top of page
Rechercher

Beréchit : Israël, réparateur de la fraternité

  • steveohana5
  • 17 oct. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 oct. 2025

Cette semaine, alors que Beréchit rouvre le livre du monde, le retour des otages nous offre l’image la plus pure de la lumière jaillissant des ténèbres. Leur courage, leur foi, leur humanité rappellent à Israël sa vocation première : réparer la fraternité brisée depuis Caïn.

À travers eux, Dieu nous repose la question : « Où est ton frère ? ». À nous d’y répondre en transformant leur libération en la nôtre : briser notre ego, nos murs intérieurs, nos certitudes, nos conditionnements. Cesser enfin de reproduire la faute de Caïn, pour recréer un monde où chacun devient le gardien de son frère.



Ce Chabbat, alors que nous rouvrons le rouleau de la Torah sur ses premiers mots — “Beréchit bara Elohim” —, Israël, lui aussi, se tient à un commencement. Le retour des otages, la restitution des corps de nos captifs, la joie et la gratitude qui traversent le pays marquent une page nouvelle. 

Mais au cœur de cette émotion, une question, vieille comme l’humanité, se fait entendre à nouveau :

« Où est ton frère ? »

 

Rom Braslavsky : redécouvrir pourquoi nous sommes juifs

Parmi ceux qui sont revenus de captivité, le témoignage de Rom Braslavsky résonne comme une révélation existentielle. Durant deux années passées dans les geôles du Hamas, ses ravisseurs ont tenté de le convertir à l’islam, lui promettant de la nourriture et des privilèges s’il lisait le Coran ou jeûnait durant le Ramadan. Mais Rom a refusé. Il répétait inlassablement:

« Je suis juif. Je suis fort. Je ne céderai pas. » 

Et, dès son retour, il a mis les téfilines.


Depuis son lit d’hôpital, il a confié :

« La force, dans l’endroit où j’étais, venait de cette conscience : tout autour de moi, il n’y avait que des non-juifs, et si j’étais là-bas, c’était uniquement parce que je suis juif. Tout ce que j’ai vécu, tout ce qu’ils m’ont fait, c’est parce que je suis juif. »


Puis il a ajouté :

« Nous devons redevenir un peuple uni. Les gens doivent comprendre et savoir que nous sommes juifs. Il faut renforcer le judaïsme en nous, et j’espère que le peuple d’Israël restera vivant, fort et uni. »


Dans la nuit de Gaza, Rom a redécouvert la vocation même d’Israël : être le peuple qui témoigne, par sa fidélité, de la possibilité de la fraternité entre les hommes. Ce qu’il a vécu, Manitou l’avait formulé en d’autres mots : Israël existe pour réparer la relation fraternelle brisée par la faute de Caïn. Dans les ténèbres, Rom a compris pourquoi il était juif, non comme un privilège, mais comme une mission. Sa résistance résonne comme l’affirmation d’une foi qui, à la face de geôliers intolérants à toute différence, reconnaît et protège la dignité de chaque homme dans son unicité inaliénable.

 

Beréchit : la fracture originelle de la fraternité

Le récit de Caïn et Hével est le premier grand drame de la Torah.Deux frères, deux offrandes, un regard divin qui agrée l’une et refuse la seconde, et la jalousie qui se mue en meurtre. 


Dieu tente de parler à Caïn :

« Pourquoi ton visage est-il abattu ? Si tu t’améliores, tu pourras te relever. » (Beréchit 4,7)


Mais Caïn ne répond pas. Il se ferme à la parole, et la parole rentrée se transforme en pulsion de violence. Ainsi, dès l’origine, l’humanité entre dans l’histoire par le désir de suppression du frère. 


Depuis ce moment, toute la Torah n’est qu’une longue marche vers la réparation de cette relation fraternelle :

  • Yitzhak et Yishmaël, premier échec

  • Yaakov et Essav, second échec

  • Et enfin Yossef et ses frères, qui parviennent, dans les larmes, à se reconnaître.


Et c’est donc naturellement après la naissance de Yossef, le réparateur de la fraternité, que la nation d’Israël se définit dans ses contours et que Yaakov décide de rentrer vers la Terre de Canaan pour devenir Israël. Déjà, dès les premiers versets de la Torah, cette vocation s’esquisse :

« וַתֹּסֶף לָלֶדֶת אֶת אָחִיו אֶת הָבֶל »

Elle ajouta à enfanter son frère, Hével (Beréchit 4,2).

Ce וַתֹּסֶף, “elle ajouta”, n’est pas seulement un verbe : c’est la préfiguration du nom de Yossef, celui qui viendra “ajouter” la vie là où Caïn l’avait retranchée. Dans Yossef, dont le nom signifie « Dieu m’ajoute un autre fils » (Beréchit 30,24), Manitou voit le tikoun de Caïn. Là où le premier frère cadet fut supprimé, Yossef fait renaître la possibilité d’un frère « benjamin » aimé ; là où la parole s’était éteinte dans la jalousie, il rouvre la voie de la réconciliation. 


Et c’est pourquoi, à la naissance de Yossef, Yaakov sent que le moment est venu de revenir vers la Terre promise : car la Terre d’Israël est la géographie où la fraternité doit s’accomplir, le lieu même où l’histoire humaine commence à guérir la fracture ouverte par Caïn.

 

Matan et Daniel : la fraternité jusqu’à la mort

Cette vocation a aujourd’hui des visages. Celui de Matan Angrest, rescapé de captivité, qui a tenu à assister, malgré sa faiblesse, aux funérailles de son commandant Daniel Perez.

Le 7 octobre, Matan a combattu pendant des heures contre les terroristes du Hamas au poste avancé de Nahal Oz, aux côtés de Tomer Leibovitz (19 ans), Itay Chen (19 ans) et de Daniel Perez (22 ans), leur commandant.


Seul survivant de cette bataille, Matan a été enlevé vivant et emmené à Gaza, tandis que les corps de Daniel et d’Itay y ont également été emportés. Le corps d’Itay n’est pas encore revenu en Israël.


Les médecins avaient interdit à Matan de se rendre à l’enterrement de Daniel, la famille de Daniel l’avait supplié de ne pas venir. Mais il a insisté, disant :

« C’est le minimum que je puisse faire pour Daniel et pour toute mon équipe — de vrais héros. Je n’avais rien préparé, je ne croyais même pas pouvoir venir, mais je devais être ici. »


Puis il ajouta :

« Daniel a mené notre combat héroïque. Il était un modèle, un homme à admirer. Mon commandant sera toujours mon commandant, jusqu’à mon dernier jour — et même dans le monde à venir. »


Et, se tournant vers la famille :

« Je serai là pour vous toute ma vie. Je ne vous quitterai pas. Daniel, Itay, Tomer — ils sont avec moi partout où j’irai. Je suis fier d’avoir défendu Israël sous le commandement de Daniel. Il est mon héros, et le restera à jamais. »


Dans ces mots, la fraternité prend chair : celle des armes, du courage, du lien indestructible entre les vivants et les morts.

 

La place des otages : “Il ne reviendra pas… mais c’est mon frère”

Ce même esprit, Nathalie et moi l’avons vécu, lundi, sur la place des otages à Tel-Aviv (voir le récit de Nathalie dans Causeur). À côté de nous, une femme était assise, enveloppée dans le drapeau bleu et blanc. Sur ses genoux, une pancarte portant justement le nom de Daniel Perez. 


Nathalie lui a demandé doucement :

« C’est un proche à toi ? » 


Elle a secoué la tête : « Je ne le connais pas. Mais c’est mon frère. Ils sont tous mes frères. Les vivants comme les morts. Tous, sans exception. Et tant que sa dépouille n’est pas arrivée, je reste ici et j’attends. »  


Sa prière a été rapidement exaucée b’h.

 

Conclusion – Beréchit et le retour des otages : recommencer autrement

Ce n’est pas un hasard si la lecture de Beréchit tombe cette semaine, au moment même où nos frères reviennent de captivité. Cette coïncidence n’est pas liturgique, elle est spirituelle. Elle nous dit que le monde naît de nouveau, mais que sa recréation dépend cette fois de nous.


Nous avons vu des hommes et des femmes sortir des ténèbres. À nous maintenant de nous extraire des nôtres. Eux ont brisé leurs chaînes ; à nous de briser les nôtres, celles de nos conditionnements, de nos certitudes, de nos murs intérieurs. Si cette libération ne devient pas une libération de nos propres âmes, elle restera inachevée.


Et pourtant, déjà, les vieux réflexes ressurgissent : les querelles, les rivalités, les vanités.On s’entend dire : “C’est grâce à nous, pas à vous.” C’est la voix de Caïn, revenue sous d’autres formes. Mais l’histoire, cette fois, ne doit pas se répéter. Nous sommes entrés dans un temps où doit s’accomplir le tikoun de la faute de Caïn, où l’ego doit s’incliner devant la conscience de notre mission.


Beréchit ne raconte pas seulement la création du monde : il raconte la possibilité d’un recommencement après la faute. Chaque génération doit choisir si elle rejoue le geste de Caïn (le repli, la jalousie, la comparaison, la certitude d’avoir raison) ou si elle ose enfin créer autre chose : une humanité capable de regarder son frère sans l’envier ni le haïr.


La faute de Caïn, c’est de croire que l’espace du frère retranche quelque chose au sien. Et nous la répétons chaque fois que nous laissons l’ego, la peur ou l’idéologie remplacer le visage. Rom, Matan, et tant d’autres nous rappellent qu’il est possible de vivre autrement: en hommes debout et maintenus vivants par-delà les ténèbres par leur conscience d’appartenir à un destin plus grand qu’eux-mêmes.


Le retour des otages est un signe, mais ce signe nous engage : à recommencer, non pas l’ordre ancien, mais un monde plus tourné vers l’essentiel, plus vrai, plus fraternel. 


Que ce Beréchit soit donc notre travail de recréation : abattre nos murs, désapprendre la peur, et cesser, enfin, de reproduire la faute de Caïn. 


Car le monde ne sera vraiment recréé que le jour où, à la question de Dieu —« Où est ton frère ? » — nous saurons répondre : 

« Il est là. En moi. Et j’en suis le gardien. »


ליקרוא בעיברית


 

 
 
 

Posts récents

Voir tout
Mon premier Pourim

Samedi matin, comme presque chaque chabbat, Nathalie et moi avons assisté à un cours du rav Benharrouche, à Amit (Ra'annana), en hébreu, consacré à la signification d’Amalek et à la fête de Pourim. Il

 
 
 

Commentaires


©2020 par Un autre regard. Créé avec Wix.com

bottom of page