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Mishpatim et Chekalim: De la dispersion à l’unité

  • steveohana5
  • 13 févr.
  • 6 min de lecture

Mishpatim suit le don de la Torah et semble disperser l’unité du Sinaï en cinquante-trois lois concrètes. En réalité, ces lois montrent comment réparer le monde et reconstruire l’unité dans chaque situation de la vie. La richesse, la pauvreté, l’injustice sont des épreuves qui doivent être vécues sans orgueil ni ressentiment, pour pouvoir nous ramener vers l’unité originelle. La parachat Chekalim renforce ce message : chacun donne un demi-shekel, car personne n’est complet seul. Alors que le monde traverse de profonds bouleversements technologiques et géopolitiques, la Torah nous rappelle que le processus de libération collective se joue autant dans les discussions au sommet que dans les plus petits détails de la vie quotidienne.

 

Résumé de la paracha

La paracha Mishpatim vient après le don de la Torah et traduit les grands principes du Sinaï en lois concrètes. Elle commence par les lois de l’esclave hébreu, rappelant que la liberté est une valeur centrale mais exigeante. Elle détaille ensuite les règles concernant les dommages corporels, le vol et la responsabilité civile, afin de restaurer la justice et l’équilibre. La Torah insiste sur la réparation plutôt que sur la vengeance. Elle ordonne de prêter à celui qui est dans le besoin et d’agir avec dignité et compassion. Même dans le cadre d’un prêt, il est interdit d’humilier ou d’écraser le pauvre. La justice doit rester impartiale, sans favoritisme envers le riche ni le pauvre. Des lois sociales et religieuses encadrent aussi le respect du Shabbat et des fêtes. La paracha se conclut par l’alliance renouvelée entre Dieu et Israël. Le peuple répond d’une seule voix : « Naassé véNishma », affirmant son engagement à agir et à comprendre.


Parachat Michpatim, par Darius Gilmont
Parachat Michpatim, par Darius Gilmont

 

La paracha Mishpatim vient immédiatement après Yitro et le don de la Torah. Nous venons d’entendre les Dix Paroles, ces principes fondamentaux qui commencent par « Anokhi Hachem », Moi, l’Éternel qui t’ai fait sortir d’Égypte. Tout part de là. Tout part du א de אנוכי, cette unité première et fondatrice.


Et soudain, nous entrons dans Mishpatim. Cinquante-trois lois, apparemment sans lien : l’esclave hébreu, le meurtre, les dommages corporels, le vol, le prêt, la justice, la nourriture, le Shabbat… On a l’impression d’un éclatement, d’une dispersion. Pourquoi cette accumulation de cas concrets après les grandes paroles du Sinaï ?


En réalité, ces mishpatim ne sont pas une simple liste à la Prévert. Ils racontent une histoire. Le mot mishpat signifie à la fois jugement et phrase. Ce sont des décisions de justice, mais aussi les phrases d’un récit plus profond : celui de la vie humaine et du tikkoun, de la réparation que chaque âme vient accomplir dans ce monde.


Le Zohar explique que cette paracha parle en réalité des gilgoulim, des retours des âmes. Les situations que nous traversons ne sont pas des accidents. Chaque épreuve, chaque rencontre, chaque « injustice » apparente fait partie d’un ordre que nous ne comprenons pas entièrement. Nous ne pouvons pas en saisir tous les détails, mais nous pouvons savoir qu’il existe un sens. Cette conscience transforme notre regard.


Dans Yitro, nous avons reçu les grands principes. Mais un principe sans application concrète reste abstrait. « Tu ne tueras point » ne suffit pas si l’on ne précise pas comment juger en tenant compte des cas particuliers, et surtout comment réparer. Les mishpatim viennent donner forme aux principes. Inversement, les mishpatim sans les principes deviendraient un simple code civil, sans unité spirituelle. Il faut les deux : la hauteur et la précision, l’idéal et sa mise en pratique.


La paracha commence par l’esclave hébreu. Cela surprend. Nous venons de sortir d’Égypte, de l’esclavage, et la Torah nous parle d’esclaves. Pourquoi commencer par là ?


Parce que l’esclavage est une atteinte profonde à l’être humain. Dans le meurtre, le corps est détruit, mais l’âme est libérée. Dans l’esclavage, le corps et l’âme sont retenus. Pourtant, la Torah ne légitime pas l’oppression. Elle encadre une situation de détresse. L’esclave hébreu est un homme qui a volé et ne peut rembourser, ou qui est tombé dans une pauvreté extrême. Son esclavage est limité à six ans. La septième année, il est libéré. Ce temps est un tikkoun, une période de réparation, pour lui comme pour son maître.


Maïmonide explique que celui qui acquiert un esclave acquiert en réalité un maître. Les obligations envers l’esclave sont si exigeantes que le maître devient responsable de son bien-être. S’il n’y a qu’une couverture, elle revient à l’esclave.


La Torah prévoit même le cas où l’esclave refuse d’être libéré. Elle révèle une vérité profonde : la liberté est exigeante. Être libre, c’est porter la responsabilité de son destin. Beaucoup préfèrent la sécurité d’une dépendance. Le poinçonnage de l’oreille rappelle que cette oreille a entendu au Sinaï que les enfants d’Israël ne sont esclaves que de Dieu. Cet enseignement dépasse le cadre historique. Nous sommes parfois esclaves de nos habitudes, de nos addictions numériques ou autres, de notre confort, de nos peurs, de notre besoin de reconnaissance. La guéoula n’est pas seulement un événement passé. Elle est un processus intérieur en voie d’achèvement, mais jamais définitivement accompli.



Les lois sur les dommages corporels poursuivent cette logique de réparation. « Œil pour œil » n’est pas une vengeance physique, mais une réparation financière. Le verbe lechalem (payer) contient shalom et shalem : réparer, c’est restaurer la paix et la complétude. Chaque mishpat vise à recréer l’unité là où elle a été brisée.


Puis vient le verset « Im kessef talvé et ami » (Chemot, 22:24), qu’il convient de traduire non pas comme une hypothèse (« si tu prêtes à quelqu’un de mon peuple, alors … » mais comme une obligation (ce que confirme Rachi) : « Si tu as de l’argent [en surplus], prête à Mon peuple ».


Dieu insiste : c’est quelqu’un de Mon peuple, et donc pour toi un frère envers lequel tu as une responsabilité. Et il ajoute : ne sois pas envers lui comme un créancier. Ne l’humilie pas, ne transforme pas ton aide en domination. Rachi explique que l’on doit se considérer comme si l’on était soi-même le pauvre.


La richesse est une épreuve. Elle peut conduire à l’orgueil et à l’illusion que tout vient de soi. Si la Torah demande au riche de ne pas se considérer comme plus méritant que le pauvre, elle demande au pauvre de ne pas tomber dans le ressentiment. Le défi du riche est de ne pas devenir esclave de son argent. Celui du pauvre est de ne pas devenir esclave de la haine.


La justice, pour restaurer l’unité, doit rester impartiale. « Tu ne favoriseras pas le pauvre dans son procès. » Favoriser le pauvre par pitié, c’est, sous couvert de bon sentiment et de compassion, lui retirer sa dignité, et le pousser vers la logique du ressentiment, le poison qu’on lui demande précisément de repousser.



Et cette année, la lecture de Mishpatim est accompagnée de la parachat Chekalim (toujours lue le chabbat qui précède le début du mois d'Adar). Ce n’est pas un hasard. Chekalim nous parle du demi-shekel que chaque membre du peuple devait donner pour le sanctuaire. Pas un shekel entier, mais un demi-shekel. Personne ne donne plus, personne ne donne moins. Le message est clair. La richesse ou la pauvreté ne définissent pas la valeur d’une personne. Devant Dieu, chacun apporte la même part. D’autre part, aucun individu n’est complet à lui seul. Chacun n’est qu’une moitié. Ce n’est que par l’union que le peuple forme un tout. Le demi-shekel symbolise cette unité à reconstruire.


Mishpatim semble disperser la Torah en une multitude de cas concrets. Chekalim rappelle que derrière cette diversité se cache une unité fondamentale. Chaque loi, chaque réparation, chaque acte de justice contribue à reconstruire ce tout.


La paracha se termine par « Naassé véNishma ». Nous ferons et nous comprendrons. L’action précède la compréhension, mais elle n’en est pas non plus la négation, elle doit y conduire. L’unité se réalise quand nos facultés intellectuelles et nos sentiments s’élèvent ensemble à travers une action accomplie avec l’intention explicite de servir plus grand que nous. Le Ram’hal (Rabbi Moshé Haim Luzzato) enseigne d’ailleurs à ce sujet que le but de l’homme n’est pas tant l’application mécanique des mitzvot, mais la devekout, l’adhésion totale de l’être, dans toutes ses dimensions, à Dieu. Cela passe par la crainte, l’amour, la pureté d’intention et l’observance des commandements. La joie dans la mitzva est à cet égard essentielle, car elle révèle que l’action est authentiquement reliée à la source.


Les cinquante-trois lois de Michpatim, comme le demi-shekel de la parachat Chekalim, nous rappellent que nos actes quotidiens de réparation sont comme les pièces d’un puzzle, derrière lesquelles se dévoile l’unité du א. Alors que le monde entier connaît des bouleversements technologiques et géopolitiques sans précédent, les parachiot de ce chabbat nous rappellent que le processus de libération collective ne se joue pas seulement dans les discussions au sommet où se décide l’avenir du monde. Il est intimement lié au tikkoun que nous réalisons à travers chacune de nos « petites » actions de tous les jours.


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