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Houkat : retrouver notre voix

  • steveohana5
  • 19 juin
  • 6 min de lecture

Cette semaine, Israël s’est senti trahi par celui qu’il appelait son grand frère.Houkat nous rappelle que cette blessure n’est pas nouvelle : Édom aussi, le frère de Yaakov, refuse à Israël le passage et le laisse seul sur la route. C’est alors que surgissent les serpents, non comme un danger nouveau, mais comme la révélation d’une protection qui se retire. Notre désespoir révèle donc une vérité difficile : nous avions trop confié notre sécurité à un frère qui ne pouvait pas être notre source. La solitude d’Israël peut devenir une délivrance si elle nous rend notre voix propre, notre courage et notre confiance en Dieu.

 

Résumé de la paracha :

Houkat s'ouvre sur la loi de la vache rousse, la para adouma, dont les cendres purifient celui qui s'est rendu impur par contact avec un mort, un commandement présenté comme un décret qui dépasse la raison. La paracha rapporte ensuite la mort de Miryam, et aussitôt le puits qui abreuvait le peuple disparaît. Le peuple manque d'eau et se révolte, et Dieu ordonne à Moché de parler au rocher pour en faire jaillir l'eau. Moché frappe le rocher au lieu de lui parler, et l'eau coule malgré tout, mais Dieu lui annonce que ni lui ni Aharon n'entreront en terre d'Israël. Israël demande alors à Édom un droit de passage, et le frère le refuse en menaçant de l'épée. Aharon meurt au mont Hor, et le peuple le pleure trente jours. Le roi cananéen d'Arad attaque Israël, qui le vainc après avoir fait un vœu. Le peuple perd courage sur la route du contournement et se plaint, et des serpents brûlants le mordent. Moché dresse alors un serpent d'airain, et celui qui le regarde guérit. La paracha s'achève sur les victoires contre Si'hon roi des Amorréens et Og roi du Bachan, qui ouvrent à Israël les terres de la rive est du Jourdain.


 

Depuis longtemps nous appelons l'Amérique notre grand frère, et nous nous reposons sur elle pour notre sécurité. Cette semaine, par l’entremise du Qatar et du Pakistan, ce frère a conclu un accord avec notre ennemi sans même nous consulter. Cet accord réhabilite le régime iranien, légitime et finance son programme balistique et ses proxys, tout en prétendant nous contraindre dans notre souveraineté et notre sécurité. Et pour parfaire ce tableau de fin du monde, les paroles les plus dures contre Israël sont venues du camp américain lui-même. Nous nous sommes sentis trahis et seuls, et le désespoir a saisi une grande partie du peuple. Ce désespoir est sincère, mais il doit aussi nous étonner. Que révèle-t-il au fond de la confiance excessive que nous avions placée en ce frère, et de notre défaut de confiance envers nous-mêmes ?


Nos pères ont vécu cette épreuve au seuil d'Édom. À la fin de la paracha Houkat, Israël demande à Édom, le frère né du même ventre que Ya’akov, un simple droit de passage vers la terre promise. Le frère refuse et menace de l'épée. Israël doit faire un long détour, et, peu de temps après, le peuple perd courage. La Torah dit וַתִּקְצַר נֶפֶשׁ הָעָם בַּדָּרֶךְ, « l'âme du peuple se fit courte sur le chemin ». Le peuple se plaint contre Dieu et contre Moché. Aussitôt, des serpents brûlants fondent sur le camp et mordent, et beaucoup meurent. Nous nous demandons pourquoi des serpents, et pourquoi à ce moment.


Le commentaire d'Aleph Beta éclaire d'abord la chute du peuple. Édom est la première nation autonome que cette génération rencontre. Ces hommes sont nés dans le désert, où Dieu les a nourris et protégés sans interruption. Ils découvrent en Édom un peuple qui tient debout par sa propre force, sans miracle visible. Ils rêvent aussitôt de cette indépendance, et le refus du frère leur arrache ce rêve. Leur faute est d’avoir désiré une indépendance qui n'aurait plus besoin du Ciel. Le livre de Devarim (qui clôt les cinq livres de la Torah) nomme cette tentation, כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי, ma force et la puissance de ma main m'ont valu cette réussite (Devarim, 8, 17). Mais le commentaire d’Aleph Beta fait justement remarquer que deux versets avant celui-ci, nous lisons que « le désert était rempli de serpents brûlants», et que si Israël les avait si peu souvent rencontrés dans ses quarante années d’errance, c'est qu'une main les retenait. D’ailleurs, le texte de la paracha ‘Houkat n'emploie pas le verbe envoyer, mais le verbe וַיְשַׁלַּח, qui veut dire relâcher. Dieu n'envoie pas un fléau nouveau, il relâche ce qui se trouvait déjà là. À ce moment, cette main se retire. La punition n'est donc pas l'arrivée d'un malheur. Elle est le retrait d'une protection.


Nos Sages ajoutent un commentaire décisif Essav, qui permet d’éclairer le sens de cet épisode. La racine d'Essav est le serpent ancien, celui d'Éden. Le midrach dit d'ailleurs qu'au moment des retrouvailles entre les frères, Essav vint pour mordre Yaakov. Le frère et le serpent sont donc une seule et même entité.


Un passage clé de Béréchit nous montre que ce serpent est le miroir de nos propres ombres. Après la lutte nocturne, qui ressemble à une lutte contre ses propres démons, Ya’akov demande à l'ange d'Essav de lui donner son nom, et l'ange ne répond pas. Nos Sages expliquent que les anges n'ont pas de nom fixe, car celui-ci change selon la mission qu'on leur confie. L'ange d’Essav n'a donc pas d'identité propre. Il devient ce que nous faisons de lui. En nous appuyant sur le frère, nous le transformons pour nous-mêmes en serpent. Son poison est celui d'Éden, « vous serez comme Dieu », vivre par sa propre force, selon ses propres désirs, en se coupant de la Source. Chez nous, ce poison prend le visage de la dépendance au frère protecteur. La morsure ne vient donc pas d'un mal étranger. Elle rend visible un dérèglement intérieur.


Le miroir de notre semaine est maintenant clair. Notre confiance dans le frère hier – rappelons que l’Occident est l’héritier d’Edom- et notre désespoir aujourd'hui sont les deux faces d’une même pièce. Les menaces qui paraissent surgir, l'Iran, le Hezbollah, le Hamas, les missiles, le nucléaire, ne sont pas nouvelles. Elles étaient déjà là, tapies, comme les serpents du désert. Le retrait du parapluie américain ne les crée pas. Il nous révèle seulement que ce parapluie n'a jamais été notre vraie protection.


La Torah donne alors le remède, et ce remède étonne. Dieu ne retire pas les serpents. Il demande à Moché de dresser un serpent d'airain sur une perche, et celui qui le regarde guérit. Nos Sages demandent si le serpent fait mourir ou s'il fait vivre, et ils répondent qu'il n'a aucun pouvoir propre. Quand Israël levait les yeux vers le haut et remettait son cœur à plus haut que lui, le peuple guérissait. Le serpent est le désir coupé de sa source, et sa morsure est le miroir de notre cœur. Le regarder guérit, parce que cela nous oblige à reconnaître ce désir et à le tourner vers sa vraie fin, recevoir pour donner. Le remède n'est pas de fuir la blessure ni de rejeter le frère. Il est de lever les yeux et de remettre notre sécurité dans la seule Source qui ne trahit pas.


Cette guérison change notre rapport au monde. Tant que nous nous appuyions sur le frère, nous vivions courbés, attentifs à lui plaire. Sa morsure nous redresse et nous rend à nous-mêmes. Car nous ne sommes pas une petite nation qui quémande un parapluie. Israël est le peuple qui a lié son existence au Ciel plutôt qu'à sa seule force. Dans un monde où tous les repères moraux s'effondrent et où le mensonge se pare des habits de la justice, Israël est un témoin, et il tient seul l’espérance du monde.


La solitude où l'on nous laisse est ainsi une libération. Tant que nous dépendions du frère, nous taisions une part de nous pour ne pas le froisser. Ce silence n'a plus de raison d'être. Celui qui ne place sa confiance qu’en Dieu ne craint plus de déplaire aux hommes.


Alors, osons être enfin ce que nous sommes depuis toujours destinés à être ! Trop longtemps nous avons écouté ce que le serpent disait de nous, ce que le frère pensait de nous, ce que le monde attendait de nous. L'ange d'Essav n'a pourtant pas de nom, ni de voix propre. Cessons d'écouter ce qu'il dit de nous, sous tous ses visages. Écoutons enfin notre propre voix, celle que le Ciel a déposée en nous, et faisons-la entendre au monde. L'ange d'Ésaü n'a pas de nom, mais Dieu a un Nom qui ne change pas. Puisse l’étincelle du mashia’h-משיח, dont la guematria 358 égale celle de נחש (serpent), réparer la racine même du serpent, et faire de notre solitude retrouvée le commencement d'une grande lumière !

 

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