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Ki Tavo — Quand tu seras arrivé

steveohana5
28 août
4 min de lecture

Hier soir, les parents étaient conviés à la rentrée de la promotion כ״ו de la mekhina d'Ein Prat (עין פרת), à Kfar Adoumim. Du haut de la colline, le soleil descend sur le désert de Judée : là-bas, les montagnes où Moshé s'est arrêté au seuil de la promesse. En bas, les champs où ma fille Elsa, bientôt, recueillera les premiers fruits. Nadav, un camarade d'Elsa, venu de Herzliya nomme mes ancêtres, du Maroc à la France et je pense aux premiers mots de la paracha Ki Tavo, quand tu seras arrivé. Ca y'est, nous sommes arrivés.



Hier soir, les parents étaient conviés à la rentrée de la promotion כ״ו de la mekhina d'Ein Prat (עין פרת), à Kfar Adoumim. Du haut de la colline, nous regardons le soleil se coucher sur le désert de Judée. C'est là que Bentsi, le directeur de la mekhina, nous désigne du doigt les montagnes de Jordanie, où, nous rappelle-t-il, Moshé est mort sans jamais avoir pu entrer en Eretz Israël. Puis il nous montre les terres agricoles sur lesquelles, deux matins par semaine, les étudiants feront la עבודה עברית, la 'avoda 'ivrit, le « travail hébreu ». Des travaux des champs, accomplis par des jeunes venus des quatre coins d'Israël après leur baguerout (le baccalauréat israélien), et parfois de beaucoup plus loin, comme cette jeune fille de dix-huit ans arrivée seule du Minnesota pour faire son alya, et que ma fille Elsa me présente : « Papa, je te présente Shirel. Je lui ai dit qu'elle pourrait venir passer le chabbat à la maison… ».


Quelques minutes plus tard, j'aperçois Nadav, un garçon de Herzliya que je reconnais aussitôt : la veille, j'étais allé le chercher à la gare en même temps que ma fille. Tous deux avaient obtenu l'autorisation de quitter Kfar Adoumim pour le week-end, lui pour le mariage de son oncle, elle pour la bat-mitsva de sa sœur Rose. Nadav me reconnaît lui aussi et, sur un ton déjà familier, me pose des questions sur notre alya... Elsa a eu le temps de lui en parler pendant les deux heures de route qu'ils ont partagées... Lui qui est né et a grandi ici dit son admiration pour ce que nous avons fait. Elsa nous rejoint. Je leur raconte que la parachat hachavou'a, Ki Tavo, parle précisément du 'olé 'hadach, à qui l'on demande, en arrivant sur la terre d'Israël, d'offrir ses premiers fruits au Cohen Gadol et de raconter toute l'errance de son peuple jusqu'à ce jour :

« Enfant d'Aram, mon père était errant, il descendit en Égypte, y vécut étranger, peu nombreux d'abord, puis y devint une nation considérable, puissante et nombreuse. Alors les Égyptiens nous traitèrent iniquement, nous opprimèrent, nous imposèrent un dur servage. Nous implorâmes l'Éternel, Dieu de nos pères ; et l'Éternel entendit notre plainte, il considéra notre misère, notre labeur et notre détresse, et il nous fit sortir de l'Égypte avec une main puissante et un bras étendu, en imprimant la terreur, en opérant signes et prodiges ; et il nous introduisit dans cette contrée, et il nous fit présent de cette terre, une terre où ruissellent le lait et le miel. Or, maintenant j'apporte en hommage les premiers fruits de cette terre dont tu m'as fait présent, Seigneur ! »

« Incroyable », me répond Nadav. « Je pense à toutes ces générations avant toi, tes parents, tes grands-parents, qui, du Maroc à la France, ont vécu en exil. Et puis vous, finalement, vous avez décidé d'y mettre fin et de revenir sur votre terre. » Je vois le visage d'Elsa s'allumer.


Sur la route du retour, je repense aux mots prononcés par le fondateur de la mekhina Erez devant les parents d'élèves : « Nous sommes la génération à qui revient la responsabilité de changer ce pays. Si nous vous avons réunis, c'est justement parce que nous pensons que les parents ne sont pas là seulement pour accompagner leurs enfants, mais pour se réinventer eux-mêmes grâce à l'expérience extraordinaire que leurs enfants vont vivre ici. »


Ces mots résonnent en moi, en même temps que les premiers versets de la paracha :

« Quand tu seras arrivé dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et y seras établi, tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre, récoltés par toi dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, t'aura donné, et tu les mettras dans une corbeille ; et tu te rendras à l'endroit que l'Éternel, ton Dieu, aura choisi pour y faire régner son nom. »

Je repense aux mots de Bentsi sur Moshé mourant au seuil de la terre, à ceux de Nadav sur les pérégrinations de mes ancêtres. Et j'imagine ces ancêtres regarder Elsa recueillir et offrir les bikourim du désert de Judée… Comme ils doivent être fiers...


Ki Tavo — Quand tu seras arrivé. Ça y est : nous sommes enfin arrivés.


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