Paracha Bo : délivrer la Chekhina de son exil
- steveohana5
- 31 janv. 2025
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Léon Askénazi nous enseigne dans son commentaire de la paracha Bo que la mission du peuple juif en exil est de libérer la sainteté -la Chekhina- qui se trouve elle aussi en exil au sein de la Nation d’accueil. Alors que s’achève le quatrième et dernier exil du peuple juif ("exil de Rome"), les Juifs des pays occidentaux, dans un contexte qui fait penser au récit de la fin de l'exil égyptien, sont en train d’achever cette mission aujourd’hui

Vayomer Hashem el-Moshe bo el-Par'o
ki-ani hi’hbadeti et-libo ve'et-lev avadav lema'an shiti ototay eleh bekirbo.
L'Éternel dit à Moshé: "Viens-va chez Pharaon; car moi-même, j'ai appesanti son cœur et celui de ses serviteurs, afin que Je puisse placer Mes signes autour de lui.
Comme souvent, le titre de notre paracha nous en révèle le message principal : pourquoi l’emploi dans ce verset du verbe « Bo el Par’o » - « viens chez Pharaon » plutôt que celui, a priori plus naturel, du verbe « Lekh le Par’o » - « va chez Pharaon » ?
L’expression Bo el Par’o laisse penser en effet que D.ieu demande à Moshé de venir le rejoindre dans la résidence de Par’o, dans laquelle Il se trouve.
Le Rav Léon Askénazi, se référant au Rabbi de Kotsk, nous en livre l’interprétation[1] : « étant donné l’universalité de la présence de D.ieu dans le monde, alors il y a D.ieu prisonnier du Pharaon. Et c’est Dieu prisonnier du Pharaon qui demande à Moshé de le délivrer. »
Le message qui est transmis ici est d’une grande profondeur. Moshé a peur de se rendre devant le Pharaon car il le voit encore comme un « ennemi », sous l’emprise de "forces du Mal" étrangères à la Volonté Divine. Mais D.ieu le rassure en lui disant que le « Mal » dont Pharaon est sous l’emprise n’est en réalité que l’instrument de la Volonté Divine elle-même, c’est-à-dire finalement du Bien (« moi-même j'ai appesanti son cœur et celui de ses serviteurs, afin que Je puisse placer Mes signes autour de lui. »).
Le message que D.ieu envoie à Moshé, premier libérateur du peuple d’Israël et modèle de notre futur roi Machia’h, est le suivant : « Tu crois que tu as en face de toi le « Mal », mais ce n’est qu’une illusion ; tout dans Ma Création procède en réalité du Bien ; ta mission est d’apprendre à déceler le Bien qui se cache dans ce que tu crois être le « Mal » et de libérer la Sainteté qui se cache en lui. Et c’est ainsi que tu Me libéreras en même temps, moi ton Créateur, en révélant ma Présence dans chaque parcelle de la Création. »
Dans notre commentaire de la paracha Chémot, nous avions vu que ce n’était pas seulement les corps des bnei Yisrael qui étaient retenus prisonniers en Egypte, mais plus profondément leurs Noms, c’est-à-dire leur Neshama. Nous comprenons à présent qu’à travers les Noms, c’est la Chekhina (la Présence Divine) qui est elle-même emprisonnée dans l’exil égyptien, et qu’elle sera libérée par l’intermédiaire de Moshé en même temps que le seront les bnei Yisrael.
Tout le processus des Dix Plaies et des dialogues (de sourds) entre Moshé, Aaron et Par’o remplit une fonction essentielle. Le processus de libération doit passer en effet par la teshouva de Par’o et par son acceptation formelle du départ des enfants d’Israël. En choisissant de rester en exil au-delà de la génération de Yossef, les bnei Yisrael ont remis les clés de leur âme (et de la Chekhina) au roi de la Nation où ils ont décidé de s’établir. Le Rav Léon Askénazi parle d’un « contrat de travail » entre les Juifs de Galout et la Nation d’accueil. Contrat qui ne peut pas être rompu unilatéralement par les Juifs ni même par Hakadoch Baroukh Hou, mais seulement par un « consentement mutuel », où la Nation hôte finit par « chasser » ou « laisser partir » ses Juifs… souvent après les avoir persécutés… [2]
Le contrat entre les bnei Yisrael et l’Egypte revêt une importance particulière, comme l’explique Léon Askénazi :
« Le mot de Par’o פרע possède les mêmes lettres que ‘Afar עפר la poussière. Israël a été enfanté par l’Egypte du Pharaon, un peu comme l’homme est créé à partir de la poussière, et doit être libéré de cette aliénation à la poussière. Il y a alors une aliénation qui continue, même une fois libéré, on ne peut l’être complètement. Tant qu’on est présent en ce monde-ci, on est encore attaché à la poussière. Et par conséquent, bien que libéré d’Egypte, on est encore handicapé par le ‘Afar de Par’o...
L’Egypte de Pharaon a été la civilisation la plus ‘Afar, la plus « poussiéreuse » de l’histoire : elle est le modèle de ce dont il faut être sauvé : l’aliénation à la matière.
Il y a eu de grandes civilisations qu’Israël a traversé, elles sont enfouies dans la poussière. Mais maintenant c’est la civilisation égyptienne qui est le modèle de ce dont il faut être libéré. La Torah a choisi d’être révélée à Israël à la sortie d’Egypte, et non pas à la sortie de Babel, ni à la sortie d’Athènes, ni à la sortie de Rome, mais à la sortie de l’Egypte du Pharaon !
Il y a une dignité de cette civilisation qui a mérité qu’on parle d’elle tellement dans la Torah. Une civilisation approximative mais proche : on en a sauvé ce qu’il y avait de sauvable : la Qdoushah enfouie en Egypte en sortant d’Egypte. Ce ne sont pas les Égyptiens qui ont le Shoulhan Aroukh égyptien entre les mains, c’est nous ! Cela va jusque-là. »
L’exil égyptien – et la délivrance qui y met fin dans le livre de Chémot - vont fournir le modèle de tous les exils – et de toutes les délivrances- ultérieurs du peuple juif.
A chaque fois, l’enjeu du processus de l’exil et de la libération est d’extraire de la civilisation d’accueil l’étincelle de sainteté qu’elle recèle en elle, pour la sanctifier. Tout le travail actuel des Juifs qui se trouvent encore dans les pays occidentaux ne consiste en réalité qu’en cela…
Comme l’explique à nouveau Léon Askénazi :
« De la même façon qu’en Egypte, les Hébreux ont sauvé la sainteté de Babel avec la famille d’Abraham, la sainteté de la Grèce avec les Makabim. Et on est en train de sauver la sainteté de l’Occident contemporain avec Israël contemporain.
Vous allez me dire tout de suite : « Quoi ! l’occident va disparaître ? » Et alors ? Ce n’est pas notre problème !
Ceci dit, il faut effectivement sauver ces valeurs occidentales et les mettre à l’abri. Si vous avez des cousins qui s’occupent encore de ramasser des saintetés françaises, envoyez-leur un télégramme : ça urge !
L'actualité de cette prophétie est troublante, alors que s'abattent sur les sociétés occidentales des catastrophes qui nous font penser aux Dix Plaies.
Puisse donc ce dvar torah être un "télégramme" pour aider nos "cousins" de France à terminer leur mission !
[1] Voir son commentaire de la paracha Bo http://manitou.over-blog.com/article-bo-1996-43070861.html
[2] Ce schéma va se répéter à chaque fin d’exil :
1. L’exil de Babel après la destruction du Premier Temple s’est achevé par la décision du roi perse Cyrus de « laisser » les Juifs rentrer en terre d’Israël pour y reconstruire le Temple
2. L’exil de Rome (l’exil des Juifs dans les pays occidentaux qui a commencé avec la destruction du Second Temple en 70 par Titus) est entré dans son dénouement avec la Déclaration Balfour et la décision de la Société des Nations d’œuvrer à l’établissement d’un foyer juif dans le Mandat britannique de Palestine
3. L’exil des Juifs de l’ex-URSS s’est achevé par la décision du gouvernement soviétique de lever l'interdiction de quitter le pays pour les refusniks, dont la plupart étaient des Juifs à qui l'autorisation de quitter le pays avait été préalablement refusée


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