Paracha Devarim : Répondre au doute par l'action sur notre terre
- steveohana5
- 31 juil. 2025
- 4 min de lecture
Le doute ronge encore trop souvent notre lien avec la terre d’Israël. Je l’ai ressenti en France, chez certains Juifs qui ne croient plus vraiment à notre légitimité ni à notre avenir sur cette terre. Ce doute ancien réapparaît dans notre paracha, avec l’épisode des explorateurs. Moshé y répond par une foi passive ; Calev, lui, appelle à monter et à agir : "Montons, car nous en sommes capables." C’est cette voix que nous devons faire résonner aujourd’hui. Non pas fuir dans l’attente ni dans les débats stériles, mais reconstruire notre confiance à travers l’action : bâtir, défendre, enseigner, cultiver. En ce 9 Av 5785, réparons la faute du doute en redevenant les bâtisseurs de notre destin sur notre terre!

Ces dernières semaines passées en France m’ont fait prendre conscience du grand travail qu’il nous reste à accomplir pour vaincre nos aliénations.
J’y ai retrouvé chez certains membres de la communauté juive un doute profond : doute quant à la légitimité morale d’Israël, doute quant à sa pérennité, doute quant à notre avenir collectif sur cette terre. Ce doute, je l’avais entendu aussi chez certains Israéliens, qui ont comme perdu le sens de leur présence sur leur terre.
Ce doute me semble résonner plus fort encore depuis que la France et d’autres pays européens ont reconnu un État palestinien, comme s’ils venaient entériner ce manque de confiance que nous portons nous-mêmes.
Ce doute n’est pas nouveau. Il est au cœur de notre paracha, Devarim, lorsque Moshé revient sur l’épisode des explorateurs. À l’époque, le peuple, saisi de peur, doute de sa capacité à prendre possession de la terre.
Face à cette peur, Moshé tente de rassurer :
"לֹא תַעַרְצוּן וְלֹא תִירְאוּן מֵהֶם. ה' אֱלֹקֵיכֶם הַהֹלֵךְ לִפְנֵיכֶם הוּא יִלָּחֵם לָכֶם..."
“Ne vous épouvantez pas et ne craignez pas ! Hachem votre Dieu qui marche devant vous, c’est Lui qui combattra pour vous.” (Devarim 1, 29-30)
Mais cette réponse, aussi pleine de foi soit-elle, n’est pas entendue. Et surtout, elle est profondément inadaptée. Elle évoque un Dieu qui fait tout à notre place, un miracle visible, une intervention directe. Or, ce discours conduit à un verdict sans appel : “Tu n’y entreras pas.” (Devarim 1, 37)
Ce refus de Dieu d’autoriser Moshé à entrer en terre d’Israël n’est pas une punition arbitraire. Il révèle quelque chose de fondamental : un attachement excessif à une émouna qui attend tout d’en-haut, au lieu de faire naître la confiance en la capacité du peuple à agir lui-même, dans le cadre naturel de l’histoire.
Calev, lui, propose une autre réponse :
"עָלֹה נַעֲלֶה וְיָרַשְׁנוּ אֹתָהּ כִּי יָכוֹל נוּכַל לָהּ"
"Montons, montons ! Et prenons possession du pays, car nous en sommes capables." (Bamidbar 13, 30)
Ce double verbe – "עָלֹה נַעֲלֶה" – n’est pas anodin. Il désigne une montée réelle, physique : celle de la aliyah, celle de la prise en main du destin juif sur sa terre. C’est une réponse ferme, confiante, ancrée dans l’action humaine et la responsabilité politique.
Cette voix de Calev est la voix du sionisme politique, de Herzl à Ben-Gourion, de ceux qui ont cru que le projet juif sur sa terre ne se réaliserait ni par attente ni par miracle, mais par travail, construction, souveraineté.
Le Rav Kook écrivait que la sainteté d’Israël s’exprime non pas en s’arrachant au réel, mais en s’incarnant dans la nature, dans l’histoire, dans le politique. Une sainteté qui ne nie pas la matière, mais la transfigure. Le véritable miracle, disait-il, est celui qui passe par les lois naturelles. Il ne faut pas attendre que Dieu fasse à notre place, mais reconnaître que c’est à travers notre action que la Providence agit.
Et pourtant, un bug demeure. Même après 75 ans d’indépendance, ce doute ronge encore une partie d’entre nous. Il alimente les discours accusateurs : ceux qui, comme Delphine Horvilleur ou Alain Finkielkraut, reprochent à Israël d’avoir “affamé” Gaza, comme si, soudain, nous étions devenus oppresseurs, déconnectés de notre vocation morale. Mais ces accusations disent plus sur notre propre difficulté à nous aimer que sur la réalité.
Le doute sur notre légitimité vient toujours d’un refus de nous voir comme porteurs de cette mission divine, dans ce monde-ci, dans cette terre-ci, par les moyens de ce siècle.
Et ce doute entraîne deux conséquences graves :
Il nourrit la critique internationale.
Il nourrit notre propre exil intérieur, notre incapacité à assumer notre centralité historique.
La seule réponse possible est celle de Calev : "Montons. Nous en sommes capables."Non pas un discours mystique ou messianique. Non par des raisonnements intellectuels sans prises sur la réalité et produits d’une mentalité de l’exil. Mais par une parole simple, forte, incarnée : nous avons le droit, nous avons les moyens, nous avons le devoir de faire vivre Israël, de l’améliorer, de le défendre, de l’aimer.
C’est cette parole qu’il faut restaurer aujourd’hui.
Une parole qui rassemble, qui construit, qui inspire. Une parole qui ne nie pas les responsabilités ni les complexités. Mais qui les envisage dans un esprit confiant, agissant et positif.
Une parole qui ose dire : il est temps maintenant de rentrer chez nous sur notre terre, car nous en sommes capables.
Qui, aujourd’hui, incarne Calev ? Ce sont ceux qui construisent. Ce sont les jeunes qui montent, les familles qui plantent des arbres dans le Néguev, les soldats qui défendent leur terre, les enseignants qui éduquent à l’amour d’Israël, les chercheurs de l’institut Weizman qui font avancer la science. Tous ceux qui ont compris que l’antidote au doute est dans l’action pour développer et fructifier la terre d’Israël.
Le 9 Av aurait dû être un jour de joie, celui de nos noces avec la terre d’Israël. Mais il fut détourné de sa vocation : les explorateurs, par leurs paroles empreintes de doute, ont brisé l’élan de confiance, remettant en cause notre lien avec cette terre. Ce même jour devint, à travers l’Histoire, le moment de nos plus grandes pertes : la destruction des deux Temples. En ce 9 Av 5785, engageons-nous à réparer cette faute originelle. Rétablissons sa vocation première : celle d’une union assumée, confiante et agissante avec notre terre.


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