Du « gag » de la Maison-Blanche au feuillage de la Soucca
- steveohana5
- 6 oct. 2025
- 4 min de lecture
La fête de Souccot offre à Israël une clé pour penser la souveraineté autrement : non comme dépendance à la puissance, mais comme autonomie spirituelle et morale. Elle enseigne que la vraie sécurité ne se fonde pas sur les murs ou les alliances, mais sur la cohésion, la sobriété et la confiance. Face au monde du gag — toit fermé symbolisant la volonté de contrôle et l’égo —, la Soucca incarne le toit ouvert du lien, du sens et de la Présence. Souccot unit le Ciel et la Terre, rappelant que le politique et l’économique doivent être au service du spirituel. Selon Zacharie, ce modèle de recherche du sens à travers la matière finira par inspirer toutes les nations.

Israël sous le toit d’Essav
La conférence de presse conjointe de Benjamin Netanyahou et Donald Trump a révélé une tension profonde au sein de l’identité israélienne : celle d’un pays politiquement souverain, mais encore dépendant dans sa sécurité et sa diplomatie des grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis. Cette dépendance n’est pas seulement militaire ou stratégique, mais également morale et spirituelle : celle d’un État qui cherche encore sa légitimité dans le regard de l’autre.
Or la fête de Souccot offre une clé pour penser ce dilemme. Dans la Torah, après sa rencontre avec son frère Essav, symbole de la puissance matérielle (incarnée aujourd’hui par l’Occident et en premier chef les Etats-Unis), Ya’akov s’éloigne et part pour Souccot (Genèse 33,17) :
Veya’akov nasa’h soukota Quant à Ya’akov, il se dirigea vers Soukot
vayiven lo bayit oulemiknehou ‘asa Soukot il s'y bâtit une demeure et pour son bétail il fit des enclos
‘al ken kara shem hamakom Soukot c'est pourquoi l'on appela cet endroit Soukot.
Ce déplacement marque un changement de rapport au monde : Ya’akov cesse de chercher la sécurité dans la confrontation ou la dépendance, et choisit une forme d’autonomie spirituelle. Souccot, dans la mémoire juive, incarne ce passage : de la protection extérieure à la confiance intérieure, des faux-semblants de la diplomatie à la liberté assumée.
La souveraineté ne se réduit pas à la puissance
Souccot rappelle qu’une souveraineté véritable ne se mesure pas à la taille de l’armée, au PIB ou aux alliances, mais à la capacité d’un peuple à vivre sobrement et de manière autonome, guidé par la recherche du sens.
La Soucca — cette cabane fragile dans laquelle on s’installe pendant sept jours — renverse notre conception habituelle de la sécurité. Elle enseigne que la stabilité ne découle pas de la solidité des murs que les égos érigent pour dominer, se protéger et contrôler, mais de la cohésion morale et de la confiance collective. Appliqué à Israël aujourd’hui, ce message a une portée politique et économique. Un pays souverain ne peut se contenter d’être militairement fort et économiquement dépendant, technologiquement innovant et socialement inégalitaire. La souveraineté doit devenir un projet global : capacité à produire son énergie, sa nourriture, sa sécurité, mais aussi son sens. Autrement dit, un modèle fondé sur la sobriété, la résilience et l’autonomie, plutôt que sur l’accumulation et la dépendance structurelle.
Le conflit entre “toit fermé” et “toit ouvert”
La tradition prophétique, notamment chez Zacharie (lu dans la haftara du premier jour de Soukot), évoque la guerre de Gog et Magog (guematria 70 comme les 70 nations) avant la venue d’un monde pacifié. Cette image n’est pas seulement une prophétie militaire, mais également une métaphore du conflit des modèles de civilisation. Le mot “Gog” partage la même racine hébraïque que “gag”, le toit. Il représente le monde qui se ferme sur lui-même : celui qui croit pouvoir se protéger par la technique, l’argent ou la puissance, en excluant la dimension spirituelle. À l’inverse, la Soucca est un “toit ouvert” : elle laisse passer la lumière, accepte la vulnérabilité comme espace de relation et de transcendance.
Cette tension traverse le monde contemporain. Le modèle des grandes puissances — contrôle, domination, surconsommation — se heurte à ses limites : surendettement, crise écologique, dépendance énergétique, rivalités stratégiques, polarisation politique, déséquilibres sociaux. Israël, à travers son expérience historique et son message, peut offrir une autre voie : celle d’une société qui cherche le sens non dans la puissance, mais dans le lien.
Réunir le spirituel et le politique
La guématria associe le mot Soucca (סוכה) au nombre 91, somme des deux Noms divins :יהוה (26), symbole de la transcendance, et אדני (65), symbole de l’immanence.Souccot est ainsi la fête où s’accomplit l’union du Ciel et de la Terre.Elle propose un modèle de souveraineté dans lequel le politique et le spirituel ne s’opposent plus, mais se complètent : la politique, l’économie et la technologie deviennent des instruments d’incarnation du spirituel dans la matière, et non des fins en soi.
Dans un monde en quête de repères — économique, énergétique, écologique et moral — Souccot rappelle que la souveraineté véritable ne réside pas dans l’ivresse de la puissance, mais dans la capacité d’un peuple à se tenir debout par lui-même, sous un toit ouvert, dans un espace où la Présence a sa place.
C’est ce modèle, celui d’une souveraineté sobre, lucide et habitée, qui, selon le prophète Zacharie (14,16), finira par s’imposer universellement :
« Toutes les nations monteront à Jérusalem pour célébrer la fête de Souccot. »
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