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Emor - Construire la Menorah

  • steveohana5
  • 1 mai
  • 5 min de lecture

Dans Emor, la Torah parle d’une huile d’olive pure, concassée pour faire monter une lumière permanente : parfois, c’est sous la pression que la lumière se révèle. Rabbi Shimon bar Yohaï, enfermé dans sa grotte face aux Romains, fait surgir de l’épreuve une lumière immense, celle du Zohar. Aujourd’hui encore, un sondage montre que près d’un Israélien sur deux s’est rapproché de son identité juive depuis le 7 octobre. La souffrance n’a pas créé cette lumière, elle a réveillé ce qui était déjà présent. Notre défi est désormais de transformer ce réveil en lumière durable, en construisant une société plus juste, plus unie et plus responsable.



Jerusalem Menorah - par Yoram Raanan
Jerusalem Menorah - par Yoram Raanan

Dans la paracha Emor, la Torah revient sur l’huile de la Ménorah :

צַו אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ שֶׁמֶן זַיִת זָךְ כָּתִית לַמָּאוֹר לְהַעֲלֹת נֵר תָּמִיד׃

« Ordonne aux enfants d’Israël qu’ils t’apportent une huile d’olive pure, concassée pour le luminaire, afin de faire monter une lampe en permanence. » (Vayikra, 24 :2).


Une huile pure, destinée à nourrir une lumière permanente dans le Temple.


L’image est simple, mais elle contient une grande profondeur. L’huile vient de l’olive. Or l’olive ne donne son huile que lorsqu’elle est pressée. Rav Jonathan Sacks résumait cela par une formule très forte : “crushed to light-broyées pour éclairer”. Parfois, c’est sous la pression que ce qui était caché devient lumière.


Mais il faut bien comprendre le mécanisme. La pression ne crée pas l’huile ex nihilo. Elle ne fait que révéler ce qui était déjà contenu dans l’olive. De la même manière, les épreuves d’Israël ne créent pas son identité, sa foi ou sa lumière. Elles retirent simplement les couches (klipot) qui les empêchent de se manifester pleinement.


C’est ce que nous célébrerons lundi prochain, à Lag BaOmer, avec la hiloula de Rabbi Shimon bar Yohaï. Il fuit l’oppression romaine et se cache dans une grotte. Tout semble se fermer autour de lui : la liberté, la parole publique, la vie normale. Et pourtant, c’est précisément dans cette obscurité que mûrit l’une des grandes lumières de la Torah, celle du Zohar.


Rome voulait faire taire la voix d’Israël. Mais cette pression a produit l’effet inverse : elle a obligé une lumière plus intérieure à apparaître. La grotte devient alors plus qu’un refuge. Elle devient un lieu de dépouillement, de purification, de révélation.


Depuis le 7 octobre, nous voyons quelque chose de semblable. Un sondage relayé par i24NEWS indique que près d’un Juif israélien sur deux dit s’être rapproché de son identité juive depuis le 7 octobre ; il note aussi un renforcement particulièrement marqué chez les Mizrahim, et un mouvement également présent chez une partie des Israéliens « laïcs ».


Là encore, la souffrance n’a pas créé cette identité. Elle l’a réveillée. Elle a fait apparaître ce qui était déjà là, mais peut-être moins visible dans les temps ordinaires.


C’est ici que surgit la question essentielle : devons-nous toujours attendre d’être pressés par l’histoire pour retrouver notre lumière ? Devons-nous dépendre de Rome, d’Amalek, de l’antisémitisme ou de l’hostilité du monde pour redevenir nous-mêmes ?


La réponse nous est donnée par la paracha Emor. La Torah ne parle pas seulement de l’huile. Elle parle de la Ménorah. L’huile est l’essence intérieure. La Ménorah est le réceptacle qui transforme cette essence en lumière stable, visible, durable.


Autrement dit, il ne suffit pas que l’identité juive se réveille dans les crises. Il faut lui donner une forme. Il faut construire les cadres qui transforment l’émotion en responsabilité, la mémoire en action, l’appartenance en projet collectif.


Si nous ne voulons pas dépendre de la pression du mal, nous devons créer nous-mêmes une intensité positive. Non pas une nouvelle utopie politique, froide, imposée d’en haut. Mais une transformation patiente, enracinée, qui vient des familles, des communautés, des villes, des écoles, des lieux où les hommes se rencontrent et travaillent ensemble.


Cette intensité positive commence par remettre la Torah au cœur de la Cité : non pas une Torah enfermée dans les yeshivot et cloisonnée, mais une Torah engagée et partagée, qui inspire l’éducation, l’éthique publique, la justice, la responsabilité et la manière de construire une société.


Elle passe aussi par un service militaire ou civil pour tous, parce qu’un peuple ne peut pas tenir si certains portent seuls le poids du destin commun. Chacun doit pouvoir servir selon ses capacités, mais personne ne doit rester extérieur à la responsabilité nationale.


Elle suppose aussi d’accueillir et d’intégrer vraiment les olim : non pas seulement leur ouvrir les portes du pays, mais leur donner une langue, un réseau, une dignité, une capacité réelle de participer à l’avenir commun.


Elle demande enfin de refonder le pacte social : redonner au lien sa place centrale, à l’argent son rôle de tikoun, au principe de justice sociale sa primauté, désenclaver les périphéries, lutter contre les monopoles et les rentes, permettre un accès beaucoup plus large à la propriété, créer un capital universel partagé, alléger ou annuler les dettes qui écrasent les plus pauvres, aider les exclus à reprendre en main leur destin.


Ces idées actualisent l’esprit de la shemita et du yovel : empêcher que la dette, la rente et l’exclusion enferment durablement les familles, et rappeler que la terre, la richesse et la propriété doivent toujours revenir vers leur finalité spirituelle et collective.


Car le mal ne se combat pas seulement dans l’âme individuelle. Bien sûr, chacun doit travailler sur son égo et ses ombres. Mais il existe aussi un mal collectif : l’indifférence, l’injustice, la dureté économique, la fragmentation du peuple, le mépris entre groupes. Si la lumière d’Israël doit éclairer le monde, elle doit d’abord guérir ces maux intérieurs.


C’est cela, construire une Ménorah : faire en sorte que la lumière intérieure d’Israël ne reste pas réduite à une émotion de crise, mais devienne une présence continue dans la vie collective.


Le 7 octobre nous a unis par la douleur. La question est maintenant de savoir si nous pouvons nous unir par le bien. Par des projets qui rassemblent. Par une responsabilité nationale qui ne soit pas seulement militaire, mais aussi sociale, éducative, morale et humaine.


C’est aussi le sens de Lag BaOmer. Rabbi Shimon ne reste pas dans la grotte. La lumière qui naît là-bas doit sortir, devenir Torah, devenir transmission, devenir Zohar. Une lumière qui resterait dans la grotte serait incomplète.


De même, le réveil juif d’aujourd’hui ne doit pas rester une émotion née du traumatisme. Il doit devenir une lumière durable : une manière plus profonde de vivre ensemble, de nous sentir responsables les uns des autres, de faire de notre identité non pas seulement une réponse à l’adversité, mais une force positive d’unité et de construction.


Israël n’a pas besoin d’être brisé pour éclairer. Mais pour cela, il doit apprendre à révéler son essence par choix, et non seulement sous la pression de l’histoire.


C’est peut-être le grand passage que nous avons à accomplir : passer d’une lumière révélée par l’épreuve à une lumière portée par une mission.

 

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