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Chemot – Quand le « Monde Libre » ne fête plus la liberté

  • steveohana5
  • 9 janv.
  • 4 min de lecture

Quand des foules se lèvent au Venezuela ou en Iran pour reprendre leur liberté, l’Occident, pourtant certain de représenter le « monde libre », détourne les yeux ou réagit avec méfiance. Ce paradoxe dit tout : une civilisation qui se croit libre mais ne se réjouit plus de la liberté des autres montre qu’elle a perdu la sienne. Chémot nous rappelle que la vraie délivrance ne vient ni de la force brutale ni d’hommes providentiels, mais d’une émancipation profonde qui coupe les chaînes visibles autant que celles forgées par la matière, le confort et la peur.


CROSSING THE RED SEA by Yoram Raanan
CROSSING THE RED SEA by Yoram Raanan

Iran, Vénézuéla : un Printemps des peuples surgit au cœur de l’hiver.


Et pourtant, l’Occident est sourd à ce cri de liberté qui émane des rues de Caracas et de Téhéran.


Les chancelleries occidentales condamnent la « violation du droit international » que constitue l’arrestation de Maduro par les forces spéciales américaines, tandis que le soulèvement en cours du peuple iranien contre ses oppresseurs est à peine évoqué par les chaînes d’information officielles.


Pour comprendre cette dissonance, il nous faut affronter une réalité dérangeante : l’Occident, qui se définit comme le « monde libre », est lui-même asservi.


Asservi inconsciemment, de manière insidieuse, invisible.

Asservi par les idoles qu’il a lui-même érigées. Asservi au progrès technique, à l’argent, à l’impératif de productivité et de croissance. Dépendant pour maintenir son confort de ressources naturelles qui se font de plus en plus rares et objets de rivalités.


D’où cette ambigüité que chacun ressent dans l’arrestation de Maduro comme dans les tweets de soutien de Trump à la révolte iranienne : les peuples vénézuélien et iranien se libèrent en même temps que l’Amérique sécurise partout son accès aux ressources naturelles (aux dépens de la Chine et de la Russie) pour perpétuer son propre asservissement…


L’indifférence des rues occidentales à l’espoir qui se lève à Caracas et à Téhéran, cette défiance généralisée, cette haine de soi morbide, ces manifestations dans les rues de New-York, Londres ou Paris en soutien aux pires organisations terroristes ou dictatures, trouvent leur source dans une perception confuse mais tenace de la vacuité occidentale : celle d’une civilisation qui, tout en sanctifiant les droits individuels, détruit le lien, la transcendance et le sens.


Comme l’écrit le sociologue Jacques Ellul dès 1974 dans Trahison de l’Occident :

« Nous sommes partis à une vitesse sans cesse croissante vers nulle part. Le monde occidental va très vite. De plus en plus vite, mais il n'y a pas d'orbite où se situer, il n'y a pas de point vers lequel on avance, il n'y a ni lieu ni objectif. On discerne les erreurs que l'on a commises, et on continue avec une obstination qui dure comme si elle était aveugle. On sait ce que veut dire la menace atomique, et on continue comme une taupe à fabriquer bombes H et usines à énergie atomique. On sait ce qu'implique la pollution, et on continue imperturbablement à polluer l'air, les rivières, l'océan.» 


On retrouve dans cette analyse l’écho prophétique du Maharal de Prague dans Ner Mitzvah au sujet du quatrième empire[1]:

 « Le quatrième empire [l’empire de Rome, c’est-à-dire l’empire occidental] est ivre de néant. Et, parce qu’il est l’aboutissement et le dernier des empires, il sera l’anéantissement et la disparition de tous les empires. Pour cette raison, il porte le vide. Étant lui-même le rien, il amène au monde son exténuation et dans ce mouvement, il abolit tout. »


Tandis que les vénézuéliens et les iraniens voient en Trump leur libérateur, de nombreux Occidentaux voient en lui l’emblème de cette fuite en avant vers le néant.


La lecture du livre de Chémot, qui commence cette semaine, nous donne en miroir l’avant-goût de ce que sera la véritable émancipation de l’humanité des forces de la matière.


Après la mort de Yossef, l’Egypte renoue en effet avec sa pulsion rationaliste et matérialiste. Elle érige un système qui place la raison humaine, la connaissance et la maîtrise des lois de la nature, au sommet de la civilisation. La conséquence naturelle est l’asservissement de l’homme, hébreu comme égyptien, puisque toute l’Egypte est appelée « maison d’esclaves ». Le culte des idoles matérielles, technologie, commerce, argent, devient la nouvelle forme d’oppression.


La mission de Moshé dépasse largement la libération nationale du peuple hébreu des griffes de l’Egypte. Elle représente une libération de l’humanité contre ses propres démons intérieurs.


Ce n’est pas un hasard si le ‘Erev Rav, la « multitude mêlée » de peuples non hébreux, accompagne Israël dans la sortie d’Égypte : eux aussi reconnaissent en Moshé un libérateur.Ce n’est pas un hasard non plus si le leader choisi doit être humble, effacé, sans ego, l’inverse absolu des figures de puissance du monde d’Essav. Et ce n’est pas un hasard, enfin, si cinquante jours après la sortie, la Torah est donnée. Cette loi divine, adressée à travers Israël à l’humanité entière, vient protéger la dignité humaine et sanctifier la vie et le temps contre la tentation de toute-puissance incarnée hier par l’Égypte et aujourd’hui par l’Occident.

 

Face au faux messianisme de Trump, Chémot nous enseigne le modèle de la libération authentique, celle qui verra l’humanité s’émanciper des forces négatives dont l’Occident est devenu l’emblème.

 

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[1] Les sages regardent en effet l’histoire de l’humanité comme la confrontation d’Israël face à 4 grands empires dont le dernier, sous le règne duquel nous nous trouvons encore,  est identifié à Rome et à sa descendance occidentale.

 

 
 
 

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