Paracha Balak : Yitro contre Balak, ou la compréhension du sens de la Création
- steveohana5
- 19 juil. 2024
- 6 min de lecture
Qu’est-ce qui distingue Balak, ennemi irréductible du peuple juif, de Yitro, qui a rejoint la foi d’Israël ? Tous deux ont assisté à la mise en pièce de nations ennemies d’Israël par l’armée hébreu. Pourtant, les conclusions qu’ils ont tirées de ces épopées militaires furent opposées. Leurs attitudes à l’égard d’Israël proviennent de leurs différences de compréhension du sens profond de la Création. Cet enseignement fondamental nous suggère une approche nouvelle pour contenir ce que Léon Askénazi appelle la « propagande névrotique » et pour accélérer notre Délivrance prochaine B’H.

Comme l’a pointé le ‘Hatam Sofer[1], la paracha Balak a ceci de particulier qu’elle prend entièrement le point de vue de deux ennemis d’Israël : Balak, roi de Moab, fait appel, pour maudire Israël, à Bil’am, un puissant prophète descendant de Lavan[2].
Qu’est-ce qui distingue finalement Balak, ennemi irréductible d’Israël, de Yitro, beau-père de Moshé qui a épousé le destin d’Israël après la sortie d’Egypte et la victoire sur Amalek, et qui a donné son nom à la paracha des Dix Commandements ?
Balak et Yitro, qui furent tous les deux conseillers de Pharaon, ont assisté à la mise en pièce de nations ennemies d’Israël par l’armée des enfants d’Israël. Pourtant, les conclusions qu’ils ont tirées de ces épopées militaires furent opposées.
Comme l’explique le rav Elimelekh Biderman, l’essentiel de leur différence de perception est contenue dans les premières phrases des deux parachiot :
· Premier verset de Balak[3]:
Vayare Balak ben tsipor et kol asher ‘asa Yisrael laemori
Balak, fils de Tsipor avait vu tout ce qu’Israël avait fait aux Amoréens
· Premier verset de Yitro[4] :
Vayishma Yitro cohen Midian ‘hoten Moshe et kol asher ‘asa Elohim leMoshe veleyisrael ‘amo ki hotsi hachem et Yisrael mimistrayim
Yitro, prêtre de Midian, beau-père de Moshé, entendit tout ce que Dieu avait fait à Moshé et à Israël son peuple, car l’Eternel avait fait sortir Israël d’Egypte.
Ainsi, tandis que Yitro « entend » (c’est-à-dire « comprend profondément »[5]) la Providence Divine qui détermine tout le destin historique du peuple d’Israël, Balak « voit » les mêmes événements sous un angle historique et factuel.
Et cette différence de perception détermine leurs attitudes opposées à l’égard d’Israël : alors que, pour Yitro, la traversée de la Mer Rouge et la victoire sur Amalek sont des preuves non seulement de l’existence d’un Dieu de la Providence intervenant dans l’Histoire mais aussi de l’élection d’Israël pour en porter le message à l’Humanité, Balak, au contraire, se sent « inquiet » (vayagar) et « dégoûté » (vayakats) par les victoires d’Israël sur ses ennemis.
De façon intéressante, Bil’am, à l’inverse de Balak, « connaît » D.ieu et est même capable de recevoir et transmettre sa parole, sans jamais dénaturer son message. C’est d’ailleurs ce qui va l’amener à transformer les malédictions demandées par Balak en trois magnifiques bénédictions, dont certaines sont restées dans la postérité[6]. C’est ce qui va l’amener aussi à nous révéler des secrets extraordinaires sur la fin des temps[7] (que ni Moshé ni Yaakov, pourtant détenteurs de tels secrets, n’ont été autorisés à divulguer). En revanche, il ne perçoit pas la mission que ce D.ieu tout puissant a confiée à l’Homme dans ce monde : se perfectionner moralement pour parfaire la Création et y dévoiler la Royauté Divine, en prenant appui sur la Torah, le peuple et la Terre d’Israël. C’est ce qui explique son attitude cynique[8], orgueilleuse[9], dépravée et cruelle[10] tout au long de la paracha, ainsi que son incapacité à refuser net les sollicitations perfides de Balak.
Les échos avec la période actuelle sont très troublants. Comme l’explique Léon Askénazi[11], il se lève à chaque fin d’exil du peuple juif des « prophètes » des Nations qui entreprennent de « maudire » Israël (au sens de « dire le mal de »), pour tenter d’empêcher le dévoilement de la Royauté Divine à travers le retour d’Israël sur sa Terre. Contrairement à Bil’am, ces « prophètes » ne sont pas en contact avec le D.ieu Un, mais avec certains de ses serviteurs malfaisants, dont le rôle dans la Création est de laisser aux hommes le libre arbitre entre forces de Mort et de Vie. Les opérations de propagande qui résultent de ces « fausses prophéties mortifères » ont des effets dévastateurs, parvenant, comme l’explique Léon Askénazi, à « transformer le bien en mal et le mal en bien ».
Le rav Askénazi, dans son commentaire de la paracha Balak, explicite sa pensée :
« Cette attitude de la mauvaise foi qui est dans la propagande est une névrose qui se nourrit de n’importe quel indication ou indice, et chaque argument pouvant être mis en avant est intégré et utilisé par la propagande. C’est d’ailleurs pourquoi les rabbins ont toujours enseigné que le plus grand mal, le plus grand Yetser Hara, c’est la calomnie »
Quel serait l’antidote à cette « propagande névrotique » qui se déchaîne aujourd’hui sur nous pour s’opposer à notre délivrance (très prochaine B’H) ?
La Torah, à travers les parachiot de Yitro et de Balak, nous fait entrevoir une approche qui va à rebours des stratégies de « réinformation » et de « fact-checking » couramment utilisées. En effet, le combat ne se situe pas sur le terrain de la « vérité » ni des faits mais sur celui du sens métaphysique de notre existence : la reconnaissance qu’il existe à l’origine de Tout un D.ieu de la Providence et de la Morale, qui a créé l’Homme pour être son associé dans sa Création et choisi le peuple juif pour porter son Message, délivrer l’Humanité de la Mort et du Mal et dévoiler sa Royauté sur la terre. Les Juifs et les Justes des Nations qui perçoivent cette dimension cosmique de notre Vie ne doivent plus hésiter à la proclamer haut et fort, sans avoir peur d’aller à contre-courant d’un Occident aujourd’hui dominé par les forces rationalistes et matérialistes.
David Ben Gourion lui-même, né en Pologne, non observant, mais grand connaisseur de la tradition juive et de la Torah, n’avait-t-il pas déjà émis cette surprenante prophétie : « En Israël, celui qui ne croit pas aux miracles n’est pas réaliste ! ».
[1] Le rabbin Moshe Schreiber (Sofer), connu sous le nom de ‘Hatam Sofer, était le principal leader des communautés juives de l'empire austro-hongrois pendant la première partie du XIXe siècle.
[2] A l’inverse, les précédentes parachiot du livre de Bamidbar nous étaient racontées du point de vue du peuple juif : la ‘houtzpa du peuple réclamant de la viande dans Behaalot’ha, la faute des explorateurs dans Chela’h Lekha, la rébellion interne dans la paracha Kora’h, la mort de ses leaders dans la paracha ‘Houkat etc.
[3] Juste après le récit dans ‘Houkat d’une triple victoire d’Israël d’abord sur le peuple d’Amalek déguisé en Cananéens, puis sur le roi des Amoréens Si’hon, puis finalement sur Og, roi de Basan
[4] Juste après le récit de la victoire sur Amalek dans Bechala’h
[5] Voir notre commentaire sur la paracha Yitro https://www.yedia.org/judaisme/en-attendant-shabbat-yitro/
[6] « Qu'elles sont belles tes tentes, ô Jacob! Tes demeures, ô Israël! » (Bamidbar, 24 :5)
[7] « Et maintenant, je m'en retourne chez mon peuple; mais écoute, je veux t'avertir de ce que ce peuple-ci fera au tien dans la suite des jours." Et il proféra son oracle de la sorte: "Parole de Bil’am, fils de Beor, parole de l'homme au lucide regard, de celui qui entend le verbe divin et connaît le secret du Très-Haut qui perçoit la vision du Tout-Puissant, qui fléchit, mais dont l'œil reste ouvert: je le vois, mais ce n'est pas encore l'heure; je le distingue; mais il n'est pas proche: un astre s'élance de Jacob, et une comète surgit du sein d'Israël, qui écrasera les sommités de Moab [Moab a été vaincu par David mais cette victoire ne fut pas définitive et Moab a fini par s’assimiler aux pays arabes] et renversera tous les enfants de Seth [Rachi explique que ce sont toutes les nations, le Targoum de Jonathan explique qu’il s’agit de Gog et Magog], fera sa proie d’Edom et de Séir [pays d’Esav, qui a donné naissance à Rome et généralement l’Occident], ses ennemis; et Israël triomphera. Oui, un dominateur naîtra de Jacob [allusion au Machia’h], qui balaiera des villes leurs derniers habitants." Puis il vit Amalek, et il proféra son oracle en disant: "Amalek était le premier des peuples; mais son avenir est voué à la perdition.[Amalek représente toutes les forces qui, dans l’Histoire, ont été uniquement motivées par l’anéantissement d’Israël, d’Haman aux mollahs iraniens, en passant par Hitler]" Il vit le Kénéen [il pourrait s’agir soit des descendants de Yitro soit des Ammonites], et il proféra son oracle en disant: "Fortifie ta demeure! Pose ton nid sur le rocher! Car, s'il est consumé, ô Kénéen, en combien peu de temps Assur te fera captif!" Il proféra encore son oracle et il dit: "Hélas! Qui peut vivre quand Dieu ne l'a pas voulu? Des flottes, parties de la côte de Kitttm, subjugueront Assur, subjugueront Héber mais lui aussi est voué à la ruine.[c’est, d’après le Zohar et le Targoum de Jonathan, une allusion aux guerres que nous livrera Ismaël à la fin des temps] » (Bamidbar, 24 : 14-24)
[8] Il est uniquement motivé par les honneurs et l’argent
[9] Il interprète toutes les paroles de D.ieu d’une manière qui met en valeur sa propre grandeur ainsi que la petitesse des autres
[10] Il maltraite et abuse sexuellement de son ânesse
[11] Voir son commentaire de la paracha Balak http://manitou.over-blog.com/article-34295764.html


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