Hosha'ana Raba – Les étincelles, les otages et le salut final
- steveohana5
- 10 oct. 2025
- 5 min de lecture
Hosha’ana Raba, le grand cri du salut, scelle le jugement dans la miséricorde. Les vingt otages incarnent les dernières étincelles de sainteté à libérer. Quand elles reviendront, ce sera plus qu’une délivrance humaine : ce sera la victoire de la vie sur la nuit, le signe que la Présence divine revient habiter le monde.

Jeudi matin, la nouvelle de la libération des otages est devenue officielle et la pluie — gueshem, racine de lehitgashem, “se réaliser” — est tombée sur la terre comme pour dire : l’espérance d’Israël prend corps, elle se matérialise dans le monde.
Les sept attributs et le combat des nations
Les sept jours de Souccot correspondent aux sept middot, les sept attributs à travers lesquels se dévoile le divin, eux-mêmes associés aux sept « bergers » d’Israël :
‘Hessed - Avraham, Guevoura - Yits’hak, Tiféret - Ya’akov, Netza’h - Moché, Hod - Aharon, Yessod - Yossef et Malkhout - David, père du machia’h.
Manitou enseignait que chacune de ces forces est incarnée dans l’histoire d’Israël — et chacune est combattue par une nation du monde : la bonté/compassion (Avraham) par l’Egypte, la rigueur/justice (Yits’hak) par la Syrie (Ashour), la vérité/beauté (Ya’akov) par Babel, la victoire/persévérance (Moché) par la Perse (Paras), la splendeur/reconnaissance (Aharon) par la Grèce, le fondement/transmission par Edom (l’Occident), la royauté/présence par les 70 nations réunies (Gog ou Magog).
Ces guerres ne sont pas seulement militaires : elles sont métaphysiques. Quand Israël est attaqué, c’est le divin qui est visé à travers lui.
Et le septième jour, Hosha’ana Raba, le combat atteint son sommet : les soixante-dix nations se lèvent, les forces de Gog ou Magog s’unissent pour étouffer le dévoilement de la lumière dans le monde.
Mais c’est alors qu’intervient le miracle : Dieu combat à travers nous.
“Ni par la force ni par la puissance, mais par Mon esprit”, dit Hachem (Zékharia 4,6).
Gaza, Rafah et les 288 étincelles : le combat invisible
Selon le Ari zal (le grand kabbaliste rav Yits’hak Louria), avant la création du monde, les vases de réception de la lumière divine se sont brisés — Shevirat HaKelim — et 288 étincelles de sainteté (רפ״ח ניצוצות, 288 nitsotsot) ont été dispersées dans la matière. Depuis, la mission d’Israël est de libérer ces étincelles, de racheter la lumière prisonnière du chaos. Chaque mitsva, chaque acte de foi, chaque retour à la vie est une réparation — un tikkoun.Or voici que l’histoire semble rejouer ce mystère : רפ״ח – RPaḥ, 288 – porte la même valeur et les mêmes lettres que Rafah (רפח), la ville frontière de Gaza.
C’est là que s’enracinaient les tunnels par lesquels les armes affluaient depuis l’Égypte ;c’est là aussi qu’ont été libérés les vingt-quatre premiers otages du Hamas en novembre 2023, et c’est encore là que s’est jouée la partie la plus décisive de la guerre, malgré les pressions intenses de l’administration américaine et de la communauté internationale pour empêcher Israël d’y pénétrer. Et, comme un signe venu d’ailleurs, c’est précisément à Rafah, précisément le premier jour de Souccot, que le chef du Hamas, Yahya Sinwar, a trouvé la mort il y a un an.
Comme si le nom même de ce lieu portait en lui le secret du monde à réparer…
Dans cette lecture, Gaza n’est pas seulement une terre ennemie : c’est un symbole de l’obscurité la plus dense, celle où les étincelles de sainteté sont enfouies profondément, dans la haine, la mort, et le mensonge. C’est une “zone de rupture” du monde, un vestige de la brisure première.
Lorsque des âmes d’Israël — nos otages — y ont été emmenées, ce n’était pas seulement une tragédie humaine : c’était la matérialisation d’un exil spirituel.Leurs corps captifs sont devenus le reflet visible d’un emprisonnement invisible, celui des étincelles de lumière encore retenues dans les royaumes du mal.
Là où la haine, le mensonge et la mort se sont installés, la lumière est enfouie. Et lorsque des âmes d’Israël y ont été emmenées, ce n’est pas seulement notre peuple qui a été pris en otage, mais la Présence divine elle-même, la Chekhina. Les otages incarnent les nitsotsot encore retenues dans les abîmes du monde. Les libérer, c’est ramener la lumière de Dieu là où le mal pensait régner sans partage.
Les vingt otages : les dernières étincelles à délivrer
Le nombre vingt n’est pas ici un chiffre banal. En guématria, il correspond à la lettre כ – Kaf, dont le nom signifie paume de la main. C’est la lettre du don et de la réception, de la transmission vivante entre le haut et le bas, entre le Créateur et sa créature.
La main — kaf — est à la fois l’instrument de l’action et le symbole de la réceptivité.C’est par la main que l’homme donne, bénit, travaille, mais aussi prie et reçoit.Dans la Birkat Kohanim, les prêtres élèvent leurs mains pour faire passer la bénédiction divine vers le peuple — cette même kaf, creuse et ouverte, devient le canal du flux de lumière qui descend d’en haut.
Tant qu’ils sont encore là-bas, une part de la Chekhina reste captive. Leur retour ne sera pas seulement une joie humaine — ce sera un événement cosmique : le retour de la Présence divine à son peuple.
Et peut-être que le nom même de Rafah nous le murmure : רפח, 288, la dernière réparation. La ville que, selon les termes de l’accord sur la fin de la guerre à Gaza, Tsahal continuera à occuper bien au-delà de la date de libération des otages, deviendra le symbole du rachat.
Le lieu même où s’est concentrée la fracture du monde deviendra le lieu de sa guérison.
Hosha’ana Raba, le salut qui se réalise
Hosha’ana Raba n’est pas un jour de peur, mais un jour de promesse. Le jugement s’y scelle, mais la miséricorde l’emporte. Ce n’est pas la fin de l’histoire : c’est le moment où elle s’inverse.
Les Sages enseignent que trois jugements traversent le mois de Tishri : à Roch Hachana, le sort des justes (tsadikim) est scellé pour la vie ; à Yom Kippour, celui des êtres intermédiaires (beinoniim) est tranché selon leur repentir ; et à Hosha’ana Raba, vient le jugement des récha’im, ceux qui étaient restés dans l’ombre, qui n’avaient pas trouvé la force du retour.
Mais ce jugement n’est pas une condamnation : c’est une dernière ouverture. C’est le soir du salut des récha’im, le moment où la bonté divine descend jusque dans les recoins les plus obscurs pour y chercher la moindre étincelle de lumière.
Là où tout semblait perdu, Hosha’ana Raba murmure encore :
(הושִׁיעָה נָּא forme contractée de) הוֹשַׁעְנָא
Hoshi’a na — « Sauve-nous maintenant. »
Ce soir-là, la miséricorde de Dieu dépasse la justice. Elle traverse même les zones de rupture du monde, là où les étincelles de sainteté (nitsotsot) sont encore prisonnières. C’est pourquoi les Sages disent que le verdict de Tishri n’est réellement clos qu’à Hosha’ana Raba: parce qu’il fallait laisser le temps à la lumière d’atteindre jusqu’aux cœurs les plus éloignés.
Ainsi, Hosha’ana Raba est la nuit du rattrapage divin : le moment où Hachem descend chercher ceux qui sont restés dehors, où la pluie de miséricorde tombe même sur les terres arides, où la main tendue — la kaf — ramène à elle les âmes dispersées.
Et peut-être qu’aujourd’hui, à travers le retour annoncé, les 20 âmes encore retenues, et la foi d’un peuple qui refuse de se résigner, nous vivons déjà les prémices du Tikkoun : le moment où la lumière se fait chair, où le rêve se réalise, et où la délivrance commence à se manifester dans le monde.
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