Paracha Choftim: Imagine there’s no police
- steveohana5
- 6 sept. 2024
- 4 min de lecture
Dans le premier verset de la paracha Choftim, plus de 3000 ans avant Montesquieu, Moché pose le principe de la séparation des pouvoirs judiciaire et exécutif, en demandant aux enfants d’Israël de « se donner des juges et des policiers ». Dans la prophétie d’Isaïe, que nous lisons dans la haftara de ce chabbat, nous apprenons qu’aux temps messianiques, les policiers ne seront plus nécessaires et seront remplacés par des conseillers. A l’aide des enseignements du Rabbi Loubavitch, nous allons tenter de comprendre la transformation de l’humanité sous-jacente à cette disparition de la police…

Shoftim veshotrim
Des juges et des policiers
titen-lekha
tu te donneras
bekhol-she'areykha
dans chacune de tes villes (littéralement « dans chacune de tes portes »)
Comme l’explique Léon Askénazi, commentant l’expression « bekol she’areykha », la justice, dans la conception de la Torah, est une justice locale, adaptée aux us et coutumes des justiciables, capables de comprendre les conditionnements psychologiques et culturels à l’origine de leurs actes.
Dans le verset suivant, Moché nous rappelle l’importance de disposer de juges impartiaux et intègres :
« Ne fais pas fléchir le droit, n'aie pas égard à la personne, et n'accepte point de présent corrupteur, car la corruption aveugle les yeux des sages et fausse la parole des justes. »
Cet avertissement prophétique résonne particulièrement avec notre époque, où l'institution judiciaire n’a jamais été aussi corrompue et où la « justice » est partout instrumentalisée pour servir les idéologies partisanes et les intérêts des puissants[1].
La Rabbi Loubavitch met en rapport le premier verset de notre paracha avec la prophétie d’Isaïe sur la fin des temps (Isaïe, 1 :26). Après nous avoir livré une description prophétique de la corruption morale des institutions judiciaires et de l’ensemble des élites (« Tes chefs sont dissolus, se font complices de voleurs ; tous aiment les dons corrupteurs et courent après les gains illicites ; à l'orphelin ils ne font pas justice, et le procès de la veuve n'arrive point devant eux. »), le prophète Isaïe nous annonce notre délivrance future, par cette phrase étonnante :
« Je restaurerai tes juges comme autrefois, tes conseillers comme à l'origine. Ensuite, on t'appellera ville de Justice, cité fidèle. »
Pourquoi cette substitution des « policiers » de la paracha par les « conseillers » de la prophétie ?
Le Rabbi Loubavitch, dans son commentaire de la paracha Choftim, nous livre la clé de cette énigme : dans les temps messianiques, nous n’aurons plus besoin de policiers pour faire appliquer les lois car ces-dernières seront déjà parfaitement internalisées par les hommes. Seuls des « conseillers » seront alors nécessaires pour nous aider à incarner les valeurs de justice qui nous habitent dans le monde de la matière.
Le Rabbi emploie l’analogie suivante pour nous faire comprendre la transformation en cours. Le corps de l’homme est assimilé à une « Cité », dont les forces du Bien et du Mal cherchent chacune à prendre le contrôle : d’un côté, le mauvais penchant pousse l’homme à céder à ses pulsions viles et grossières, totalement détachées du divin ; de l’autre, l’âme divine cherche à faire de l’être tout entier un réceptacle de la Volonté divine.
Les « juges » correspondent aux trois sephirot supérieures (‘hochmah- sagesse, binah- discernement et da’at- connaissance) qui assistent l’âme divine dans ce combat. Ces valeurs supérieures (dont les juges sont censés être les représentants dans la Cité juive idéale) sont celles à travers lesquelles pourra être rendu un « jugement » éclairé sur la conformité de nos actes, paroles et pensées avec les valeurs du divin. Avant l’ère messianique (‘olam hazé), l’action des juges s’exerce sur la personne de façon coercitive et nécessite donc l’intervention de « policiers » (par exemple la puissance de notre volonté à agir selon le Bien) pour faire exécuter la « sentence » des juges. La personne reste donc dans un état de dualité, où le mauvais penchant de l’être, bien que jugulé par la volonté de faire le Bien, continue à tirailler les hommes et à s’opposer au dévoilement de la Royauté divine sur la terre. Le mot hébreu ‘olam-עולם (« monde ») renvoie d’ailleurs à ‘elem -עלם (« voile ») : le monde est le lieu où la présence divine se « cache », comme l’est aussi l’« histoire », dont l’origine latine historia peut être décomposée en hester (caché) yah (Dieu).
Mais, maintenant qu’arrive l’ère messianique (‘olam haba), l’aspiration des êtres à se rapprocher de leur source divine devient tellement puissante que l’exécution de la sentence des juges n’a plus besoin de l’intervention de policiers, mais simplement de « conseillers ». Ces conseillers, à l’inverse des policiers, n’ont plus besoin de soumettre le mauvais penchant du sujet, mais simplement de réveiller son aspiration intrinsèque à agir selon le Bien. Ils prennent la forme des 6 sephirot inférieures, correspondant aux « middot » 'Hessed (bonté/amour), Gvurah (rigueur/crainte), Tiféreth (beauté/compassion), Netsa'h (éternité/persistance), Hod (splendeur/sincérité) et Yessod (fondation/lien), qui se rapportent aux sentiments. Notre travail consiste à accueillir ce « conseil » sans réserve, jusqu’à faire de chaque parcelle de notre chair le réceptacle de ces middot.
Au lendemain du 7 octobre, nous avons vu ces valeurs jaillir spontanément d’un océan de médiocrité et d’obscurité. Près d’un an après ces événements, les démons de la discorde et de la haine gratuite sont malheureusement en train de se réveiller, preuve de notre difficulté à internaliser par nous-mêmes les valeurs du divin. Dans ce contexte, seul l’ennemi extérieur sous la forme d’Amalek est capable de provoquer en nous l’éveil moral nécessaire…
Quand nous parviendrons à aimer Dieu de tout notre être et à désirer par nous-mêmes ce qu’Il veut pour nous, alors le Mal sera définitivement aboli et la volonté divine pourra s’incarner parfaitement dans la sephira la plus basse de Malkhout (royauté/service). Le voile qui fait obstacle au dévoilement de la présence divine dans le monde pourra alors enfin se lever, et nous pourrons faire advenir la prophétie d’Isaïe 51 :12, lue dans la haftara de ce chabbat:
« Oui, les rachetés du Seigneur reviendront ; ils rentreront à Sion avec des chants de triomphe, une joie perpétuelle couronnant leur tête. Joie et allégresse seront leur partage, adieu douleur et soupirs ! C'est Moi, c'est Moi qui vous console ! »
[1] Le dernier exemple date d’il y a quelques jours à peine, le journaliste israélien Amit Segal ayant révélé la collusion du magistrat Avichaï Mandelbit avec le représentant de l’ordre des avocats Efi Nave pour assurer sa nomination comme Procureur Général en 2016. Voir l’article de Amit Segal en hébreu https://www.mako.co.il/news-politics/2024_q3/Article-1dc4e0b6e9cb191027.htm


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