Bo - Le Dernier Pharaon
- steveohana5
- 23 janv.
- 4 min de lecture
Le monde voit tomber ses anciennes idoles. Comme dans la paracha Bo, un ordre implacable, qui, depuis une cinquantaine d’années, asservissait les nations, s’effondre sous le coup de nouvelles plaies. Cet effondrement fait apparaître un nouvel avatar d’Empire, qui cette fois n’avance plus masqué : le « dernier Pharaon » gouverne par le rapport de force, la souveraineté brute et l’imposition de ses propres règles. Mais Pharaon, anagramme de poussière en hébreu, n’est jamais le dernier mot : la délivrance commence quand le pouvoir cesse de se prendre pour Dieu…
Résumé de la paracha :
Dieu annonce à Moïse les trois dernières plaies qui frapperont l’Égypte : les sauterelles, les ténèbres et la mort des premiers-nés. Les sauterelles dévastent totalement le pays, détruisant les dernières ressources agricoles. La plaie des ténèbres plonge l’Égypte dans une obscurité absolue, tandis que les Hébreux demeurent dans la lumière. Pharaon tente encore de négocier mais refuse de libérer Israël sans conditions. Dieu annonce alors la plaie ultime, celle de la mort des premiers-nés. Les enfants d’Israël reçoivent les instructions du sacrifice de Pessa’h. Ils marquent leurs portes du sang de l’agneau pour être épargnés. Dans la nuit, Dieu frappe l’Égypte et passe au-dessus des maisons d’Israël. Pharaon cède enfin et renvoie le peuple hors d’Égypte. La paracha institue la mémoire éternelle de la sortie d’Égypte à travers Pessa’h, les matsot et la transmission aux enfants.

Cette semaine qui s’achève aura marqué la destruction de nos idoles modernes : celles de la « mondialisation heureuse » et du « doux commerce » comme promesses d’accès à l’abondance et à la paix universelles. Et, pour parfaire la portée symbolique de cet événement, c’est à Davos, le temple de l’idéologie mondialiste depuis la création du Forum Economique Mondial en 1971, que cette cérémonie de brisure des idoles s’est déroulée…
La synchronicité avec la lecture de la paracha Bo est troublante. En effet, les deux parachiot Vaéra et Bo sont précisément celles où Pharaon, le roi d’Egypte, reçoit les Dix Plaies (7 dans Vaéra, 3 dans Bo) pour finalement reconnaître la souveraineté de YHVH dans l’histoire et renoncer à ses fausses croyances. Lui, qui croyait en un cycle immuable de la nature et en une rationalité humaine –incarnée par nul autre que lui-même – souveraine dans ce monde, doit finalement admettre que l’histoire est régie par un Projet transcendant et universel dont le but central est l’émancipation humaine de toutes les forces d’aliénation et dont le peuple hébreu est le vecteur principal.
Mais, comme l’explique lumineusement Manitou dans son commentaire, nous continuons jusqu’à aujourd’hui à être aliéné par les forces de klipa (écorce-obscurité-opacité) représentées par Pharaon. Pharaon – פרע – a en effet les mêmes lettres que עפר – poussière. L’emprise de Pharaon est donc reliée à notre assujettissement aux forces du déterminisme naturel et de la matérialité.
Si la cérémonie de destruction des idoles de Davos constitue une avancée dans notre libération des forces de la matière, elle ne s’accompagne pas encore de l’émergence d’un récit fondateur porteur d’un sens d’émancipation pour l’humanité. En effet, tout en rendant à la souveraineté nationale sa primauté face aux marchés et aux technocrates, Donald Trump continue néanmoins d’indexer sa réussite sur les performances de la Bourse et à mener une politique inspirée des Empires. Toutes ses déclarations, menaces, chantages et transactions ont pour but l’instauration d’une nouvelle « pax americana » définie selon ses propres termes : accès aux matières premières stratégiques, containment de la Russie et de la Chine, récompenses aux nations qui partagent son agenda souverainiste pro-occidental, punition des nations régies par des idéologies mondialistes ou wokistes etc.
L’emprise des forces de la poussière est donc toujours présente, simplement sous une forme nouvelle, plus ouverte, plus visible, plus manifeste. Nous en avons fini avec le projet d’aliénation mondialiste, où les forces de la klipa agissaient de façon hypocrite, sous couvert d’un discours de paix, d’humanisme, de tolérance et d’émancipation. Nous entrons dans l’ère des rapports de force déclarés et brutaux.
D’autres plaies vont devoir continuer à s’abattre sur le monde, et en particulier sur l’Occident et sur son centre actuel, l’Amérique, avant que les leaders mondiaux et les nations reconnaissent la souveraineté du divin et la centralité du peuple juif dans l’histoire.
On sent d’ailleurs que Trump sent, au moins intuitivement, qu’il n’est pas le véritable souverain du monde, et que l’Amérique n’en est pas le centre véritable. « I think God is very proud of the job I’ve done. », a-t-il ainsi déclaré cette semaine à l’occasion du premier anniversaire de son second mandat. Quant à son « Board of Peace », il est pour l’instant dédié uniquement à la résolution du problème de Gaza, une façon de reconnaître, même maladroitement, la centralité d’Israël…
A la fin de notre paracha, alors que s’abat sur l’Egypte la plaie finale de la mort des premiers-nés, le Pharaon, qui est fils aîné, demande à Moshé et Aaron וּבֵרַכְתֶּם גַּם־אֹתִי – Bénissez-moi aussi » (Chémot 12 :32). Comme expliqué par Manitou dans son commentaire, l’emploi du mot « aussi » le place au même niveau que YHVH lui-même : « Quand vous reconnaîtrez Dieu comme source des bénédictions vous m’ajouterez avec lui. Vous me bénirez moi aussi : il se met comme shoutaf [associé] de HaQadosh Baroukh Hou ! ». Et Manitou de poursuivre : « Nous étions asservis au Pharaon en Egypte et Dieu nous a délivré de l’Egypte mais pas complétement du Pharaon. »
On se souvient qu’Avraham se définit comme עָפָר וָאֵפֶר (‘afar va-efer), « poussière et cendre » (Berechit 18:27). La poussière (עפר- annagrame de פרע-pharaon), qui commence par la lettre ayin (guematria 70) symbolise le regard extérieur des soixante-dix nations, celui du calcul et du visible. La cendre (אפר), ouverte par le aleph, lettre d’ lunité, évoque la matière traversée par le feu, redevenue transparente à la lumière. Le rôle du peuple juif (peuple représentant l’unité du divin au cœur des 70 nations) est de transformer le ayin de עפר en aleph de אפר, la poussière en cendre, c’est-à-dire dévoiler le divin au cœur de la matière et du pouvoir terrestre.
Nous avons déjà noté que la guematria de Donald Trump en hébreu –דונלד טראמפ- est la même que celle de Machia’h Ben David -משיח בן דוד- (424).
Puissions-nous donc dévoiler l’étincelle messianique qui se cache dans ce « dernier Pharaon » !
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