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Balak : Le lion et la rosée

  • steveohana5
  • 26 juin
  • 6 min de lecture

La paracha et la haftara de Balak nous donnent la carte d'identité d'Israël parmi les nations, le lion et la rosée. La rosée vient de Dieu et nous la portons au monde, le lion ne se dresse que pour la protéger. Nos deux guerres contre l'Iran ont repris les mots mêmes de Bilaam, et le retrait de l'Amérique ne crée pas notre solitude mais la révèle, car nous portons seuls la vocation de prêtres parmi les nations. Derrière cette vocation se tient une exigence qui tient en deux rapports, à Dieu et au prochain, faire la justice, aimer la bonté, marcher humblement. Comme à Baal Peor, ce n'est jamais l'ennemi du dehors qui nous abat mais la désunion et l'oubli de notre Source, et l'épreuve ne vient que pour nous y ramener.

 

Résumé de la paracha

La paracha de Balak se déroule presque entièrement en dehors du camp d'Israël, qui ignore tout de ce qui se trame contre lui. Balak, roi de Moab, prend peur devant ce peuple qui avance vers Canaan, et il engage Bilaam, un devin réputé, pour le maudire. Dieu interdit d'abord à Bilaam de partir, puis l'autorise à condition de ne dire que ce qui lui sera mis dans la bouche. En chemin, son ânesse voit un ange posté sur la route et refuse d'avancer, tandis que le devin, lui, ne voit rien, jusqu'à ce que Dieu lui ouvre enfin les yeux. Balak conduit alors Bilaam sur trois sommets pour qu'il maudisse Israël, et trois fois la malédiction se retourne en bénédiction. Bilaam décrit un peuple qui demeure seul parmi les nations, beau dans ses tentes, fort comme un lion, et il annonce qu'une étoile se lèvera de Jacob. Furieux, Balak le renvoie sans rien obtenir. Mais aussitôt après, Israël tombe de lui-même à Chittim, attiré par les filles de Moab et de Midian et entraîné vers le culte de Baal Peor. Une plaie éclate et emporte vingt-quatre mille personnes. Elle ne s'arrête que lorsque Pinhas se lève pour défendre l'alliance que le peuple était en train de rompre.



Le Lion et la Rosée
Le Lion et la Rosée

 

La paracha de Balak et sa haftara nous donnent une sorte de carte d'identité. Elles nous disent qui nous sommes au milieu des nations, et elles le font à travers deux images que tout semble opposer, le lion et la rosée.


Bilaam est venu pour maudire Israël, mais chaque fois que sa bouche s'ouvre, la malédiction se change en bénédiction. Dans ses oracles, il décrit Israël comme un lion, et il emploie pour cela deux mots différents : הֶן עָם כְּלָבִיא יָקוּם וְכַאֲרִי יִתְנַשָּׂא, voici un peuple qui se lève comme un lion (« lavi ») et se dresse comme un jeune lion (« ari ») (Nombres 23,24). La haftara prolonge la même image, puisque le prophète Micah compare le reste de Jacob à un aryeh et à un kefir au milieu des bêtes de la forêt, כְּאַרְיֵה בְּבַהֲמוֹת יַעַר כִּכְפִיר בְּעֶדְרֵי צֹאן, comme un lion parmi les bêtes de la forêt, comme un lionceau parmi les troupeaux (Michée 5,7). Entre la paracha et la haftara, la tradition revient ainsi à plusieurs reprises sur la force de ce peuple, avec trois mots distincts pour dire le lion.


Mais avant le lion, Micah place une image beaucoup plus douce et plus rare. Il annonce que le reste de Jacob sera comme une rosée venue de l'Éternel, comme des ondées sur l'herbe, וְהָיָה שְׁאֵרִית יַעֲקֹב בְּקֶרֶב עַמִּים רַבִּים כְּטַל מֵאֵת ה' כִּרְבִיבִים עֲלֵי עֵשֶׂב (Michée 5,6). Là encore le texte emploie deux mots, le tal et les revivim, et il prend soin de préciser que le premier vient de Dieu, meèt Hachem. Dans ce verset, Israël n'est pas l'herbe qui reçoit l'eau, il est l'eau elle-même, et les nations sont l'herbe sur laquelle elle se dépose. Nous ne recevons donc pas la rosée, nous la sommes, et nous portons vers le monde une bénédiction dont la source n'est pas en nous mais en Dieu.


Voilà notre carte d'identité. Nous sommes appelés à bénir le monde comme le fait la rosée, en silence et sans bruit, par notre seule présence fidèle. Et nous sommes appelés à nous dresser comme le lion pour défendre cette présence. Le lion ne se lève pas pour dominer les autres, il se lève pour garder la rosée.


Cette carte d'identité, notre époque vient de la confirmer de la manière la plus concrète qui soit. Israël a nommé ses deux dernières guerres contre l'Iran avec les mots mêmes de Bilaam. L'opération de 2025 s'est appelée Am KeLavi, le peuple qui se dresse comme un lavi, et celle de 2026 s'est appelée Cheagat HaAri, le rugissement de l'ari. Les deux mots de la prophétie sont ainsi devenus, l'un après l'autre, les noms de nos combats. Le peuple que Balak voulait maudire s'est défendu en portant le nom même de sa bénédiction.


Le verset de Bilaam dit pourtant encore autre chose, qui aide à définir plus précisément notre identité. Il décrit Israël comme un peuple qui demeure seul et ne se compte pas parmi les nations, הֶן עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב (Nombres 23,9). Nous avions longtemps cru que cette solitude appartenait au passé, parce que nous avions un grand allié et que nous pensions tenir de lui notre sécurité. L'heure présente nous enseigne autre chose : même notre plus grand allié n'était jamais qu'un allié, et lorsqu'il se retire, il ne crée pas notre solitude, il la révèle. Nous découvrons alors que nous portons seuls une vocation que personne ne portera jamais à notre place, ni même à côté de nous.


Cette vocation a un nom très ancien. Au Sinaï, Dieu nous appelle un royaume de prêtres, וְאַתֶּם תִּהְיוּ לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים וְגוֹי קָדוֹשׁ, et vous serez pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte (Exode 19,6). Or le prêtre est celui qui relie les hommes à Dieu, et qui enseigne par sa vie bien plus que par ses paroles. Ce que les Leviim sont pour Israël, Israël est appelé à l'être pour les nations, mis à part non pour fuir le monde, mais pour lui transmettre ce qu'il reçoit du centre. C'est aussi pour cette raison que nous demeurons seuls, car un prêtre au milieu des nations ne peut pas remettre sa charge à un autre.


Une vocation que l'on porte seul fait aussitôt surgir une question, celle de savoir à quoi nous sommes tenus. La fin de la paracha et la haftara y répondent ensemble, en montrant que, derrière la vocation, se tient une exigence. Cette exigence ne se mesure pas à notre force ni à notre nombre, mais dans notre rapport à Dieu et au prochain.


Micah l'exprime dans des mots simples. Il demande ce que l'Éternel réclame de nous, et il répond, הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה טּוֹב וּמָה ה' דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם אֱלֹהֶיךָ, on t'a dit, homme, ce qui est bien et ce que l'Éternel réclame de toi, rien d'autre que de faire la justice, d'aimer la bonté, et de marcher humblement avec ton Dieu (Michée 6,8). Tel est le vrai contenu de la rosée. Bénir le monde, ce n'est pas monter sur une estrade pour bénir les peuples, ni leur dicter ce qui est bien ou mal. C'est devenir nous-mêmes, par notre simple existence, un exemple pour les nations : un modèle de société juste, bonne et humble, et laisser simplement ce modèle parler de lui-même.


La paracha nous montre alors où se trouve le vrai danger. Toutes les malédictions de Bilaam ont échoué, et aucune force venue du dehors n'a réussi à entamer Israël. Pourtant, à la fin de la paracha, Israël tombe quand même, et il tombe d'une manière que Balak n'avait pas réussi à provoquer par la malédiction. Puisque Bilaam n'était pas parvenu à maudire ce peuple, il comprit qu'on ne pourrait jamais l'abattre du dehors, et il indiqua à Balak la seule arme capable de l'atteindre, celle qui agirait du dedans. Les filles de Moab et de Midian s'approchèrent alors du camp, et le peuple se laissa entraîner vers elles et vers leurs dieux (Nombres 25). Ce que la force du dehors n'avait jamais entamé, Israël se l'infligea lui-même du dedans.


Nous devons entendre cette leçon aujourd'hui. Notre véritable faiblesse n'est pas l'ennemi, elle est la désunion et l'oubli. Nous trébuchons lorsque nous cessons d'être unis, et lorsque nous oublions d'où vient l'eau que nous portons. La rosée vient de Dieu, et le jour où nous croyons qu'elle vient de nous, ou d'un allié, ou de notre seule force, nous perdons précisément ce qui faisait notre bénédiction.


Ainsi, la fin de la paracha éclaire les épreuves qui nous sont envoyées depuis notre naissance il y a 3500 ans. La Torah nous a promis que nous ne serions jamais détruits, et que notre mission ne pourrait jamais échouer. Mais elle ne nous a pas promis que nous ne l'oublierions pas, et c'est pour cela que l'histoire vient parfois nous réveiller. L'épreuve ne tombe pas sur nous pour nous anéantir, mais pour nous reconnecter à notre Source. Le retrait de l'allié et la solitude qu'il révèle ont exactement ce sens, car ils nous retirent l'illusion que notre sécurité dépendait d'un autre que Dieu, et ils nous ramènent à cette rosée qui vient meèt Hachem, de l'Éternel et de nulle part ailleurs.


Notre solitude n'est donc pas un abandon, elle est une vocation. Nous nous sommes dressés deux fois comme le lion. Mais l'appel le plus profond ne sera jamais de rugir plus fort, il sera de devenir la rosée, cette société juste, humble, unie et fidèle par laquelle la bénédiction de Dieu atteint le monde. C'est ainsi que s'accomplira un jour la parole d'Isaïe, lorsque de Sion sortira la Torah et de Jérusalem la parole de Dieu, כִּי מִצִּיּוֹן תֵּצֵא תוֹרָה וּדְבַר ה' מִירוּשָׁלָיִם (Isaïe 2,3).


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