Vaéra – l’heure messianique
- steveohana5
- 16 janv.
- 7 min de lecture
Vaéra révèle que la sortie d’Égypte est le prototype de toutes les délivrances. Dieu passe de la promesse à son accomplissement, mais Israël, écrasé intérieurement, peine à entendre la voix de l’espérance. Et voici que les prophéties anciennes se réveillent sous nos yeux (la confrontation annoncée des empires, les secousses des nations, les signes décrits par nos Sages) rappelant que l’histoire continue de suivre une ligne guidée. Cette fois, la libération dépendra aussi de l’action humaine : lever les voiles qui nous empêchent de voir, assumer notre vocation et devenir partenaires actifs du projet divin dans l’histoire.
Résumé de la paracha
Dans Vaéra, Dieu révèle à Moshé qu’Il va désormais accomplir Ses promesses, libérer Israël, le prendre pour peuple et l’amener en Terre promise. Moshé annonce cette délivrance, mais les Hébreux, écrasés par la servitude, n’entendent plus l’espérance, tandis que Pharaon, aveuglé et endurci, refuse obstinément de voir la main divine. Alors commencent les signes : le Nil est transformé en sang, puis viennent les grenouilles, poux, bêtes sauvages, peste du bétail, ulcères, et grêle. Chaque coup fissure la certitude du pouvoir égyptien et révèle la souveraineté du Créateur. Vaéra ouvre ainsi le chemin de la libération : sortir d’Égypte, mais aussi sortir de l’aveuglement, du maître comme de l’esclave.

La paracha Vaéra, lue cette semaine, nous fournit le modèle de la libération messianique à venir. Elle s’ouvre par l’annonce par Dieu de son projet de salut pour l’humanité à travers le peuple juif (Chemot, 6:2-8):
« Je suis apparu à Abraham, à Isaac, à Jacob, comme El Shaddai [commentaire de Rachi : Dieu de la promesse]; ce n'est pas en ma qualité YHVH [commentaire de Rachi : Dieu qui accomplit ses promesses] que je me suis manifesté à eux.
De plus, j'avais établi mon alliance avec eux en leur faisant don du pays de Canaan, cette terre de leurs pérégrinations où ils vécurent étrangers et enfin, j'ai entendu les gémissements des enfants d'Israël, asservis par les Égyptiens et je me suis souvenu de mon alliance.
Donc, parle ainsi aux enfants d'Israël: ‘Je suis l'Éternel! Je veux vous soustraire aux tribulations de l'Égypte et vous délivrer de sa servitude; et je vous affranchirai avec un bras étendu, à l'aide de châtiments terribles. Je vous adopterai pour peuple, je deviendrai votre Dieu; et vous reconnaîtrez que moi, l'Éternel, je suis votre Dieu, moi qui vous aurai soustraits aux tribulations de l'Égypte.
Puis, je vous introduirai dans la contrée que j'ai solennellement promise à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous la donnerai comme possession héréditaire, moi l'Éternel.’ "
Ainsi, cette paracha est celle que le rav Jonathan Sacks z’l associe à la « naissance de l’histoire », celle où l’humanité, à travers le destin particulier du peuple juif, commence à recevoir les signes tangibles qu’elle avance bien vers une direction divine providentielle.
Or, la résistance à accepter le sens de notre histoire semble « codée » en nous – comme un « bug » - depuis l’origine des temps. Cette résistance est à la fois le résultat de notre servitude et sa cause, puisqu’elle nous empêche de rencontrer l’espérance et de nous élever à la hauteur de notre vocation. Ce combat de reconnaissance du sens est l’enjeu principal de l’émancipation humaine des forces de l’oppression et de la servitude, qui agissent en réalité comme un voile d’opacité (klipa – écorce) à l’intérieur-même de nous.
Ainsi, comme l’explique le verset suivant (Chemot, 6:9):
« Moshé redit ces paroles aux enfants d'Israël mais ils ne l'écoutèrent point, ayant l'esprit oppressé par une dure servitude. »
On sait que 80% des hébreux ne survivront pas à la plaie des ténèbres, matérialisant, sous une forme extérieure visible, les forces internes de la klipa…
Or, quelque chose de semblable est à l’œuvre dans le processus historique actuel, où la prise de conscience de la souveraineté du divin sur l’histoire humaine va être de nouveau la clé pour participer positivement aux bouleversements à venir.
La semaine qui s’achève prépare en effet la confrontation finale qui précède le dévoilement messianique, celle entre les Empires de Rome et de Perse.
Manitou, dans une leçon prophétique donnée en 1989 sur les conflits de la fin des temps, déroule ainsi l’histoire de la vocation d’Israël face aux « Quatre Empires » :
« Le premier empire, celui de Babylone, va être celui dont va partir Avraham (à partir de la paracha Lekh Lekha) pour fonder la nation hébreue. Cet empire de Babel va avoir pour « annexe » l’Egypte, dont Moshé va sortir la nation d’Israël, dans les parachiot lues actuellement.
Et puis il y a eu un deuxième temps de civilisation que nous avons traversé. C’est la Perse qui s’est imposée à la civilisation babylonienne sur son propre territoire. Et là nous sommes dans la Mésopotamie – le Mashrek des géographes – et l’Irak, l’Iran, tout cela fait partie de Babel.
Lorsque c’est la dominante Perse alors c’est Paras. Lorsque c’est la dominante arabe alors c’est Arav. Lorsque l’Islam apparaît, tout cela c’est l’islam. Et c’est le Maharal qui avec un génie qui étonne les exégètes de son temps a eu l’idée que l’islam éclaterait surtout en Iran dans son affrontement contre l’Occident.
De l’empire Perse nous sommes sortis sous la direction d’Ezra et Néhémie aux temps qui suivent immédiatement l’histoire de Mardochée et de la reine Esther. La Mégilat Ester est la fin du canon biblique, du temps de la prophétie hébraïque. Et de cet exil de la civilisation de Perse, nous sommes sortis avec le retour à Sion. La sortie d’Egypte, c’est au temps de Moïse, le retour à Sion, c’est au temps de Ezra et Néhémie, la fondation du deuxième royaume de Juda.
Ensuite nous avons vécu une relation d’exil intérieure avec la civilisation grecque, lorsque l’empire grec a occupé la Judée, nous étions en exil intérieur dans la civilisation grecque. Et nous sommes sortis de cet exil de la civilisation grecque - Yavan – avec les Makabim.
Et puis a commencé le long temps de l’exil de 2000 ans avec la civilisation romaine. Et nous sommes les générations qui sortent de l’exil de Rome avec le sionisme politique. »
Le Maharal de Prague, dans Ner Mitzvah, prophétise que, de ces Quatre empires, seuls deux subsisteront à la fin des temps : Rome [l’Occident aujourd’hui, dont le centre est l’Amérique] et la Perse [l’Iran aujourd’hui, gouverné par la théocratie des mollahs].
Le Maharal prédit ensuite que ces deux empires entreront alors en guerre et que c’est Rome qui l’emportera, avant de donner la couronne de la royauté au Messie d’Israël.
La prédiction du Maharal sur la victoire de Rome se fonde sur le raisonnement suivant, ainsi résumé par Manitou:
« Le Premier Temple a été détruit par Babylone, et la Perse a vaincu Babylone. Donc la Perse est plus puissante que Babylone. Le Second Temple, reconstruit grâce à la Perse (via Cyrus), a été détruit par Rome. Donc Rome est plus puissante que la Perse. »
Le Rabbi Loubavitch z’l avait confirmé et actualisé cette prophétie au moment de la guerre Iran-Irak. Il aimait également se référer à ce texte incroyablement prophétique du Talmud à la fin du traité Sota (Talmud Bavli – Sotah 49b) :
« A la fin de l'exil, juste avant que ne se dévoile le Libérateur, l'effronterie sera une norme, la vie sera chère, les gouvernants seront corrompus et la critique ne les touchera plus, les maisons d'étude de la Torah seront des lieux de prostitutions, la Galilée sera détruite, les habitants qui étaient à la frontière du pays erreront de ville en ville et personne n'aura pitié d'eux, la sagesse des Maîtres d'Israël sera méprisée et ceux qui craignent la faute évoqueront le dégoût, la vérité sera morcelée et sèmera la discorde, les jeunes insulteront les personnes âgées, les gens nobles seront contraints de se soumettre devant des personnages vils et médiocres, le fils insultera son père, la fille se dressera contre sa mère, les ennemis de l'homme seront dans sa propre maison, les dirigeants ressembleront à des chiens et nous ne pourrons plus faire confiance à personne, notre seul soutien sera notre Père céleste ! »
Manitou nous parle également dans la même leçon de cette autre prophétie extraordinaire du Midrach Yalkout Chimoni (Yeshaya, Siman 499) :
"Rabbi Its'hak a dit: l'année (le temps) où le Roi Messie se dévoile, tous les rois du monde se provoquent, l'un l'autre; Le roi de Perse est en conflit avec le roi d'Arabie, qui va chercher conseil avec Edom auprès des Nations, et le roi de Perse revient (ou change d'avis) sur sa décision de mettre le monde entier en danger de destruction. Et toutes les nations du monde crient et s’effraient et tombent sur leur face. Et ils sont pris de douleurs comme des contractions de grossesse. Et Israël crie, s'affole et dit: où irons-nous (pour nous réfugier) ?
Et Il dit: mes fils n’ayez pas peur; tout ce que J'ai fait, Je ne l'ai fait que pour vous. Que craignez-vous ? N’ayez pas peur, est arrivé le temps de votre délivrance. Non pas comme la première délivrance mais comme la délivrance ultime. Car la première délivrance (d’Egypte) vous a provoqué de la tristesse et vous a soumis à la domination des Nations. Mais la dernière délivrance ne vous provoquera aucune crainte de nouvel exil /et vous n’aurez pas de tristesse et vous ne serez pas soumis à quiconque."
Ces différentes prédictions sont d’une actualité absolument extraordinaire et se passent de tout commentaire…
Je voudrais conclure ce dvar torah par deux réflexions. D’une part, s’il nous a été donné le mérite (et la charge !) de participer à ces événements extraordinaires, c’est parce qu'il a été jugé que nous avons le potentiel d’y apporter une contribution positive. Il nous appartient donc de nous hisser au niveau de conscience, de gratitude et de responsabilité qui conviennent à ce moment particulier de l’histoire. D’autre part, contrairement à la libération d’Egypte, où Dieu et ses miracles étaient au centre et où l’homme occupait principalement un rôle de témoignage et de transmission aux générations futures, la libération à venir donnera une place centrale à l’action de l’homme, au sein de laquelle la Providence divine continuera à se manifester, mais de façon voilée, au moins pendant tout le début du processus. Cette libération messianique est en quelque sorte un tikoun (réparation) de la sortie d’Egypte, où l’interruption des lois naturelles a été requise pour pallier l’échec de l’homme – et en premier lieu d’Israël - à assumer pleinement sa vocation dans l’histoire.
Puissions-nous donc participer de façon positive, pleine et entière à notre libération contre toutes les forces de la klipa, en nous rappelant qu’elles sont avant tout en nous-mêmes !
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