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Paracha Balak : dévoiler la lumière cachée sous la klipah

  • steveohana5
  • 11 juil. 2025
  • 6 min de lecture

La paracha Balak montre comment Dieu transforme les malédictions en bénédictions, révélant la lumière cachée sous la klipah (écorce). Balak ben Tsipor (« fils de l’oiseau ») possède une grande force spirituelle, dévoyée au service des forces négatives. L’oiseau dont il tire son intelligence s’oppose à la colombe, symbole de la Chekhina. Même le nom Balak, proche de קבלה-kabbalah, illustre que le mal n’est qu’un voile recouvrant la sainteté. Balak devient ancêtre du Machia’h, Bil’am prophétise la rédemption, enseignant que la klipah est destinée à être percée pour révéler des étincelles de guéoula (délivrance). Le maître Haim Ben Attar (Or Hachaïm), dont nous célébrons la hiloula aujourd’hui, éclaire par son enseignement et son héritage la profondeur de cette paracha.


Peinture, par Rabbi Yehoshua Wiseman
Peinture, par Rabbi Yehoshua Wiseman

La paracha Balak prend entièrement le point de vue de deux ennemis d’Israël : Balak, roi de Moav, et Bil’am, prophète issu de la lignée (araméenne) de Lavan. La Torah porte à notre connaissance le fait que Dieu a protégé à son insu le peuple d’Israël de deux de ses plus grands ennemis, nous révélant les coulisses d’un complot que le Maître du monde transforme en bénédictions pour Israël.


Les victoires d’Israël sur Si’hon (roi des Amoréens) et Og (roi de Bashan) relatées dans la paracha ‘Houkat suscitent l’effroi de Balak (Bamidbar, 22 :2) :

Vayare Balak ben tsipor et kol asher ‘asa Yisrael laemori 

Balak, fils de Tsipor avait vu tout ce qu’Israël avait fait aux Amoréens


Balak est doté d’un extraordinaire pouvoir spirituel, mais qu’il utilise du « côté obscur ». Au lieu de célébrer la victoire d’Israël sur ses ennemis et son retour sur sa terre, signes de l’avènement prochain de la Royauté d’Hachem sur la terre, il se sent « inquiet » (vayagar) et « dégoûté » (vayakats) par les victoires d’Israël sur ses ennemis.


Comme l’explique le Rav Fiszon, son combat contre Israël n’est pas intéressé mais sincère[1]: il est profondément convaincu que l’avènement d’Israël dans l’histoire est porteur de bouleversements négatifs pour l’humanité.


C’est ce qui fait de lui un personnage si actuel : comme Balak, les ennemis actuels d’Israël (auxquels de nombreux Juifs fournissent malheureusement des armes par leurs critiques) se réclament du Bien, et, dans la plupart des cas, leur motivation est honnête et sincère. Sous l’emprise de la haine de soi et de la culpabilité, ils sont réellement convaincus qu’Israël déstabilise l’équilibre du monde[2]. C’est ce qui confère d’ailleurs toute sa puissance négative à leur combat …


Le Rav Yoël Benharrouche, dans son commentaire de la paracha, explique ainsi la puissance mystérieuse de ces forces négatives dans le monde de la Création :

« Pourquoi l’Éternel permet-Il qu’il y ait en ce monde des forces négatives, qui vont à l’encontre de la puissance divine et de son but ? Là réside le secret du libre arbitre. Le Saint béni soit-Il place dans ce monde des forces physiques et spirituelles, l’homme garde la possibilité de choisir comment utiliser ces forces, pour le bien ou son contraire.  Balak et Bil’am choisissent d’utiliser ces forces dans le sens négatif. Ils vont utiliser la sorcellerie. »


Le nom de Balak בלק, qui donne son titre à la paracha, est formé des mêmes lettres que le mot קבלה, mis à part l’absence de la lettre ה. Cette proximité permet de retrouver un principe clé de la kabbalah : le « mal » n’a pas d’existence autonome, et est juste une manifestation extérieurement négative du Bien. Dans les mondes supérieurs, tout le Bien est apprécié et reconnu comme Bien, mais à mesure que nous descendons dans les mondes inférieurs, le Bien peut parfois s’envelopper d’une écorce (קליפה), lui donnant l’apparence du « Mal ». Et le rôle de l’homme dans la Création est d’extraire les étincelles de sainteté qui se cachent sous ces klipot, pour révéler le Bien qui se cache derrière l’apparence du « Mal ».


Ce principe va être parfaitement illustré dans les cas de Balak et Bil’am :

-            Balak, roi de Moav, va devenir comme l’explique le Rav Fiszon[3], un ancêtre de Ruth, arrière-grand-mère du roi David, lui-même ancêtre du Machia’h.

-            Le même principe vaut pour l’autre sombre personnage de notre paracha, Bil’am, dont le nom évoque la tentative d’« avalement » du peuple d’Israël[4]. Missionné par Balak pour maudire Israël, le prophète Bil’am, considéré comme encore plus puissant par ses pouvoirs spirituels que Moshé lui-même, va finir par adresser au peuple d’Israël ses plus belles bénédictions ainsi que des prophéties inédites sur la fin des temps[5].


Ainsi, on voit comment le processus de gueoula s’accomplit à travers la libération de la sainteté recouverte par les klipot du « Mal ».


Balak est appelé « Balak ben tsipor » (« enfant de l’oiseau »). Le Zohar nous apprend qu’il utilisait en effet un oiseau, grâce auquel il observait et savait ce qui se passait dans le monde. Le Or HaHaïm[6], dont nous célébrons aujourd’hui la hiloula, explique que Balak possédait par l’intermédiaire de son oiseau, une connaissance des choses cachées, lui permettant de voir des secrets sur l’avenir de l’humanité et d’Israël.


Le Rav Oury Cherki explique que ben tsipor peut être relu comme « בינו ציפור » : son intelligence est celle de l’oiseau. C’est une intelligence détachée de la sainteté divine, mise au service de forces négatives. On comprend à présent pourquoi il lui manque la lettre ה du mot קבלה, lettre qui, dans le tétragramme יהוה, apparaît en tant que seconde lettre pour représenter la בינה-binah-intelligence supérieure fécondée par la חוכמה-‘hokhmah-sagesse divine (lettre י) et en tant que quatrième lettre pour symboliser la מלכות-malkhout-royauté, incarnation terrestre de la בינה supérieure.


Par contraste avec l’oiseau de Balak, la Colombe » (יונה-yona) est l'oiseau qui, dans notre tradition, se rapporte à la Shekhina (Présence Divine)[7]. La guematria de יונה-yona-colombe est en effet 71, chiffre qui correspond à la guematria de בינה (67) + les 4 lettres du tétragramme, ce qui correspond à une intelligence connectée à la sagesse divine, antithèse de l’intelligence négative de l’oiseau de Balak. Le chiffre 71 représente aussi les 70 nations avec à leur tête Israël, vecteur de la sainteté dans le monde.


La hiloula du Or HaHaïm, que nous célébrons aujourd’hui, est profondément liée à l’idée d’annulation et de transformation des décrets contre Israël, comme en témoigne un épisode historique qui fait écho à notre paracha. Le 30 juin 1942, jour de la hiloula de ce grand maître, plusieurs tsadikim, dont le Rebbe de Husiatyn, se rassemblèrent sur sa tombe pour prier avec intensité, alors que les troupes nazies de l’Afrika Korps du général Rommel venaient de remporter une victoire en Égypte et menaçaient dangereusement le Yichouv. Ce jour-là, le Rebbe de Husiatyn confia à ses compagnons avoir reçu un signe clair que leurs prières avaient été acceptées et que le décret avait été annulé, après avoir vu le tétragramme briller d’une lumière dorée sur la tombe du Or HaHaïm HaKadosh. Le lendemain, l’avancée allemande fut stoppée, et le 21 juillet, soit trois semaines après la hiloula, les Anglais remportèrent la première bataille d’El Alamein, contraignant Rommel à échouer aux portes de la vallée du Nil.


Puisse ce grand maître continuer d’intercéder en notre faveur pour annuler les mauvais décrets à l’encontre d’Israël, dévoiler la sainteté qui se cache dans les forces négatives, et hâter la venue de notre gueoula !

 

   Amen ve Amen


[1] Le Rabbi de Premischlan explique d’ailleurs que cette honnêteté est ce qui lui vaut le mérite d’avoir une paracha portant son nom

[2] Dans son livre La Trace du Sinaï, David Saada montre que la judéophobie tire sa source d’une haine de soi des non-Juifs, confrontés à la lumière spirituelle qu’incarne Israël. Sentant confusément qu’Israël révèle à l’humanité sa propre vocation spirituelle, certains peuples ou individus, incapables d’assumer cette exigence, réagissent par rejet ou culpabilité. Cette culpabilité refoulée se retourne alors contre Israël, accusé d’être la cause de leur malaise. La haine d’Israël devient ainsi le miroir d’une haine de soi, car Israël rappelle à l’humanité ce qu’elle devrait être, et qu’elle ne supporte pas de voir.

[3] Voir son commentaire de la paracha « Balak, l’ennemi pour le Bien du monde », https://www.youtube.com/live/sfv_kCNKmo0?si=XH0IB8XZTqgtxUK7

[4]Si l’on dédouble le ע du nom בלעם, on obtient בלע-עם, qui se traduit littéralement par « avale le peuple »

[5] Voir le commentaire du Rav Aharon Brand sur les trois prophéties de Bil’am https://m.torah-box.com/paracha/i/50371/balak-les-3-propheties-qui-devoilent-tout

[6] Rabbi Haïm ben Attar (1696-1743) est un grand maître marocain, kabbaliste et commentateur de la Torah. Son œuvre principale, le Or HaHaïm, est un commentaire profond sur la Torah mêlant pchat (sens simple) et kabbale, apprécié pour sa clarté et sa puissance spirituelle. Installé à Jérusalem à la fin de sa vie, il est vénéré comme un tsadik dont la Hiloula (anniversaire de décès) est associée à la délivrance et à l’annulation des décrets contre Israël. Il symbolise la lumière de la sainteté, en contraste avec les forces obscures évoquées dans la Paracha Balak, et ses enseignements continuent d’inspirer toutes les générations.

[7] Voir l'ouvrage "Les Ailes de la Colombe" d'Aurèle Medioni, dont l'objectif est de diffuser les enseignements du Or HaHaïm au public francophone.

 
 
 

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