Le choc Macron-Bibi, ou l’esprit de la fête de Soukot
- steveohana5
- 16 oct. 2024
- 5 min de lecture
La joute verbale entre les chefs d’Etat hébreu et français qui a eu lieu hier est chargée de signification. Soukot est précisément le lieu où Israël échappe à la volonté de mainmise des Nations sur son destin, pour célébrer son Alliance inébranlable avec le Créateur. Le renversement prophétisé dans la Torah est en cours : pendant qu’Essav (l’Occident), longtemps dominateur d’Israël, se dirige inéluctablement vers les Ténèbres, Israël est en train de devenir la lumière et l’espérance des Nations.

Au chapitre 33 de Berechit, Ya’akov retrouve, avec une grande appréhension, son frère Essav. Après cette rencontre, où Ya’akov ne cesse d’amadouer son frère pour tenter d’apaiser sa jalousie[1], le texte nous apprend qu’Essav retourne à Seïr tandis que Ya’akov s’installe dans un lieu appelé « Soukot »:
Veya’akov nasa’h soukota Quant à Ya’akov, il se dirigea vers Soukot
vayiven lo bayit oulemiknehou ‘asa Soukot il s'y bâtit une demeure et pour son bétail il fit des enclos
‘al ken kara shem hamakom Soukot c'est pourquoi l'on appela cet endroit Soukot.
Nous avons souligné dans notre commentaire de la paracha A’harei Mot[2], portant sur le rituel du sacrifice des deux boucs le jour de Kippour, que le bouc émissaire envoyé à Azazel (Satan) représente en réalité la figure d’Essav. Le Zohar explique donc naturellement la juxtaposition de ces sujets, le renvoi d’Essav à Seïr et la mention de Soukot, en les comparant à la relation entre le jour de Kippour, au cours duquel le bouc émissaire (appelé « Seïr ») est envoyé à Azazel, et l'entrée du peuple d’Israël (nommé d’après le deuxième nom de Ya’akov) dans sa Soukah. C’est d’ailleurs ce verset qui est utilisé pour expliquer qu’il faut s’atteler à la construction de la Soukah immédiatement après la fin du jeûne.
La fête de Soukot représente ainsi le moment où Ya’akov parvient à se libérer de l’emprise des Nations (rappelons qu’Essav est le symbole de l’Occident) pour devenir Israël.
La même idée se retrouve au moment de la sortie d’Egypte. En effet, comme l’explique le rav Léon Askénazi[3] :
« Quand Israël est sorti d’Egypte, la première étape à laquelle il est arrivé s’appelle Soukot. Il y a là une indication extrêmement importante. Un endroit qui s’appelle Soukot ! Comme une allusion au fait qu’immédiatement après l’expérience de la sortie d’Egypte et de la délivrance après le passage de la mer rouge, l’Egypte a perdu de façon irréversible et a renoncé à la mainmise sur Israël. »
Si la Soukah est le symbole de notre libération de l’emprise des Nations, c’est parce qu’elle représente en quelque sorte la ‘houppa (dais nuptial) sous laquelle est scellé le mariage entre le peuple d’Israël et le Créateur : après la sortie d’Egypte, qui engendre la nation d’Israël et dévoile le Créateur en tant que Dieu protecteur et libérateur d’Israël, les cabanes deviennent en effet la demeure précaire des hébreux lors de leurs 40 années d’errance dans le désert, témoignant de la confiance inébranlable que le peuple d’Israël place en Hashem (et en Lui seul) pour assurer sa délivrance.
La concomitance de la fête de Soukkot avec l’actualité politique récente est extrêmement troublante.
« M. Netanyahou ne doit pas oublier que son pays a été créé par une décision de l’ONU, par conséquent il ne devrait pas s’affranchir des décisions de l’ONU », a en effet déclaré hier le président français devant son Conseil des Ministres.
Ce à quoi le premier ministre israélien a répliqué sèchement sur X (twitter) :
« Un rappel au président français : Ce n'est pas une décision de l'ONU qui a créé l'État d'Israël, mais la victoire remportée pendant la guerre d'indépendance avec le sang de nos combattants héroïques, dont beaucoup étaient des survivants de l'Holocauste, y compris du régime de Vichy en France. Il serait également utile de rappeler qu'au cours des dernières décennies, les Nations unies ont approuvé des centaines de décisions antisémites à l'encontre de l'État d'Israël, dont l'objectif est de nier le droit à l'existence du seul et unique État juif et sa capacité à se défendre. »
Cet échange est extrêmement chargé de signification.
Emmanuel Macron, dont la guematria 364 est d’ailleurs celle de השטן (« le Satan ») entend perpétuer, par ses déclarations, la continuité de l’emprise d’Essav sur Israël[4]. Les déclarations du Général de Gaulle après le déclenchement de la Guerre des Six Jours en 1967 relevaient de la même logique : Israël est qualifié de « dominateur » dès qu’il n’accepte plus d’être dominé par l’Occident…
Comme l’exprime parfaitement le diplomate arabe israélien George Deek :
« Le droit à l'autodétermination d’Israël n'est pas considéré par l’Occident comme intrinsèque, mais comme un acte de compassion européen, accordé par culpabilité pour la Shoah. Dans cette perspective, Israël n'existe pas en raison d'un lien millénaire avec la terre, ni en raison de la volonté propre du peuple juif, mais parce que l'Europe, accablée par sa conscience, a gracieusement permis aux Juifs d'avoir un État par l'intermédiaire des Nations unies.
Ce récit paternaliste prive les Juifs de leur pouvoir d'action et de leurs liens historiques profonds avec Israël. Pire encore, il transforme leur droit à une patrie en quelque chose de conditionnel - un « cadeau » de l'Europe. Et comme tout cadeau, il peut être révoqué si le bénéficiaire se comporte mal.
Et c'est là que l'obsession d'Israël entre en jeu. Si l'Europe estime qu'elle a conféré à Israël le droit d'exister, elle s'arroge l'autorité de juger la conduite d'Israël. Les Juifs, contrairement aux autres nations, sont censés mériter quotidiennement leur droit à la souveraineté en se conformant aux normes fixées par leurs « bienfaiteurs ». S'ils ne le font pas, le droit qui leur a été « donné » peut être remis en question, voire retiré. »
Par sa réponse, Benyamin Netanyahu montre qu’Israël s’est dégagé de l’emprise d’Essav. Il restitue le peuple juif comme l’agent de son histoire plurimillénaire, marquée, non seulement par les persécutions, mais également par la résilience, la détermination, l’héroïsme et l’espérance. Il souligne aussi le fait que le plan de partage du mandat de Palestine voté par l’Assemblée Générale de l’ONU en 1947 apparaît comme le fruit de la Providence Divine plutôt que comme le résultat de la volonté propre des Nations[5]. En effet, ces-dernières, d’abord par la persécution physique du peuple juif puis à présent par la délégitimation morale permanente de son Etat, n’ont cessé de s’opposer de toutes les manières possibles à l’essor national et spirituel du peuple juif.
Mais, b’h, les situations relatives d’Essav et d’Israël sont en train de s’inverser aujourd’hui, comme annoncé par Dieu à Rivka (mère des jumeaux Essav et Ya’akov) dans le verset Berechit 25 :23 :
« Deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront au sortir de tes entrailles ; un de ces peuples dominera l'autre [historiquement ce fut Essav…], et [à la fin des temps] le plus grand [Essav] sera assujetti au plus petit [Ya’akov] »
C’est précisément la position ascendante d’Israël qui déchaîne toute cette haine et cette rage de la part des élites occidentales, dont les intentions et les stratagèmes sont en train d’être complètement mis à jour.
Tandis que nous célébrerons notre alliance indestructible avec Hashem ce soir dans notre Soukah, rien ne pourra désormais empêcher la chute de la France, et de l’ensemble de l’Occident, vers Azazel…
Puisse cette chute être le prélude à une repentance sincère des Nations et à notre délivrance prochaine !
[1] Ya’akov se prosterne à sept reprises devant lui puis insiste pour lui offrir la bénédiction matérielle qu’il a reçue de son père Yitz’hak
[3] Voir son commentaire ici : http://manitou.over-blog.com/article-37137676.html
[4] De façon concomitante, l’administration Biden vient de menacer de restreindre la fourniture d’armes à Israël s’il ne se conformait pas à ses exigences « humanitaires » dans la gestion du conflit avec Gaza, une autre stratégie visant à maintenir son emprise morale sur Israël… Voir https://www.jpost.com/breaking-news/article-824725
[5] Il en va de même de la décision de la Société des Nations en juillet 1922 de confier à la Grande-Bretagne la « responsabilité d'instituer dans le pays un état de choses politique, administratif et économique de nature à assurer l'établissement du foyer national pour le peuple juif ».


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