s’oppose à notre souveraineté et nous menace de cesser sa fourniture d’armes et son soutien diplomatique si nous persistons à nous opposer à ses volontés. Comme en 1948, les leaders politiques israéliens se divisent sur la conduite à adopter : plier devant les volontés américaines (comme le recommandait à l’époque Moshe Sharett, qui allait devenir le premier ministre des affaires étrangères du jeune Etat d’Israël), ou affirmer notre souveraineté (comme le souhaitait David Ben Gourion) ? Finalement, par une courte majorité, le cabinet décide dans la nuit du 12 au 13 mai 1948 de déclarer l’indépendance moins de deux jours plus tard, au mépris des menaces américaines et de l’attaque imminente d’une coalition de sept armées arabes résolue à tuer le nouvel Etat hébreu dans l’œuf[1].
Et les « coïncidences » continuent… Par un autre curieux « hasard », la guematria de Biden (qui s’écrit en hébreu ביידן) correspond justement au nouvel âge d’Israël : 76 = 2 (ב) + 10 (י) + 10 (י) + 4 (ד) + 50 (ן) … Une indication que le conflit que notre Premier Ministre Benyamin Netanyahou a baptisé dès son origine notre « nouvelle guerre d’indépendance » se livre en réalité contre Essav, incarné par le Président du nouvel Empire de Rome…
La paracha Emor (« parle ») introduit le décompte du ‘Omer (si proche phonétiquement du titre de la paracha « emor »), qui s’étale durant les sept semaines qui séparent les fêtes de Pessah et Chavouoth (mot signifiant littéralement « semaines »). Si Pessah correspond à la sortie de notre asservissement et Souccot à la prise de conscience de notre vulnérabilité face à la toute-puissance divine, Chavouoth est la double fête de la Torah et de la terre d’Israël. En effet, comme l’explique le Rav Jonathan Sacks[2], le ‘Omer ne marque pas seulement la période de sept semaines qui sépare la sortie d’Egypte de la réception de la Torah. Le début du compte du ‘Omer correspond aussi précisément à l’arrêt de la manne et à la première consommation par les Hébreux des produits de la terre de Canaan, après leurs quarante années d’errance dans le désert.
Ainsi, lit-on dans le livre de Josué (5, 10-12) :
« Le soir du quatorzième jour du mois, alors qu'ils campaient à Guilgal dans les plaines de Jéricho, les Israélites célébrèrent la Pâque. Le lendemain de la Pâque [premier jour du Omer], ce jour-là même, ils mangèrent des produits du pays : des pains sans levain et des grains grillés. La manne s'est arrêtée le lendemain du jour où ils ont mangé cette nourriture de la terre ; il n'y avait plus de manne pour les Israélites, mais cette année-là ils mangèrent des produits de Canaan. »
L’arrêt de la manne et la culture des produits de la terre d’Israël marque le début d’une nouvelle ère pour les enfants d’Israël : ils sortent d’une existence où le dévoilement divin se fait « par le haut » (le mois de Nissan ניסן où est célébrée la fête de Pessah dérive du mot נס -ness, qui signifie miracle) à un autre type de dévoilement divin, cette fois-ci « par le bas ». A partir du lendemain de Pessah, et en particulier lors du mois de Iyar (אייר), qui suit celui de ניסן, c’est le peuple juif lui-même qui se trouve chargé de la mission de dévoiler la présence divine dans la matière… Et ce dévoilement passe de manière cruciale par la conquête de la terre d’Israël (pour y établir la souveraineté du peuple juif) et par sa culture. Ainsi, peut-on lire dans la paracha de la semaine dernière (Kedochim), au verset 19 :23 : « Quand vous serez entrés dans la Terre promise et y aurez planté quelque arbre fruitier […] »
Les sept semaines de la période du ‘Omer correspondent au perfectionnement de nos qualités morales (les 7 « middot »), représentées dans la kabbalah par la partie inférieure de l’arbre des sephirot. Chaque semaine du ‘Omer est l’occasion de travailler sur une middah particulière, dans l’ordre suivant : 'Hessed, Gvourah, Tiferet, Netsa'h , Hod, Yessod et enfin Malkhout[3]. Et, de manière holographique, à l’intérieur de chaque semaine, chaque jour représente à son tour l’une des sept middot, dans l’ordre précisé ci-dessus (le premier jour de la première semaine du ‘Omer est ainsi nommé le ‘Hessed du ‘Hessed, le deuxième jour de la première semaine est la Guevoura du ‘Hessed et ainsi de suite…). Le travail sur ces sept traits de caractère va permettre la descente des valeurs de l’infini (représentées par les trois sephirot supérieures ‘Hokhmah, Bina et Da’at[4]), dans le monde de la création.
Les lettres du mois d’Iyar (אייר) correspondent aux initiales des trois patriarches אברהם-Avraham יצחק-Yitzhak יעקב-Yaakov et de la matriarche Ra’hel-רחל. Or, la kabbalah nous révèle le symbolisme de ces quatre personnages clé de l’histoire biblique. Les trois patriarches représentent le triangle des middot supérieures : Avraham c’est l’attribut de l’amour (‘Hessed), Yitzhak c’est l’attribut de la rigueur (Gvourah) ; quant à Yaakov, il représente la synthèse de ces deux attributs dans la sphère de Tiferet. Ces trois attributs correspondent à la partie haute du corps (respectivement bras droit, bras gauche et cœur), par laquelle doivent d’abord passer les valeurs de l’infini avant de venir s’incarner dans le monde matériel. Vient ensuite Ra’hel, deuxième épouse de Yaakov et mère de Yosef et Benyamin, qui incarne le triangle des trois middot inférieures (Netsa’h, Hod, Yessod), représentée respectivement par la hanche droite, la hanche gauche et la milah (organe génital), qui vont permettre de concrétiser finalement les valeurs de l’infini dans la sphère la plus basse, celle de la Malkhout-Royauté (représentée par les pieds).
Pour être apte à recevoir la Torah et à dévoiler la royauté divine dans le monde de la matière, nous devons ainsi passer par une phase de purification, semblable au chemin initiatique traversé par nos trois patriarches et notre matriarche Ra’hel. Ainsi, serons-nous capables de guérir des souffrances et du Mal et de soigner à notre tour le monde : les lettres du mois d’Iyar correspondent en effet aux initiales de la phrase אני יי רופאך, « Je suis l’Éternel qui te guérit » (Exode, 15 :26).
Cette année, Yom Hatsmaout est, de manière révélatrice, célébré le 6 Iyar, le premier jour de la quatrième semaine du ‘Omer, c’est-à-dire le ‘Hessed du Netsa’h. Le ‘Hessed correspond à la capacité de donner inconditionnellement en annulant notre égo et sans rien attendre en retour. Le Netsa’h, quant à lui, représente la faculté à appréhender les choses dans leur totalité, en percevant le Bien qui se trouve dans chaque épreuve et dans chaque partie de la création. Par exemple, lorsqu’Hachem envoie des épreuves à un individu (perçues de manière négative par l’homme, donc Guévoura), mais que ces épreuves ne sont envoyées que pour faire grandir l’individu (donc du ‘Hessed) cela s’appelle Netsa’h. Ainsi, le Netsa’h semble parfois contradictoire : il s’agit d’un attribut qui est lié au ‘Hessed mais qui ressemble au Din (attribut de justice et de rigueur). Le Netsa’h représente également la « victoire » (qui se dit en hébreu nitsha’hon), mais aussi l’éternité. C’est dans ce dernier sens qu’il se trouve associé au peuple d’Israël dans le célèbre passage du livre de Samuel 15 :29, qui suit l’annonce de la destitution du roi Shaul, due à un excès de compassion l’ayant conduit à désobéir à l’ordre divin de détruire Amalek : Netsa’h Yisrael lo yeshaker ve lo yinachem - « l’éternité d’Israël ne mentira pas et ne changera pas d’avis ».
Ainsi, un excès de compassion ou un manque de emouna dans certaines circonstances où le Mal doit être éradiqué n’est pas une valeur positive mais au contraire une faiblesse coupable qui entretient le règne du mensonge et de l’injustice et qui n’est pas compatible avec l’exercice de la royauté. Le ‘Hessed du Netsa’h, c’est le don désintéressé et la guérison du monde (tikoun olam) qui se déploient dans l’apparence de la rigueur, une valeur qu’incarneront parfaitement le roi David[5], successeur de Shaul et parent de notre futur Machia’h, ainsi que le bien-nommé David Ben Gourion lorsqu’il prend la décision difficile de déclarer l’indépendance de l’Etat d’Israël il y a 76 ans… Puissent ces deux grands leaders inspirer les dirigeants actuels du peuple d’Israël en ces heures décisives de notre histoire[6]…
[1] Voir le passionnant récit de Yossi Touitou sur la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël : https://youtu.be/rC25IVpa0z4
[2] Voir son commentaire sur la paracha Emor : https://rabbisacks.org/covenant-conversation/emor/a-double-celebration/
[3] Voir cette explication sur ce que représente chacune des middot : https://www.torah-box.com/femmes/torah-feminine/omer-regard-pratique-sur-les-7-sefirot_18339.html
[4] Attributs divins dont les trois premières lettres forment le mot ‘Habad-חב"ד, autre nom du mouvement Loubavitch. On représente alternativement les trois attributs 'Hokhmah (sagesse), Bina (compréhension) D'aat (connaissance) ou ceux de Keter (couronne), 'Hokhmah et Bina (comme dans le dessin ci-dessus).
[5] En passant, le Psaume 76 du roi David est très riche de sens en cette 76ème anniversaire de l’Etat d’Israël… https://www.torah-box.com/torah-pdf/ketouvim/psaumes/76.html
[6] Pour prendre la mesure des enjeux de la crise politique actuelle, voir cette vidéo de la journaliste Caroline Glick https://www.jns.org/inner-strife-is-the-israeli-defense-minister-rebelling-against-netanyahu/



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