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Nissan, Pessa’h et Vayikra – Le Prix de la Liberté

  • steveohana5
  • 20 mars
  • 4 min de lecture

Nissan est le mois de la libération, et il coïncide avec Vayikra, le livre des sacrifices. Cela montre que la vraie liberté demande toujours un renoncement et un acte de courage. En Égypte, les Hébreux ont dû rompre intérieurement avec la servitude avant même de sortir physiquement. Pessa’h nous apprend ainsi que l’homme a souvent peur de la liberté et préfère parfois une sécurité d’esclave. Cette année aussi, au niveau collectif comme personnel, nous sommes appelés à choisir la grandeur plutôt que la peur.


Alex Levin - What is Life Without Freedom
Alex Levin - What is Life Without Freedom

 

Le mois de Nissan dans lequel nous venons d’entrer est celui de notre « libération ». Et, comme la plupart des années, il coïncide avec l’entrée dans le livre de Vayikra (Lévitique), celui qui est notamment consacré aux korbanot (« sacrifices »).


Cette juxtaposition entre ces deux notions, la libération, d’une part, et le sacrifice, d’autre part, n’a rien d’accidentel. Elle nous dit quelque chose de très profond sur la nature même de la liberté : on ne peut pas réellement se libérer sans consentir à des sacrifices.


En effet, se libérer implique de renoncer à un certain confort de vie ou de pensée qui, certes, nous rassure et semble structurer notre existence, mais nous fait tomber imperceptiblement dans la routine, le conformisme, l’addiction ou l’endormissement.


Cela implique de cesser de se mentir sur ce qui nous anime réellement, sur ce qui nous apporte du sens et constitue notre vocation. Cela implique parfois de renoncer à une belle carrière ou à certaines relations « haut placées », au nom de la recherche de l’alignement intérieur et du sens.


Tout acte de libération authentique suppose ainsi un renoncement à un statu quo certes imparfait, mais connu et rassurant, afin d’aller vers une destination plus désirable, mais aussi inconnue, et donc en un sens plus « dangereuse ».


Le 10 Nissan 2448, l’année de la sortie d’Égypte, il a été demandé aux Hébreux de se libérer d’une civilisation païenne en accomplissant un acte radical : aller prendre ce que les Égyptiens tenaient pour une divinité, l’agneau ou le chevreau, le sacrifier, le manger sous leurs yeux, accomplir eux-mêmes leur brit mila, puis, seulement quatre jours plus tard, sortir d’Égypte.


Autrement dit, la sortie d’Égypte ne commence pas par un déplacement géographique, mais par un arrachement spirituel intérieur. Il fallait rompre, de manière visible, avec l’univers symbolique et religieux de l’Égypte. Il fallait cesser de craindre ses dieux, cesser de reconnaître leur légitimité intérieure, et accepter de poser un acte de séparation. Or cet acte fut si difficile qu’après près de deux siècles d’esclavage, 80 % des Hébreux ne l’ont pas accompli.


Cette donnée est essentielle, car elle révèle à quel point l’esclavage ne relève pas seulement d’une domination extérieure. Il finit par produire une habitude intérieure de la servitude. Les Hébreux avaient été tellement façonnés par la peur, tellement habitués à vivre dans la dépendance de l’Égypte, que la liberté elle-même leur apparaissait comme un danger insupportable. Ils ont dû se dire : c’est une folie ; les Égyptiens vont nous tuer ; ce ne sont pas les boucs qui mourront, c’est nous. En d’autres termes, ils se percevaient eux-mêmes comme les véritables victimes promises au couteau. Ils ne pouvaient pas encore imaginer qu’un peuple d’esclaves puisse se lever contre l’ordre symbolique de ses maîtres.


Et même parmi ceux qui ont eu la force d’accomplir cet acte, on voit bien que la sortie intérieure n’était pas achevée. Dès les premières épreuves du désert, la faim, la soif, la peur, les incertitudes, puis plus tard l’épisode des explorateurs, revient sans cesse la même tentation : retournons en Égypte ; là-bas, au moins, nous avions de quoi manger ; nous avions une sécurité ; nous savions où nous allions. Cela signifie que l’homme peut être physiquement sorti de l’esclavage tout en restant, intérieurement, attaché à la logique de l’esclavage. La servitude, lorsqu’elle a duré longtemps, finit par paraître plus rassurante que la liberté, parce qu’elle dispense de la responsabilité, du risque et de la grandeur.


Il y a donc, au cœur du récit de Pessa’h, une vérité anthropologique profonde : l’homme a peur de la liberté. Il ne redoute pas seulement l’oppression ; il redoute aussi l’ouverture que la liberté exige de lui. Être libre, ce n’est pas simplement ne plus subir ; c’est devoir devenir soi-même, répondre de soi-même, entrer dans une vocation qui oblige. La liberté est une naissance difficile.


En cette année 5786, conquérir notre liberté a impliqué d’engager une guerre préventive contre un ennemi implacable, dont nous savons qu’il œuvre depuis toujours à notre destruction, en acceptant, du fait même de cette décision, de perdre certains de nos frères, parents ou fils, de vivre pendant plusieurs semaines ou mois à proximité des abris, et d’être injustement désignés par les « bien-pensants » comme responsables d’un chaos mondial dont la passivité, voire la complicité active face au Mal, constitue pourtant la seule véritable cause.


Cette prise de risque salutaire, que nous avons su accomplir au niveau collectif, il nous appartient aussi de l’accomplir au niveau personnel, en nous montrant, chacun à notre mesure, aussi grands individuellement que notre peuple l’est collectivement, notamment à travers l’héroïsme de ses soldats. Il s’agit pour cela de « sacrifier » notre confort matériel et mental, notre ego, nos petits calculs, notre intérêt personnel, notre esprit de critique, de revanche et de haine gratuite, afin de faire rayonner à travers nous les valeurs du Divin dans le monde.


Car c’est en faisant dans nos cœurs une place à la grandeur du Divin que nous nous donnons la possibilité de prendre nous-mêmes notre véritable place.


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