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Paracha Chela’h Lekha : guérir de notre complexe par rapport à la terre d’Israël

  • steveohana5
  • 28 juin 2024
  • 6 min de lecture

La paracha de cette semaine nous apprend que la contestation par les Nations de la souveraineté juive sur sa terre tire sa source d’un complexe très profond du peuple juif par rapport à sa propre légitimité sur cette terre. Ceci nous suggère que la clé de notre Délivrance se trouve en nous-mêmes. C’est en nous rattachant positivement à la terre d’Israël que nous mettrons fin à l’antisionisme des Nations et délivrerons l’Humanité.



Avec l'aimable autorisation de Gérard Darmon, artiste-peintre

Le tout premier commentaire de Rachi dans la paracha Berechit se demande pourquoi la Torah, qui constitue essentiellement un code de loi, commence par le récit de la création. Voici la surprenante réponse que fournit le plus grand commentateur de la Torah :


"Rabi Yits‘haq a enseigné : La Torah, [en tant qu’elle constitue essentiellement un code de lois], aurait dû commencer par : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois » (Chemoth, 12, 2), puisque c’est par ce verset qu’est édictée la première mitsvah prescrite à Israël. Pourquoi débute-t-elle avec Berechit ? « La puissance de Ses hauts faits, Il l’a révélée à Son peuple, en lui donnant l’héritage des nations » (Tehilim 111, 6). Ainsi, si les nations du monde viennent à dire à Israël : « Vous êtes des voleurs, vous avez conquis les terres des sept nations ! », on pourra leur répondre : « Toute la terre appartient au Saint béni soit-Il. C’est Lui qui l’a créée et Il l’a donnée à qui bon lui a semblé. (Cf. Yirmeya 27, 5). C’est par Sa volonté qu’Il les a données à ces peuples, et c’est par Sa volonté qu’Il les leur a reprises et qu’Il nous les a données ! » (Yalqout chim‘oni, Bo 187)"


Le fait que le tout premier commentaire de Rachi sur le texte biblique concerne la légitimité de la souveraineté juive sur sa terre montre le caractère absolument central de cette souveraineté aux yeux du sage de Troyes, qui souligne au passage de façon prophétique le fait que cette souveraineté sera amenée à être contestée par les Nations. Là où Rachi semble se tromper – en tout cas pour l’instant- c’est sur le fait que la Torah, et en particulier son début, puisse représenter un « antidote » à cette contestation.


En effet, cet antidote se trouve en réalité à l’intérieur de nous car le doute quant à cette légitimité provient du peuple d’Israël lui-même… Comme l’explique le Rav Léon Askenazi, commentant l’œuvre essentielle du Maharal de Prague[1] :


« Si c’était la génération de la sortie d’Egypte qui était elle-même entrée en Erets Israël, il n’y aurait jamais eu de contestation sur le lien entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël. Cette première contestation de l’humanité entière sur le lien direct apparemment évident entre le peuple d’Israël et la terre d’Israël n’aurait pas eu lieu s’il n’y avait pas cette même problématique de perplexité et de doute dans le peuple d’Israël lui-même. D’après le Maharal de Prague, si les Bné Israël étaient entrés en Erets Israël, autrement dit s’ils n’avaient pas commis la « faute des explorateurs », ils y seraient restés pour toujours, et n’auraient pas connu les exils dans lesquels ils furent plongés (cf. Netsa'h Israël chap. 8 ). »


On saisit donc l’importance capitale de la paracha de cette semaine Chela’h Lekha, dite des « explorateurs ». Moïse y envoie 12 espions (« explorateurs ») pour explorer la Terre d’Israël que le peuple est sur le point de conquérir. Quarante jours plus tard, dix de ces espions rapportent que le pays est habité par des géants et des guerriers "invincibles". Seuls Caleb et Yéhochoua (Josué) maintiennent que la terre peut être conquise comme D.ieu l’a promis. Le peuple se désespère et affirme qu’il serait préférable de retourner en Egypte. D.ieu, en colère, décrète que l'entrée des enfants d'Israël dans le Pays sera retardée de 40 ans, le temps que la génération de la sortie d’Egypte s'éteigne dans le désert. 


De façon éclairante, le titre de notre paracha ressemble étrangement à celui de la paracha Lekh Lekha du livre de la Genèse, où D.ieu demande à Avraham (qui alors s’appelle encore Avram) de quitter sa ville natale d’Our-Kasdim en Babylonie pour se rendre en terre de Canaan, qu’il attribue à sa descendance.


Un dialogue extraordinaire entre D.ieu et Avraham révèle déjà le « complexe » du prophète quant à son mérite sur cette terre.


Le patriarche s’interroge ainsi sur sa légitimité à prendre possession de cette terre :

bamah eda ki irashenah ? - En quoi saurais-je, que j’en hériterais ?

Et Dieu lui annonce alors en prophétie le futur exil du peuple juif en terre d’Egypte ainsi que sa libération ultérieure:

yadoa teda  ki-guer yihyeh zarâkha  be'erets lo lahem […] - "Savoir, tu sauras, ta postérité séjournera sur une terre étrangère, où elle sera asservie et opprimée, durant quatre cents ans


Autrement dit, D.ieu révèle à Avraham un motif récurrent de l’histoire du peuple juif : à chaque fois que le peuple juif ressent un doute sur sa légitimité ou sa capacité à occuper la terre que D.ieu lui a attribuée, alors il sera envoyé en « stage » en exil pour qu’il y ressente qu’il y est étranger et qu’il désire ardemment revenir sur la terre dont il a reçu l’héritage. Comme le formule Léon Askenazi, décrivant la pensée du frère du Maharal de Prague le Rav Hayim Ben Betsalel[2] : « tu n’es pas sûre que cette terre est la tienne ? Tu iras donc ailleurs. Et quand tu seras sûr qu’ailleurs ce n’est pas chez toi, tu reviendras chez toi ! » Comme pour bien marquer le lien entre le rejet de la terre d’Israël par les Juifs et l’exil, les deux temples de Jérusalem seront détruits le 9 du mois de Av, précisément le jour où le peuple juif se lamente suite au rapport négatif des dix explorateurs…


Depuis les années 70, la haine antisémite a pris comme point focal justement la question de la terre, après presque 2000 ans d’anti-judaïsme d’abord religieux puis racial. Les deux parachiot aux noms si proches Chela’h Lekha et Lekh Lekha permettent de comprendre que cette contestation de la légitimité d’Israël par les Nations n’est en réalité qu’une réponse au malaise du peuple juif lui-même par rapport à sa souveraineté sur sa propre terre.


Dans Lekh Lekha, la question que pose Avraham est celle de son « mérite » par rapport à cette terre : en quoi le peuple juif est-il plus légitime sur cette terre que les peuples qui l’habitaient avant sa (re)conquête ? On retrouve ici le questionnement d’une partie de la gauche israélienne par rapport à la « légitimité palestinienne concurrente sur la même terre ». Dans Chela’h Lekha, la peur des explorateurs d’affronter les dangers de cette terre cache une peur plus profonde d’échouer à incarner fidèlement les valeurs de l’infini dans le monde de la matière, compte tenu de la nécessité de quitter le monde de l’esprit et de l’étude qui était celui de la vie juive dans le désert pour mener des guerres, édifier une société juste et cultiver la terre[3]. On trouve ici le malaise du monde juif orthodoxe par rapport à l’idée d’établir une souveraineté juive avant l’arrivée du Machia’h. Le doute des explorateurs fait également écho au malaise identitaire de la diaspora occidentale qui, tout en manifestant un fort attachement à Israël, éprouve une grande réticence à quitter le confort matériel du quatrième exil (appelé « exil de Rome ») pour participer à la refondation de la nation d’Israël sur sa terre ancestrale.


Ce triple malaise alimente directement le nouveau discours judéophobe des Nations, qui fustige le « crime de double-allégeance » des Juifs de diaspora et prend souvent pour

référence les critiques de la gauche israélienne et du monde orthodoxe concernant la légitimité d’Israël. Mais, comme prophétisé par le Rav Kook[4], cette nouvelle judéophobie contient paradoxalement le remède à nos questionnements : en faisant revenir le spectre de la destruction d’Israël, de l’exil et des persécutions, elle vient finalement réveiller l’attachement des Juifs du monde entier à leur nation et à leur terre, clé de la Délivrance d’Israël et de l’Humanité. Depuis le 7 octobre, les malaises identitaires de la gauche israélienne comme du monde orthodoxe se dissipent peu à peu… tandis que la motivation de la diaspora occidentale pour l’alya n’a jamais été aussi grande !


Ces deux parachiot nous suggèrent ainsi un « raccourci » pour parvenir à la Délivrance sans avoir à passer par l’antisémitisme et les persécutions : le peuple juif doit, pour se guérir de son complexe par rapport à sa terre, apprendre à ressentir de façon intrinsèque la sainteté de la Terre d’Israël ainsi que sa légitimité sur cette Terre, et les Juifs de diaspora doivent venir la rejoindre au nom d’un sionisme positif, non plus fondé sur la conviction qu’ils ne sont pas chez eux au sein des Nations, mais sur la certitude qu’ils sont chez eux en Eretz israel !


[1] Voir son commentaire sur la Chela’h Lekha : http://manitou.over-blog.com/article-shlah-leha-1995-51615443.html

[4] Voir son discours sur l’exil et les trois shofars https://breslev.com/360722/

 
 
 

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