Kippour & Haazinou : la vocation d’Israël et le cadeau de la Teshuva
- steveohana5
- 1 oct. 2025
- 6 min de lecture
À Kippour, Dieu recouvre nos fautes d’une lumière nouvelle : c’est le cadeau de la Teshuva. Haazinou élève ce secret au monde entier : « Écoutez, cieux… que la terre entende. » Aujourd’hui, Séïr — l’Occident d’Essav — et Paran — le désert d’Ismaël — s’ouvrent peu à peu, tandis qu’Amalek s’efface. Israël révèle sa vocation : être lumière des nations.Alors chantons un Mizmor Létodah — gratitude pour l’histoire qui s’accomplit devant nous.

Vendredi, une image glaçante : Israël parlant à l’ONU devant une salle qui se vide. Et lundi soir, une autre image : une conférence de presse historique. Bibi et Trump, et derrière eux des nations arabo-musulmanes — parmi elles la Turquie et le Qatar ! — unies pour la première fois pour soutenir la légitimité d’Israël.
Deux images contradictoires, mais qui se répondent : la solitude d’Israël d’un côté, et de l’autre le signe que Essav et Yishmaël, les frères ennemis d’hier, commencent à se rapprocher.
Haazinou : un chant universel, lu après Kippour
Juste après Kippour, nous lisons la paracha de Haazinou. Moshé y entonne un chant qui dépasse les frontières d’Israël :
הַאֲזִינוּ הַשָּׁמַיִם וַאֲדַבֵּרָה; וְתִשְׁמַע הָאָרֶץ אִמְרֵי-פִי
« Écoutez, cieux, et je parlerai ; que la terre entende les paroles de ma bouche. » (Devarim 32,1)
יְהוָה, מִסִּינַי בָּא; וְזָרַח מִשֵּׂעִיר, לָמוֹ; הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן, וְאָתָה מֵרִבְבֹת קֹדֶשׁ; מִימִינוֹ, אֵשׁ דָּת לָמוֹ
« L’Éternel est venu du Sinaï, Il a brillé depuis Séïr, Il est apparu depuis le mont Paran, et Il est venu du milieu des myriades saintes ; de sa droite, une loi de feu pour eux. » (Devarim 33,2)
Le Midrash enseigne : avant de donner la Torah à Israël, Dieu l’a proposée à Séïr (Essav-Occident) et à Paran (Yishmael-monde arabo-musulman). Ils ont refusé, la trouvant trop exigeante. Israël a accepté, et depuis il porte seul le flambeau.
Kippour : la découverte de la Teshuva
Mais comment un peuple faillible peut-il porter une Loi divine ? C’est Manitou qui nous l’explique dans son commentaire de la paracha A’harei Mot…
• Le 17 Tamouz, Moshé brise les premières Tables après la faute du veau d’or. Le message, nous dit Manitou, semble être : « Voici la Loi ! Et celui qui la viole perd son identité d’Israël. »
• Puis viennent 40 jours où Moshé implore le pardon pour le Erev Rav, ces peuplades non hébreues qui ont choisi de suivre Moshé à la sortie d’Egypte et ont été les initiatrices de la faute du veau d’or, afin qu’il reste intégré au peuple.
• Le 1er Eloul marque le début d’une nouvelle période de 40 jours, jusqu’au 10 Tishri. À cette date, les enfants d’Israël reçoivent les secondes Tables.
C’est alors que naît une vérité nouvelle : même si la Loi est violée, la kapparah (expiation) reste possible.
Le mot כַּפָּרָה (kapparah) vient de la racine כ–פ–ר (k-p-r), qui signifie à l’origine « recouvrir ». On la retrouve par exemple dans l’ordre donné à Noa‘h de « recouvrir » l’arche de poix :וְכָפַרְתָּ אֹתָהּ מִבַּיִת וּמִחוּץ בַּכֹּפֶר (vekhafarta otah mibayit umichutz bakofer, Bereshit 6,14). L’arche recouverte de poix est ce qui protège Noa‘h et sa famille du déluge, symbole du jugement universel, après lequel le monde repart de zéro, purifié.
L’idée est profonde : la faute ne disparaît pas comme si elle n’avait jamais existé. Elle est recouverte, enveloppée par une nouvelle couche de sainteté. Dieu n’efface pas l’histoire de nos échecs, mais Il la transforme en lui donnant un autre visage.
C’est la même racine qui donne le mot כַּפֹּרֶת (kaporet), le « couvercle » de l’Arche de l’Alliance, placé au-dessus des Tables de la Loi. C’est là, entre les chérubins, que la Présence divine se manifestait et que le pardon était octroyé (cf. Shemot 25,17–22). Autrement dit, le lieu même où la Torah repose est déjà recouvert d’un signe de miséricorde.
De là vient le nom de Yom Kippour, le « Jour du Recouvrement » : le jour où l’alliance fissurée est recouverte et restaurée, permettant à Israël de repartir purifié et renouvelé.
Tel est donc le message de Kippour : « Voici la Loi ! Et celui qui a fauté peut retrouver sa place dans l’identité d’Israël. »
Cette possibilité s’incarne dans le rituel originel de Kippour, rapporté dans A’harei Mot. Le 10 Tichri, jour de Kippour, le Kohen Gadol prend deux boucs : l’un est pour Hachem, l’autre pour Azazel. Sur le premier, le bouc pour Hachem, il pose ses mains et confesse :
וְסָמַךְ אַהֲרֹן אֶת־שְׁתֵּי יָדָו עַל־רֹאשׁ הַשָּׂעִיר הַחַי וְהִתְוַדָּה עָלָיו אֶת־כָּל־עֲוֹנוֹת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל
« Aaron posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant et il confessera sur lui toutes les fautes des enfants d’Israël… » (Vayikra 16,21)
C’est la première fois que la Torah introduit le Vidouï (même racine que vehitvadah) : la confession des fautes, présentée devant Dieu Lui-même. Jusqu’à aujourd’hui, ce geste constitue le cœur même du rituel de Kippour.
À cet instant, Moshé comprend : la Torah est accessible même aux hommes imparfaits, car il existe la possibilité de la Teshuva, du retour, du pardon.
L’autre chant de Moshé : Mizmor Létodah
Rabbi Tan’houma enseigne : en entendant ce mot vehitvadah, Moshé éclate en un chant de gratitude, que David fixera plus tard dans les Tehilim :
מִזְמוֹר לְתוֹדָה, הָרִיעוּ לַיהוָה כָּל-הָאָרֶץ
(Tehilim 100,1)
« Psaume de reconnaissance. Acclamez l’Éternel, toute la terre ! »
Pourquoi un psaume ? Parce qu’une révolution spirituelle vient d’avoir lieu : reconnaître sa faute ne détruit pas l’Alliance, mais devient au contraire la porte du pardon. Et ce n’est pas une nouvelle réservée à Israël seul, mais destinée à kol haaretz (toute la terre).
Le cri de David : Psaume 51
Des siècles plus tard, David reprendra cette vérité dans le Psaume 51, écrit après sa propre faute :
« Ne me renvoie pas de devant Toi, ne retire pas de moi Ton esprit de sainteté…
Rends-moi la joie de Ton salut… J’enseignerai Tes voies aux fauteurs, et les pécheurs reviendront vers Toi. » (Tehilim 51,13–15)
Ainsi, David nous confirme que la Teshuva n’efface pas seulement la faute : elle la transcende et la transforme en chemin d’élévation pour soi et pour les autres.
Israël, les nations et Amalek
Dans le service originel de Kippour dont nous avons parlé plus haut, les deux boucs sacrifiés ont chacun une signification précise :
• Le premier représente Israël, qui assume et transcende ses fautes pour se rapprocher sans cesse de Dieu.
• Le second symbolise Essav, frère de Yaakov, qui était destiné à porter l’héritage de son père Yitz’hak mais n’a pas su dominer ses instincts matérialistes et narcissiques : Israël l’envoie symboliquement dans le désert vers Azazel pour se séparer de ses penchants violents, mais attend le jour où Séïr fera lui aussi Teshuva.
Et voici que, depuis une dizaine d’années, Séïr et Paran — les nations qui restaient jusqu’ici prisonnières de leur faute initiale de ne pas avoir accepté la Torah ni la centralité d’Israël — commencent à s’ouvrir : les États-Unis, les pays arabes signataires des Accords d’Abraham, certains pays d’Europe de l’Est, l’Inde, l’Argentine...
Lundi soir, un pas de plus a été franchi : l’Egypte, la Jordanie, le Liban, la Syrie, la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite, le Pakistan, l’Indonésie, se sont rassemblés autour des Etats-Unis pour reconnaître à Israël son droit de se défendre face à ceux qui œuvrent à sa destruction. C’est fragile, mais c’est réel. C’est peut-être cela, la Teshuva des nations. Un premier pas vers ce que Haazinou prophétisait : la Torah, venue du Sinaï, brillant à nouveau sur Séïr et Paran.
Mais il reste Amalek — la haine pure, sans retour possible. Amalek, ce sont ceux qui s’acharnent à nier et ambitionner de détruire Israël, hier comme aujourd’hui : les mollahs iraniens, les milices terroristes, et leurs soutiens idéologiques en Occident. Ceux-là, la Torah le dit, seront effacés :
« Car la main de l’Éternel est levée contre Amalek, de génération en génération. » (Chemot 17,16)
Conclusion : Israël, témoin pour le monde
À Kippour, Israël reçoit les secondes Tables. Il découvre que sa vocation n’est pas seulement de se purifier, mais de porter au monde la bonne nouvelle : la Loi est possible pour l’homme imparfait, car il existe la Teshuva.
Et juste après Kippour, quand nous lisons Haazinou, nous comprenons : ce message n’est pas seulement pour Israël, mais pour l’humanité entière.
Depuis lundi soir, à la veille de Kippour, nous voyons cette vocation d’Israël commencer à s’accomplir : Séïr et Paran s’éveillent à la Techouva, et Amalek, lui, s’approche de sa fin. Ce n’est qu’un prélude, une esquisse du temps messianique, lorsque s’accomplira la vision d’Isaïe : “Il arrivera, à la fin des jours, que la montagne de la maison de l’Éternel sera établie au sommet des montagnes, et toutes les nations y afflueront” (Isaïe 2,2). Alors la Torah, donnée au Sinaï, brillera pour le monde entier, et la vocation d’Israël deviendra la lumière des nations.
En attendant le jour où kol haaretz — toute la terre — entrera dans les parvis de Dieu avec louange, chantons, comme Moshé et David, Mizmor Létodah ! Un psaume de gratitude,
Gmar 'Hatima Tova ! Que nous soyons inscrits dans le Livre de la Vie ! Et que cette nouvelle année voie le Nom d’Hachem régner enfin sur la terre !
Lire le dvar torah en hébreu - ליקרוא בעיברית :


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